Son patronyme qui rappelle la cantine et fait sourire les enfants n'est pas inconnu des spectateurs. On parie même qu'il est coutumier pour tout ceux qui ont grandi avec James Bond. Son nom est Broccoli, Barbara Broccoli. Une histoire de famille. Son père, Albert R. Broccoli (1909-1996), dit " Cubby ", fut le producteur historique de 007.
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Son patronyme qui rappelle la cantine et fait sourire les enfants n'est pas inconnu des spectateurs. On parie même qu'il est coutumier pour tout ceux qui ont grandi avec James Bond. Son nom est Broccoli, Barbara Broccoli. Une histoire de famille. Son père, Albert R. Broccoli (1909-1996), dit " Cubby ", fut le producteur historique de 007. A 59 ans, la gardienne du temple, qui a repris en 1995 les rênes d'EON Productions fondées par son père et Harry Saltzman (1915-1994), s'apprête à sortir le 25e film officiel de la franchise et le neuvième entrepris sous sa responsabilité. Annoncé pour avril prochain, No Time to Die a englouti, selon la magazine Forbes, un budget de 215 millions d'euros, le plus élevé de la série après les 250 millions dépensés pour Spectre (2015). Avec son demi-frère, Michaël G. Wilson, 77 ans, ancien bras droit du père Broccoli, le duo a la lourde tâche de poursuivre l'aventure commencée il y a 57 ans. Car l'époque où le meilleur élément de l'Intelligence Service avait le monopole du film d'action et d'espionnage est révolue. L'arrivée de Mission : Impossible (1996), de Jason Bourne (2002), voire de Kingsman (2015), qui ont triomphé au box-office, ne lui ont pas facilité la tâche. Mais le doyen, qui cumule 6,5 milliards d'euros de recettes au cinéma depuis Dr. No, se débrouille bien : dans la grande famille des franchisés, Bond arrive en cinquième position, après la série des Harry Potter et des Avengers. Le jackpot a été atteint en 2012 avec Skyfall qui a franchi pour la première fois de son histoire le milliard de dollars de recettes mondiales. Une réussite que l'on doit en grande partie à Barbara Broccoli qui a imposé en 2005 Daniel Craig dans l'espoir de donner un coup de frais au héros british. Le choix d'un comédien blond, trapu et bodybuildé pour mieux coller aux gabarits hollywoodiens était risqué. Le virage à 180 degrés digne d'une poursuite en Aston Martin, décidé dans le QG londonien de EON - une maison de maître à côté de Buckingham Palace - s'est révélé payant. Dans le documentaire Everything or Nothing : The Untold Story of 00 (2012), la productrice raconte qu'après les attentats du 11 Septembre, le personnage devait gagner en gravité. " Il arrive un moment où vous devez revoir le ton des films pour les adapter à notre époque ", assurait la businesswoman qui a le don de prendre les devants. Il se dit ainsi que c'est à elle que revient l'idée d'avoir confié pour la première fois le rôle de M, le chef des services secrets, à une femme (Judi Dench) dès 1995. Aux côtés de la MGM (Metro-Goldwyn-Mayer), partenaire fidèle de la franchise qui prend à sa charge la moitié des coûts de production à part égales avec le distributeur (Sony Pictures Entertainment de 2006 à 2015, Universal pour le prochain épisode), Barbara Broccoli et son alter ego de EON s'investissent " from soup to nuts ", c'est-à-dire de l'entrée au dessert. Du scénario au choix des réalisateurs jusqu'aux décors ou à la garde-robe, rien ne se décide sans l'héritière Broccoli et son partenaire. Question de légitimité. La légataire baigne en effet dans les coulisses de 007 depuis son plus jeune âge. A six ans, son père l'emmène durant les vacances scolaires au Japon sur le tournage de On ne vit que deux fois (1967). Elle gardera un souvenir ému de Sean Connery en kimono. Adolescente, la gamine joue à ses heures perdues l'aide de camp sur les plateaux. Une façon d'être plus près de son père accaparé par les affaires. " Quand j'étais enfant, je me souviens d'avoir fréquenté les studios de Pinewood, près de Londres. Ma soeur et moi avions l'habitude d'y aller le vendredi après-midi après l'école ", confie l'Anglo-Américaine dans l'ouvrage Movie Moguls Speak, recueil d'interviews de quelques grands producteurs de cinéma. La règle selon laquelle rien ne vaut de commencer en bas de l'échelle est de mise chez les Broccoli. Barbara débute à 17 ans au département publicitaire de L'espion qui m'aimait (1977). A son retour de Los Angeles où elle a achevé un cursus universitaire en communication, elle devient assistante réalisateur, entre autres sur Dangereusement vôtre (1985) où elle est chargée de gérer les réveils tardifs de l'actrice et chanteuse Grace Jones... Pour Tuer n'est pas jouer (1987) elle est officiellement nommée productrice associée. De quoi se familiariser avec l'envers du décor et approfondir les relations avec le département juridique d'EON. Son père l'avait prévenue : les dessous de la saga ont parfois un goût plus amer que le Dry Martini cher à Bond. Les désastreuses relations de " Cubby " Broccoli avec Sean Connery, premier interprète iconique de 007 (1962-1971), sont légendaires. En 1983, par provocation et appât du gain, le comédien profite ainsi d'une faille juridique pour faire son retour sur les écrans avec Jamais plus jamais, un Bond non officiel, produit en toute légalité mais sans l'accord de Broccoli qui fulmine. L'année suivante, l'acteur écossais déclare à nouveau la guerre à ses anciens employeurs (MGM, United Artists et EON productions) en leur réclamant 225 millions de dollars d'arriérés pour fraude et violation de contrat au motif que sa part de revenus (5% des bénéfices nets sur les recettes d'exploitation et jusqu'à 25% sur les produits dérivés) n'aurait pas été respectée. Un accord entre les parties sera conclu dans le secret des années plus tard. Mais d'autres litiges avec la famille Broccoli ont parfois mis 40 ans à se régler, comme les procès à répétition intentés par Kevin McClory, producteur et auteur décédé en 2006, qui revendiquait la paternité de Bond au cinéma. Ce n'est qu'en 2013 que Barbara Broccoli a enterré la hache de guerre (et sorti le carnet de chèques) avec les ayants droit du plaignant. La convoitise est à la hauteur de la notoriété de la marque. Celle-ci est estimée à 15 milliards d'euros selon la London School of Marketing dont 2 milliards pour le volet merchandising. Car 007, ce n'est pas seulement des films mais des jeux vidéo, des jouets, des parfums, des t-shirts et une foule de partenaires qui s'associent au héros. Les annonceurs font la file pour poser à côté de Double O Seven. L'apparition éclair d'un smartphone de marque entre les mains de Daniel Craig dans Spectre a ainsi été évaluée à 5 millions de dollars, si l'on en croit les échanges de courriels entre EON et Sony qui ont fuité en 2015 via WikiLeaks. L'exercice n'est pas nouveau. Dans ses romans, Ian Fleming énumérait déjà les articles de luxe dont son personnage était friand. Mais à l'écran, la pratique commerciale a, elle, carrément explosé. Die Another Day (2002) avec Pierce Brosnan a ainsi été rebaptisé " Buy Another Day "... Et selon la BBC, le brasseur Heineken aurait déboursé 40 millions d'euros pour figurer dans Skyfall. Reste que le placement de produits (une quinzaine de marques en moyenne par épisode) n'est pas toujours rémunéré, se défend Barbara Broccoli. Alors, comment s'y retrouve les dirigeants ? Par les gigantesques campagnes publicitaires et les produits dérivés. Lorsque Smirnoff, Coca-Cola ou Omega utilisent l'image de Bond, elles versent une redevance à Danjaq, le holding californien qui chapeaute EON et gère tous les droits liés à 007. Précisons que Danjaq appartient à Michael G. Wilson et Barbara Broccoli. Le duo n'est pas né de la dernière pluie. " Not be born yesterday ". Un titre pour un prochain Bond ?