Quels seront les effets de la crise du coronavirus sur la transition verte des entreprises ? Va-t-elle freiner cette transformation ou bien, au contraire, servir de coup d'accélérateur ? Alors que nous sortons progressivement du confinement, nous savons désormais que le coronavirus a entraîné une diminution considérable de la pollution à certains endroits, en particulier dans les centres-villes. Mais nous savons aussi que l'incidence de la crise sur la croissance sera considérable et qu'il faudra plusieurs années avant un retour à la normale. Pour le dire autrement, " la crise sanitaire est un wake-up call de ce que pourrait représenter une crise climatique ", observait dernièrement le président d'Engie Jean-Pierre Clamadieu dans L'Echo, tout en ajoutant que si on ne faisait rien, les prix bas du pétrole et du gaz pourraient ralentir la transition écologique.

Didier Tshidimba, "senior partner" chez Roland Berger: "Ne pas s'adapter aux attentes environnementales des clients, c'est mourir.", pg
Didier Tshidimba, "senior partner" chez Roland Berger: "Ne pas s'adapter aux attentes environnementales des clients, c'est mourir." © pg

Relance vert(ueus)e

A l'image de Jean-Pierre Clamadieu, de nombreuses voix s'élèvent pour que les énormes budgets destinés à la relance, dont les 1.000 milliards du Green Deal européen, mettent clairement l'accent sur une économie plus durable (énergies renouvelables, récupération des ressources, augmentation de la durée de vie des produits).

Malgré un pétrole abondant et peu cher, et qui le restera probablement pour au moins les deux ou trois prochaines années, " la transition énergétique reste d'actualité ", soutient Jean Jouet, chief technology officer chez John Cockerill. " Un certain nombre d'acteurs, comme les banques, qui sortent des énergies fossiles, confirment la tendance, estime-t-il. Chez John Cockerill, c'est un choix stratégique que nous avons posé il y a quelques années et qui n'est absolument pas remis en cause suite à la crise du Covid-19. Bien au contraire. "

D'accord, mais les grands Etats soutiennent aussi les compagnies aériennes et l'automobile à coups de milliards... " Certes, la crise que nous vivons aujourd'hui est unique et va amener les gouvernements à opérer des arbitrages, poursuit Jean Jouet. On peut d'ailleurs craindre qu'ils choisissent des solutions de court terme. Il n'en demeure pas moins que la transition énergétique est un excellent moyen pour combiner les impératifs de redémarrage de l'économie avec une réponse à plus long terme aux défis climatiques. "

En charge du département Corporate social responsibility de BNP Paribas Fortis, Wilfried Remans est du même avis. " Nous devons profiter de cette dynamique de relance pour définir une trajectoire de croissance plus durable sur le long terme, affirme-t-il. Malgré la crise, l'urgence environnementale reste là. Il ne faut pas opposer économie et climat. Il est parfaitement possible de relancer la première tout en investissant dans la transition énergétique. Cette évolution est positive dans tous les domaines : santé, climat et emploi. Nous sommes dans une période clé. Le Green Deal européen, les stress-tests climatiques en développement et la demande accrue de transparence sur l'impact sociétal démontrent que la durabilité n'est plus une option. Avec la crise du Covid-19, nous avons une occasion unique d'accélérer le mouvement. Les choix seront majeurs et décisifs ", ajoute le responsable.

Jean Jouet, "chief technology officer" chez John Cockerill: "La transition énergétique reste d'actualité.", pg
Jean Jouet, "chief technology officer" chez John Cockerill: "La transition énergétique reste d'actualité." © pg

Approvisionnement et transport

Un choix majeur, c'est par exemple celui posé par la France qui a récemment annoncé vouloir faire de l'aéronautique française le leader mondial du transport aérien " décarboné " et de la transition énergétique. Une ambition qui passe par le lancement en 2035, et non en 2050 comme envisagé initialement, du premier avion " vert " ou " zéro émission de CO2 ", avec comme but de moderniser les entreprises du secteur en les fédérant autour d'un projet porteur. Majeur aussi, le défi que s'est lancé l'Allemagne dont l'ambition est ni plus ni moins de devenir le numéro un mondial de l'hydrogène.

Mais au-delà de ces grandes ambitions nationales portées par les Etats, c'est tout le tissu des entreprises qui va devoir se poser la question de la " durabilisation " de ses activités. Près de la moitié des chefs d'entreprise que nous avons interrogés estiment d'ailleurs que cette " durabilisation " est un must pour rester compétitif. Et ils n'ont pas tort. " La pression sociétale pour prendre en compte les enjeux environnementaux est très forte, souligne Didier Tshidimba, senior partner au sein du cabinet de conseil Roland Berger. Les attentes des consommateurs sont en train d'évoluer. Grandes ou petites, les entreprises doivent se mettre au diapason écoresponsable de leurs clients. La propagation et l'intensification de l'activisme environnemental et individualiste oblige les entreprise à réagir. Ne pas le faire, c'est mourir ", affirme le consultant.

Il est également très clair pour Jean Jouet que " la crise du Covid-19 va forcer les entreprises à revoir certains de leurs processus internes, notamment sur le terrain de la chaîne d'approvisionnement et des sous-traitants. Il faut tirer les leçons de la fragilité du système de production globale et des problématiques de transport. Cela ne veut pas dire que nous allons tout remettre en cause chez John Cockerill, mais nous réfléchissons à revoir certaines choses pour être moins vulnérables ", confie le dirigeant du groupe wallon.

A vrai dire, souligne Wilfried Remans, " cette vulnérabilité des entreprises aux risques environnementaux devient même un critère de plus en plus important, notamment aux yeux des marchés, pour évaluer la performance d'une entreprise, assure-t-il. Les investisseurs mesurent eux aussi de plus en plus la solidité et la performance des entreprises au regard de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, et plus seulement financiers. "

Objectifs ambitieux

De grands groupes énergétiques comme Eon ou Total l'ont bien compris et se sont fixé des objectifs assez ambitieux en matière de transition énergétique pour garder la confiance des marchés. A peine entré en Bourse, le constructeur de poids lourds roulant à l'hydrogène Nikola (dont le nom fait aussi référence à Nikola Tesla, l'inventeur du courant alternatif) pèse déjà autant que Ford. Quant à Proximus, l'opérateur télécom, lui aussi coté en Bourse, il prévoit de concentrer dans les années qui viennent un quart de ses efforts managériaux à la " durabilisation " de ses activités, avec comme promesse d'être neutre en émissions de CO2 d'ici 2030.

Consommer moins, polluer moins. A nouveau, " la société, mais aussi les marchés sont devenus de plus en plus exigeants quant à la valorisation du coût des externalités : prix du CO2, etc. C'est aussi toute la question de la raison d'être : attractivité RH, risque de réputation, etc. Bref, même si de nombreuses incertitudes planent encore quant à la destination finale, attendre n'est plus une option ", conclut Didier Tshidimba.

Une néobanque durable pour Proximus

Preuve que la crise est un accélérateur de going green des entreprises, Proximus et Belfius ont annoncé voici quelques jours qu'ils allaient travailler ensemble pour lancer une nouvelle banque 100 % digitale et durable. Durable parce que, selon le CEO de Proximus Guillaume Boutin, " la relance économique sera une relance verte. Et donc, qu'il s'agisse des paiements cashless ou des investissements responsables, toutes ces tendances de fond seront au coeur de la proposition marketing de la nouvelle banque de Proximus ".

Quels seront les effets de la crise du coronavirus sur la transition verte des entreprises ? Va-t-elle freiner cette transformation ou bien, au contraire, servir de coup d'accélérateur ? Alors que nous sortons progressivement du confinement, nous savons désormais que le coronavirus a entraîné une diminution considérable de la pollution à certains endroits, en particulier dans les centres-villes. Mais nous savons aussi que l'incidence de la crise sur la croissance sera considérable et qu'il faudra plusieurs années avant un retour à la normale. Pour le dire autrement, " la crise sanitaire est un wake-up call de ce que pourrait représenter une crise climatique ", observait dernièrement le président d'Engie Jean-Pierre Clamadieu dans L'Echo, tout en ajoutant que si on ne faisait rien, les prix bas du pétrole et du gaz pourraient ralentir la transition écologique. A l'image de Jean-Pierre Clamadieu, de nombreuses voix s'élèvent pour que les énormes budgets destinés à la relance, dont les 1.000 milliards du Green Deal européen, mettent clairement l'accent sur une économie plus durable (énergies renouvelables, récupération des ressources, augmentation de la durée de vie des produits). Malgré un pétrole abondant et peu cher, et qui le restera probablement pour au moins les deux ou trois prochaines années, " la transition énergétique reste d'actualité ", soutient Jean Jouet, chief technology officer chez John Cockerill. " Un certain nombre d'acteurs, comme les banques, qui sortent des énergies fossiles, confirment la tendance, estime-t-il. Chez John Cockerill, c'est un choix stratégique que nous avons posé il y a quelques années et qui n'est absolument pas remis en cause suite à la crise du Covid-19. Bien au contraire. " D'accord, mais les grands Etats soutiennent aussi les compagnies aériennes et l'automobile à coups de milliards... " Certes, la crise que nous vivons aujourd'hui est unique et va amener les gouvernements à opérer des arbitrages, poursuit Jean Jouet. On peut d'ailleurs craindre qu'ils choisissent des solutions de court terme. Il n'en demeure pas moins que la transition énergétique est un excellent moyen pour combiner les impératifs de redémarrage de l'économie avec une réponse à plus long terme aux défis climatiques. " En charge du département Corporate social responsibility de BNP Paribas Fortis, Wilfried Remans est du même avis. " Nous devons profiter de cette dynamique de relance pour définir une trajectoire de croissance plus durable sur le long terme, affirme-t-il. Malgré la crise, l'urgence environnementale reste là. Il ne faut pas opposer économie et climat. Il est parfaitement possible de relancer la première tout en investissant dans la transition énergétique. Cette évolution est positive dans tous les domaines : santé, climat et emploi. Nous sommes dans une période clé. Le Green Deal européen, les stress-tests climatiques en développement et la demande accrue de transparence sur l'impact sociétal démontrent que la durabilité n'est plus une option. Avec la crise du Covid-19, nous avons une occasion unique d'accélérer le mouvement. Les choix seront majeurs et décisifs ", ajoute le responsable. Un choix majeur, c'est par exemple celui posé par la France qui a récemment annoncé vouloir faire de l'aéronautique française le leader mondial du transport aérien " décarboné " et de la transition énergétique. Une ambition qui passe par le lancement en 2035, et non en 2050 comme envisagé initialement, du premier avion " vert " ou " zéro émission de CO2 ", avec comme but de moderniser les entreprises du secteur en les fédérant autour d'un projet porteur. Majeur aussi, le défi que s'est lancé l'Allemagne dont l'ambition est ni plus ni moins de devenir le numéro un mondial de l'hydrogène. Mais au-delà de ces grandes ambitions nationales portées par les Etats, c'est tout le tissu des entreprises qui va devoir se poser la question de la " durabilisation " de ses activités. Près de la moitié des chefs d'entreprise que nous avons interrogés estiment d'ailleurs que cette " durabilisation " est un must pour rester compétitif. Et ils n'ont pas tort. " La pression sociétale pour prendre en compte les enjeux environnementaux est très forte, souligne Didier Tshidimba, senior partner au sein du cabinet de conseil Roland Berger. Les attentes des consommateurs sont en train d'évoluer. Grandes ou petites, les entreprises doivent se mettre au diapason écoresponsable de leurs clients. La propagation et l'intensification de l'activisme environnemental et individualiste oblige les entreprise à réagir. Ne pas le faire, c'est mourir ", affirme le consultant. Il est également très clair pour Jean Jouet que " la crise du Covid-19 va forcer les entreprises à revoir certains de leurs processus internes, notamment sur le terrain de la chaîne d'approvisionnement et des sous-traitants. Il faut tirer les leçons de la fragilité du système de production globale et des problématiques de transport. Cela ne veut pas dire que nous allons tout remettre en cause chez John Cockerill, mais nous réfléchissons à revoir certaines choses pour être moins vulnérables ", confie le dirigeant du groupe wallon. A vrai dire, souligne Wilfried Remans, " cette vulnérabilité des entreprises aux risques environnementaux devient même un critère de plus en plus important, notamment aux yeux des marchés, pour évaluer la performance d'une entreprise, assure-t-il. Les investisseurs mesurent eux aussi de plus en plus la solidité et la performance des entreprises au regard de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, et plus seulement financiers. " De grands groupes énergétiques comme Eon ou Total l'ont bien compris et se sont fixé des objectifs assez ambitieux en matière de transition énergétique pour garder la confiance des marchés. A peine entré en Bourse, le constructeur de poids lourds roulant à l'hydrogène Nikola (dont le nom fait aussi référence à Nikola Tesla, l'inventeur du courant alternatif) pèse déjà autant que Ford. Quant à Proximus, l'opérateur télécom, lui aussi coté en Bourse, il prévoit de concentrer dans les années qui viennent un quart de ses efforts managériaux à la " durabilisation " de ses activités, avec comme promesse d'être neutre en émissions de CO2 d'ici 2030. Consommer moins, polluer moins. A nouveau, " la société, mais aussi les marchés sont devenus de plus en plus exigeants quant à la valorisation du coût des externalités : prix du CO2, etc. C'est aussi toute la question de la raison d'être : attractivité RH, risque de réputation, etc. Bref, même si de nombreuses incertitudes planent encore quant à la destination finale, attendre n'est plus une option ", conclut Didier Tshidimba.