Que veux-tu faire comme métier plus tard ? Reformulateur de médicaments ! Il est improbable qu'un enfant fasse cette réponse d'ici quelques dizaines d'années, même en sachant que seule la moitié des jobs de 2070 sont connus aujourd'hui. C'est pourtant le métier qui est au coeur de Hyloris, la biotech liégeoise créée par Stijn Van Rompay et son associé Thomas Jacobsen. Celle-ci est la première société belge à oser entrer en Bourse en ces temps de (dé)confinement. A ma gauche, les fabricants de médicaments, qui trouvent puis brevettent une molécule pour 20 ans. A ma droite, les génériqueurs qui, après ce délai, produisent, souvent pour une portion du prix d'origine, des copies conformes. Il faudra désormais compter avec les " reformulateurs ". " Notre stratégie repose sur les réglementations américaines et européennes qui désignent des médicaments pour lesquels la sécurité et l'efficacité ont déjà été démontrée, mais qui vont ou sont déjà sortis de la période de protection offerte par le brevet, explique Stijn Van Rompay. Certains besoins non rencontrés peuvent être comblés par ces molécules mais avec de nouveaux dosages ou administrés différemment. On peut aussi utiliser une molécule dans une extension d'indication, par exemple pour un cancer qui n'avait pas été ciblé par les inventeurs originaux. "
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Que veux-tu faire comme métier plus tard ? Reformulateur de médicaments ! Il est improbable qu'un enfant fasse cette réponse d'ici quelques dizaines d'années, même en sachant que seule la moitié des jobs de 2070 sont connus aujourd'hui. C'est pourtant le métier qui est au coeur de Hyloris, la biotech liégeoise créée par Stijn Van Rompay et son associé Thomas Jacobsen. Celle-ci est la première société belge à oser entrer en Bourse en ces temps de (dé)confinement. A ma gauche, les fabricants de médicaments, qui trouvent puis brevettent une molécule pour 20 ans. A ma droite, les génériqueurs qui, après ce délai, produisent, souvent pour une portion du prix d'origine, des copies conformes. Il faudra désormais compter avec les " reformulateurs ". " Notre stratégie repose sur les réglementations américaines et européennes qui désignent des médicaments pour lesquels la sécurité et l'efficacité ont déjà été démontrée, mais qui vont ou sont déjà sortis de la période de protection offerte par le brevet, explique Stijn Van Rompay. Certains besoins non rencontrés peuvent être comblés par ces molécules mais avec de nouveaux dosages ou administrés différemment. On peut aussi utiliser une molécule dans une extension d'indication, par exemple pour un cancer qui n'avait pas été ciblé par les inventeurs originaux. " Stijn Van Rompay est tombé dans la marmite quand il était petit. Son père Leon débute sa carrière de chimiste chez les géants pharmaceutiques Bayer et Glaxo, puis passe par la société pharmaceutique italienne Zambon. Il y prend en charge Topgen, un génériqueur. Puis vole de ses propres ailes avec Docpharma à Heverlee. Cotée sur Euronext Bruxelles en juin 2001, la valeur de la société est multipliée par quatre en quatre mois. En 2005, Leon Van Rompay vend ses parts pour près de 47 millions d'euros au groupe indien Matrix, lui-même absorbé par Mylan. Stijn, lui, développe Uteron Pharma, spécialiste de la santé féminine, dont certains des produits sont aujourd'hui chez Mithra, Uteron finissant dans le giron du groupe Activis. Trop gros, trop impersonnel pour Stijn Van Rompay qui aime garder ses projets dans des entreprises à taille humaine. Hyloris ne compte d'ailleurs aujourd'hui que... 12 personnes. " Ce nombre devrait doubler cette année encore, et plus significativement dans un horizon à trois ans notamment pour supporter la commercialisation de nos produits en cardiovasculaire aux Etats-Unis, que nous voulons réaliser en direct ", souligne le nouveau directeur financier Patrick Jeanmart, recruté en avril, et qui a notamment fait ses armes pendant 11 ans chez Celyad, une autre biotech. Reste que parmi ces 12 employés, il y a des financiers, des juristes, des cliniciens et chefs de projets, mais peu de scientifiques. Etonnant ? " Nous savons nous entourer des meilleurs experts, explique Stijn Van Rompay. Ce sont les médecins eux-mêmes, à l'hôpital, qui nous disent de quels produits ils manquent, quelles molécules pourraient faire avancer le traitement. Une molécule qu'on ne peut prendre que par la bouche peut augmenter son usage si on peut l'administrer en intraveineuse, car l'absorption est plus rapide et plus régulée. Autre exemple : le mariage de deux analgésiques qui permet un dosage beaucoup plus réduit et une facilité d'emploi. Par contre, il est bien trop coûteux de construire nous-mêmes les expertises permanentes de tests cliniques ou de fabrication. Il y a, pour cela, des sous-traitants qui offrent de hauts niveaux de qualification. Nous prenons les meilleures compétences là où elles se trouvent. Cela ne veut pas dire qu'à un certain niveau de développement, nous n'envisagions pas d'installer des capacités de production en Belgique. Mais il faudra un contexte global qui n'existe pas encore ". C'est, en fait, pour cette raison que Hyloris se lance dans l'aventure boursière. La société dispose aujourd'hui de 14 produits dans son portefeuille, dont 12 en développement et deux en début de phase de commercialisation. Van Rompay voudrait l'étoffer de quatre nouvelles molécules chaque année à partir de 2021. Pour ce faire, l'espoir est de lever environ 50 millions. La biotech liégeoise avait clôturé fin avril une levée privée de fonds de 15 millions d'euros auprès d'un mix d'investisseurs nouveaux et existants, dont Scorpiaux (le holding financier de l'entrepreneur immobilier Bart Versluys), l' invest liégeois Noshaq, Saffelberg Investments et Nomainvest (le holding de la famille Noël). " Mais on s'est aperçu à cette occasion qu'il y avait une demande complémentaire de la part d'un certain nombre d'investisseurs institutionnels ", souligne Patrick Jeanmart. Cinquante millions, une paille dans la pharma... alors qu'une nouvelle molécule demande de un à trois milliards. " Le fait que les études d'efficacité et de sécurité aient déjà été effectuées permet ce niveau d'investissement. Il reste des études à réaliser, de bioéquivalence par exemple, mais elles sont beaucoup plus réduites et donc moins coûteuses. Il s'agit donc d'un processus de développement peu onéreux par rapport aux schémas classiques des sociétés de biotechnologie ", commente Patrick Jeanmart. Refaire du neuf avec du vieux ? Cela a l'odeur et le goût de l'économie circulaire, mais en est-ce vraiment ? " Le fait de partir d'une vraie demande formulée sur le terrain, de besoins non rencontrés par le mainstream de la recherche nous met déjà un peu à part, précise l'entrepreneur. Et effectivement, il y a une réflexion de diminution de coûts au coeur de notre démarche. Notre produit phare, par exemple, le Sotalol IV, administré par intraveineuse. Il traite la fibrillation auriculaire, une maladie où le coeur ne bat plus de manière optimale, ce qui peut engendrer la formation de caillots, et donc des infarctus ou des AVC. Le traitement habituel est de donner le Sotalol en comprimés, ce qui implique trois à quatre jours d'hospitalisation afin de surveiller quelle est la dose la plus appropriée pour le patient et si les effets secondaires sont bien maîtrisés. Notre produit, injectable et donc plus rapidement assimilé par l'organisme, permet de réaliser cette vérification en deux, voire un seul jour. Pour les assurances santé américaines, cela permet de diminuer le prix de 12.000 dollars. C'est un apport non négligeable aux efforts pour que les systèmes de santé du futur restent viables, malgré le vieillissement de la population et le renchérissement de nombreuses nouveautés médicales. " Stijn Van Rompay entend donc bien que sa reformulation, si elle constitue une valeur ajoutée, digne d'être brevetée et donc rémunérée, ne creuse pas pour autant le trou de la Sécu mais aide au contraire à contenir les dépenses. Mais pourquoi donc ce Flamand d'Heverlee consacre-t-il deux heures de route quotidiennes pour venir à Liège ? Pourquoi pas Louvain ou Anvers ? " Parce que j'ai eu d'excellentes expériences ici dans mes projets précédents, qu'il y a des gens avec une expertise très élevée. rançois Fornieri, avec qui nous avons développé Uteron, est une personnalité exceptionnelle. Il y a aussi le travail réalisé par l'université de Liège et le gouvernement wallon pour créer un environnement favorable à ce développement scientifique. Pas sûr que je ferais cela aussi bien en Flandre. En tout cas, j'assume mes heures de route avec plaisir. " Est-ce parce qu'il pourra bientôt les effectuer dans sa superbe Ferrari Monza SP2, dont seuls 499 exemplaires seront produits et qui embarque un 12 cylindres " façon F1 " ? Entre le solaire Fornieri, aussi amateur de bolides, et le discret Jean-Michel Foidart (cofondateur de Mithra et Uteron), en fait star scientifique mondiale de la reproduction humaine, quel est son choix de style ? " Un peu des deux, je crois. Ils ont tous les deux d'énormes qualités et je suis heureux d'être devenu leur copain. "