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En matière d'e-commerce, un élément est crucial : le délai de livraison. Il faut apporter aux clients leurs achats le plus vite possible. Pour certaines enseignes, toute commande passée avant midi garantit une livraison dès le lendemain. Pour d'autres, c'est en milieu d'après-midi, 22 h, voire minuit. Pour cela, la commande doit être préparée durant la nuit. Dans les entrepôts ou les magasins, il faut prélever dans les rayons les produits achetés puis les empaqueter. Le problème en Belgique, c'est que le travail de nuit est en principe interdit entre 20 h et 6 h. Des dérogations existent. Cependant, le secteur du commerce ne pouvait bénéficier de ces exceptions jusqu'il y a peu. Pour changer la donne, le ministre de l'Emploi Kris Peeters avait invité l'an dernier patrons et syndicats du secteur à définir un cadre. Les discussions ont duré de longs mois avant qu'un accord surprise tombe en décembre 2015 et qu'il soit confirmé par un arrêté royal en mars 2016. Seulement voilà, avec cet accord-cadre, les directions doivent obtenir l'aval des syndicats, respecter une série de conditions (dont celle de négocier des primes) et conclure une convention collective de travail. "C'est trop lourd, trop cher et soumis au veto des syndicats, donc cela ne fonctionne pas", disent ces directions. C'est pourquoi, aujourd'hui, à peine huit mois plus tard, le gouvernement fédéral a décidé de changer son fusil d'épaule. Sa mesure en est encore au stade de l'avant-projet. Il s'agit cette fois d'accorder directement aux commerces une dérogation à la loi sur le travail de 1971. Dans ce cas, pense le gouvernement et redoutent les syndicats, une simple consultation des travailleurs suffirait et les conditions seraient bien plus légères. Mais ce n'est pas du tout l'avis de la fédération patronale Comeos (distribution) qui a mené sa propre analyse juridique. Pour elle, cette nouvelle initiative ne va strictement rien changer. L'accord des trois syndicats restera obligatoire. " On se retrouve en fait devant le même mur, s'exclame son CEO Dominique Michel. Et sur le fond ? Quels sont les enjeux ? Du côté des syndicats, on craint que des jobs précaires n'apparaissent et que la grande distribution ne s'engouffre dans cette brèche pour ouvrir demain ses magasins en dur, 24 h sur 24. Du côté des entreprises, on est persuadé qu'une vraie libération du travail de nuit - même avec des garde-fous - permettrait d'éviter une " déperdition économique hors de nos frontières ". Car jusqu'ici, plusieurs webshops actifs sur le marché belge ont délocalisé leurs entrepôts à l'étranger. En particulier aux Pays-Bas, où le travail de nuit est facile et bon marché.