L'action lancée par la puissante SEC, avec laquelle M. Musk semble engagé dans un bras de fer, n'est qu'une demi-surprise.

Le 19 février, le dirigeant du constructeur de voitures électriques a tweeté que Tesla allait produire 500.000 voitures en 2019, quand le groupe ne parlait jusqu'ici que d'environ 400.000 unités du fait de problèmes de production rencontrés par son Model 3.

Quatre heures plus tard, le milliardaire rectifiait le tir: "Voulais dire que le taux de production annualisé à la fin de 2019 serait probablement d'environ 500.000 (unités), c'est-à-dire 10.000 voitures par semaine. Les livraisons pour cette année demeurent attendues à environ 400.000" unités.

Pas surveillé

Pour le gendarme de la Bourse il n'y a pas de doute, Elon Musk a enfreint les règles qu'il s'était engagé à respecter dans un accord à l'amiable conclu avec la SEC mi-octobre 2018 et qui devait empêcher tout tweet intempestif pouvant influer sur le cours de l'action de l'entreprise.

"Le 19 février 2019 M. Musk a tweeté +Tesla a produit zéro voiture en 2011 mais en produira environ 500.000 en 2019+. M. Musk n'a ni cherché ni obtenu d'approbation pour la publication de ce tweet qui était inexact et a été diffusé auprès de plus de 24 millions de personnes", avance la SEC.

"Par conséquent M. Musk a violé le jugement final en faisant très exactement ce que les termes du jugement devaient empêcher", affirme encore le gendarme de la Bourse.

Elon Musk a répliqué sur Twitter en se moquant de l'agence fédérale. "La SEC a oublié de lire le trancript des résultats de Tesla, qui dit clairement 350.000 à 500.000. C'est la honte", affirme-t-il.

Ses conseils ont aussi souligné, selon les documents remis au tribunal, qu'Elon Musk estimait ne pas avoir besoin d'autorisation de tweeter cette information qui selon lui reprenait des choses dites lors de la conférence téléphonique avec des analyses et la presse sur les résultats financiers de Tesla, qui s'est tenue le 30 janvier.

Pour la SEC, "ce n'est pas crédible", et elle accuse le dirigeant de n'avoir jamais eu l'intention de respecter l'accord du 16 octobre.

L'affaire est maintenant dans les mains du juge qui devra trancher. Mais Elon Musk risque gros, la justice américaine appréciant en général assez peu les récidives notamment dans ces dossiers impliquant la crédibilité des marchés financiers américains.

Dans un second tweet lundi soir, M. Musk a fait part de son "respect" pour les juges.

L'action de Tesla reculait de 3,6% après la clôture de la bourse lundi.

Bis repetita

La SEC avait engagé des poursuites contre M. Musk et Tesla parce qu'il avait affirmé dans un tweet, l'été dernier, que la compagnie allait sortir de la cote et qu'elle avait les financements appropriés pour ce faire.

L'information a fait bondir le prix de l'action en bourse mais elle s'était très vite avérée sans aucun fondement; mais dans l'affaire, des investisseurs qui pariaient sur l'échec de Tesla ont perdu d'importantes sommes d'argent.

Elon Musk n'a jamais fait mystère de son mépris pour ces financiers qui ne croient pas en lui et il a été soupçonné d'avoir orchestré toute l'affaire pour les punir.

La SEC avait forcé M. Musk à abandonner la présidence du conseil d'administration de l'entreprise qu'il a créée et qu'il porte à bout de bras. Il a aussi payé une amende de 20 millions de dollars, tout comme Tesla. L'entreprise s'était aussi engagée à rendre le conseil d'administration un peu plus indépendant pour mieux exercer son rôle de contrôle.

Par ailleurs, les tweets du fantasque patron devaient être passés en revue avant d'être publiés.

En échange Elon Musk avait sauvé l'essentiel: il pouvait garder la tête des opérations de l'entreprise au jour le jour, d'autant qu'elle se trouvait alors dans une passe très difficile pour passer d'une production relativement confidentielle à une échelle plus industrielle.