Toyota a pris son temps avant de se lancer dans la voiture électrique. Le modèle SUV bZ4X (bZ pour beyond zero), qui arrivera en Belgique dans les prochaines semaines, sera la première déclinaison d'une gamme de voitures à batteries. "Il y aura sept modèles", précise Michael Roosen, managing director de Toyota Lexus Belgium & Luxembourg. Lexus, la marque premium du groupe suivra, avec le modèle RZ.
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Toyota a pris son temps avant de se lancer dans la voiture électrique. Le modèle SUV bZ4X (bZ pour beyond zero), qui arrivera en Belgique dans les prochaines semaines, sera la première déclinaison d'une gamme de voitures à batteries. "Il y aura sept modèles", précise Michael Roosen, managing director de Toyota Lexus Belgium & Luxembourg. Lexus, la marque premium du groupe suivra, avec le modèle RZ. C'est une surprise car Toyota s'est longtemps singularisé en boudant la voiture électrique. Le groupe japonais, numéro un mondial, défendait sa manière de réduire les émissions de CO2. Il a développé depuis plus de 20 ans, soit avant tout le monde, des motorisations hybrides autorechargeables. A présent, plus de 70% des Toyota vendues en Belgique (Yaris, Corolla, RAV4, etc.) sont équipées de ce type de traction, composée d'un moteur à essence et d'un moteur électrique. Un dispositif qui réduit la consommation de carburant et les émissions de CO2, en particulier en ville. Pour le futur, la marque misait jusqu'ici sur des motorisations à base d'hydrogène. Toyota commercialise en effet une auto à hydrogène, la Mirai, dont les ventes restent confidentielles. Cette stratégie excluait jusqu'ici la voiture électrique à batterie. Akio Toyoda, le CEO du groupe, a longtemps critiqué la vague en faveur de l'électrique qui a déferlé depuis le décollage de Tesla. Il défendait la motorisation hybride autorechargeable, plus économique à l'achat qu'une électrique et qui n'exige pas d'infrastructures de recharge. L'évolution des législations a cependant poussé Toyota à revoir sa stratégie. Les réglementations publiques privilégient de plus en plus une transition vers des véhicules full électriques. C'est le cas en Europe, où la Commission souhaite limiter la vente de voitures aux modèles zéro carbone en 2035. En décembre 2021, Akio Toyoda a annoncé le changement de cap. Il promet la vente de 3,5 millions de voitures électriques par an pour 2030, prévoit 30 modèles dans les huit ans et promet d'investir 35 milliards de dollars dans cette technologie. Cette annonce s'ajoute aux modèles hybrides que Toyota ne renonce pas à vendre dans les pays où il seront encore commercialisables. Le groupe, de stature mondiale, estime en effet qu'il doit offrir le choix des motorisations selon les marchés et les demandes. La vente d'hybrides utilisant des carburants zéro émission (e-fuel), concept encore en développement, fait ainsi partie des projets de Toyota.Le groupe espère toujours que la voiture à hydrogène percera, mais cela prendra beaucoup de temps. L'offre est pauvre (uniquement Toyota et Hyundai en Belgique) et les pompes trop rares. Les aides pour développer l'hydrogène vert en Europe pourraient demain pousser ce type de motorisation, mais cet horizon est encore bien flou. Toyota a les moyens de rattraper le temps perdu pour l'électrique. Il a l'assise financière nécessaire et la compétence. Sa longue expérience dans les hybrides lui a donné une connaissance poussée de l'électrification. Les voitures à hydrogène sont aussi des véhicules électriques, dont le courant est fourni par une pile à combustible alimentée par de l'hydrogène. Akio Toyoda a promis que le groupe devrait se distinguer par une gourmandise très modérée des nouveaux modèles électriques, à 12,5 kWh par 100 km, ce qui est très modéré, mais il faudra voir sur pièces. Toyota garantit la batterie jusqu'à 10 ans et 1 million de kilomètres si le véhicule est entretenu dans le réseau de la marque (200.000 km pour le reste de la voiture). "En plus des véhicules hybrides, le constructeur s'applique à accélérer ses initiatives de voitures électriques, note l'analyste Tatsuo Yoshida de Bloomberg, dans un rapport sur le groupe. Y compris des investissements dans l'approvisionnement en batteries, pour rattraper les leaders de la voiture électrique comme Tesla." Le SUV bZ4X va donc inaugurer cette offensive électrique du constructeur japonais. Il arrive à temps en Belgique pour intéresser le marché de la voiture de société, où les avantages fiscaux seront réservés aux autos zéro CO2 à partir de 2026. "D'ici 2025, nous proposerons six modèles de la gamme bZ, déclare Michael Roosen. L'offre Lexus sera quant à elle totalement électrique d'ici 2030." Ce démarrage est affecté, pour l'heure, par un rappel de 2.700 véhicules, généralement non livrés, en raison d'un défaut potentiel de fixation des roues, que Toyota espère régler rapidement. Aucune de ces autos n'est arrivée en Belgique. C'est un contretemps fâcheux, mais il ne touche pas la technologie électrique proprement dite. Pour l'heure, si Toyota ne propose pas encore de voiture électrique, sa marque premium Lexus commercialise un SUV UX300e à batterie, avec une autonomie moyenne (313 km selon les normes WLTP). Elle est développée sur une plateforme hybride utilisée pour d'autres Lexus. L'offensive Toyota/Lexus est sérieuse et massive. Le groupe a développé une plateforme pure électrique modulaire, e-TNGA, où les batteries forment la base d'une sorte de skateboard sur lequel se déclinent différentes carrosseries, selon les modèles. Cette approche, utilisée aussi par VW et visant des grands volumes, réduit les coûts unitaires et accélère la sortie de nouveaux modèles. Le bZ4X affichera une autonomie WLTP jusqu'à 513 km. Ce qui est à peu près le niveau atteint par les modèles concurrents les plus récents du marché (VW ID. 4, Tesla Y, Audi Q4 e-tron, etc.). D'autres modèles devraient suivre, dont un SUV plus petit, un autre plus grand et une berline, si l'on en croit les préfigurations montrées par Akio Toyoda en décembre dernier. Il ne faut pas s'attendre à un miracle sur les tarifs: le modèle bZ4x sera vendu en Belgique à partir de 49.920 euros, ce qui est le tarif du segment en électrique, au niveau d'une VW ID. 4, mais nettement en dessous de la Tesla Model Y qui démarre à 65.990 euros, avec une autonomie voisine. Le SUV électrique de Toyota reste plus cher que son cousin à carburant, le RAV4, qui démarre, hors promotions, à 41.250 euros. Les particuliers, eux, sont plutôt très intéressés par les modèles hybrides actuels autorechargeables, le coeur des ventes. La marque affiche même des performances singulières dans un marché où les particuliers n'achètent guère. Le prix atteint par l'essence a rendu les Toyota hybrides particulièrement attractives. Une auto à essence moyenne consomme facilement 6 à 8 litres aux 100 km, un modèle hybride Toyota descend à 5 litres, et encore moins en ville. Cette progression donne raison à la stratégie progressive de Toyota dans la baisse des émissions de CO2. Comme elles consomment moins, les hybrides autorechargeables émettent moins de gaz à effet de serre. Ainsi, 2 litres gagnés par 100 km signifient presque 4,6 kg de CO2 de moins. Avec un tarif plus abordable qu'une voiture électrique de taille équivalente. Un autre argument a pu aider Toyota ces derniers temps. Le constructeur a fait des efforts côté design afin d'attirer la clientèle européenne. Les modèles Toyota n'ont pas toujours fait tourner les têtes en Europe. La Prius, pourtant très innovante, n'a pas autant charmé les automobilistes que les Tesla, des voitures américaines électriques recourant à un design germanique. "Les dernières Corolla sont très attractives", estime Michael Roosen. Elles ont remplacé des Auris moins attirantes. La dernière génération des Yaris a aussi fait un bond pour se rapprocher des goûts européens. Toyota a du chemin à faire chez nous. Il est actuellement numéro 7 du marché belge, ce qui constitue un grand écart par rapport à sa première place mondiale.