L'écosystème pharmaceutique belge, on en parle souvent. Un peu trop peut-être. Mais il se concrétise parfois de manière étonnante et l'aventure liégeoise de CryoTherapeutics en est la parfaite illustration. A priori, absolument rien ne prédisposait cette entreprise, active dans la prévention de l'infarctus du myocarde, à s'installer en région liégeoise. L'histoire démarre chez l'investisseur britannique John Yianni, déjà actif dans plusieurs biotechs en cardiologie. Cet entrepreneur dans l'âme est à la recherche de brevets qu'il peut acquérir et développer. Il entre ainsi en contact avec deux Américains (un ingénieur et un cardiologue) qui ont mis au point une technique permettant de localiser les plaques coronaires, à l'origine de nombreux infarctus. "Ils ont préféré travailler avec moi que vendre une licence, se souvient John Yianni. Nous avons donc fondé ensemble CryoTherapeutics ( avec également un investisseur canadien, Ndlr)." Cela se passait en 2008 et ils sont toujours associés.
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L'écosystème pharmaceutique belge, on en parle souvent. Un peu trop peut-être. Mais il se concrétise parfois de manière étonnante et l'aventure liégeoise de CryoTherapeutics en est la parfaite illustration. A priori, absolument rien ne prédisposait cette entreprise, active dans la prévention de l'infarctus du myocarde, à s'installer en région liégeoise. L'histoire démarre chez l'investisseur britannique John Yianni, déjà actif dans plusieurs biotechs en cardiologie. Cet entrepreneur dans l'âme est à la recherche de brevets qu'il peut acquérir et développer. Il entre ainsi en contact avec deux Américains (un ingénieur et un cardiologue) qui ont mis au point une technique permettant de localiser les plaques coronaires, à l'origine de nombreux infarctus. "Ils ont préféré travailler avec moi que vendre une licence, se souvient John Yianni. Nous avons donc fondé ensemble CryoTherapeutics ( avec également un investisseur canadien, Ndlr)." Cela se passait en 2008 et ils sont toujours associés. John Yianni a ensuite activé ses réseaux afin de trouver les moyens nécessaires au développement de cette innovation. Les financements viendront d'Allemagne, avec l'intervention du High-Tech Gründerfonds. Conséquence: l'entreprise quitte les Etats-Unis pour rejoindre Cologne, où elle poursuit ses travaux pendant une dizaine d'années. Au fil du temps, elle accueillera de nouveaux investisseurs, dont des banques allemandes et le fonds de private equity Peppermint Ventures. C'est ce dernier qui amènera CryoTherapeutics en région liégeoise. Peppermint Ventures, fonds basé à Berlin, est en effet l'un des actionnaires de Miracor, firme d'origine autrichienne également active en cardiologie et qui a choisi de s'installer à Liège en 2018. "Nous ne l'avons jamais regretté, concède Olivier Delporte, CEO de Miracor. Il y a bien sûr le soutien financier des acteurs publics, dont les avances remboursables de la Région wallonne, mais aussi des facilités logistiques et un bon accès aux talents dont nous avons besoin." Miracor était arrivé à Awans avec 16 personnes, elle en emploie désormais le double. Cette firme a développé un système, appelé Picso, composé d'une console et d'un cathéter (comme le dispositif de Cryo Therapeutics) et qui vise à réduire considérablement les séquelles d'un infarctus. Ce dispositif fait l'objet d'une étude clinique en Europe auprès de 144 patients, dont les résultats devraient être publiés en fin d'année. Miracor planche par ailleurs sur d'autres indications de son innovation, toujours dans le domaine de la cardiologie interventionnelle. CryoTherapeutics a donc choisi de suivre l'exemple de Miracor et de venir développer son innovation en Wallonie. Elle suit même l'exemple de très près puisque les deux entreprises occupent le même bâtiment à Awans et partagent une série de services logistiques et administratifs. Nous sommes bien dans la logique d'un écosystème où la présence des uns attire la venue des autres. "Notre tissu économique est bien diversifié dans les sciences du vivant mais nous avons construit à Liège une force dans le medical device, analyse Joanna Tyrekidis, membre du comité de direction de Noshaq et responsable de la coupole liégeoise des activités liées aux sciences du vivant. Nous commençons à voir émerger des clusters, notamment dans la cardiologie interventionnelle, qui nourrissent les ambitions d'une série de sociétés de venir s'implanter à Liège, indépendamment des questions d'argent." Dans ce cluster, on retrouve aussi des sociétés comme CMD Coat, une spin-off de l'ULiège qui élabore des dispositifs pour prévenir les complications liées à l'utilisation de dispositifs médicaux (dont les cathéters). Ou Cardiatis, qui fabrique des stents pour le traitement de maladies cardiovasculaires. "J'ai participé récemment à des panels aux Etats-Unis sur les hubs de medtech à travers le monde, abonde Olivier Delporte. On citait la Californie, Minneapolis et l'Irlande mais aussi la Belgique. Il y a un véritable élan ici pour promouvoir le medical device et c'est visible pour les investisseurs. Quand Miracor ou CryoTherapeutics se développent à Liège, cela ne passe pas inaperçu." Revenons aux projets liégeois de CryoTherapeutics. L'entreprise emploie 10 personnes et devrait en recruter cinq autres dans l'année. "L'écosystème belge nous permet de trouver d'excellents cliniciens, des ingénieurs ou des experts en réglementation, explique le CFO Sébastien Collart. Mais quand nous recherchons des profils très spécialisés, comme des ingénieurs spécialisés dans les cathéters, il faut élargir la zone de recrutement. C'est grâce à cela que j'ai des collègues suédois, irlandais, italiens ou danois. Nous n'avons pas attendu la crise du Covid-19 pour travailler en partie à distance." CryoTherapeutics va maintenant lancer une étude clinique en vue de valider son approche préventive de traitement des plaques vulnérables. A cette fin, elle a levé quelque 12,3 millions d'euros auprès de ses actionnaires existants - dont Noshaq qui était monté à bord en 2019 lors d'une levée de 7 millions d'euros qui coïncidait avec le déménagement de l'entreprise. Actionnaires auxquels s'ajoute désormais Yellowstone, un holding suisse axé sur les technologies médicales et qui dispose d'un solide réseau en Asie. L'étude clinique, portant sur 25 patients, devrait être réalisée cette année. Elle ne sera pas menée en Belgique mais en Scandinavie, où des patients aux profils similaires ont déjà fait l'objet de recrutement dans le cadre d'autres études. En revanche, des établissements belges pourraient être intégrés dans une seconde étude, plus vaste, et qui devrait suivre avant la mise sur le marché envisagée pour 2025 ou 2026. "Avec plus de 110 millions de personnes affectées à travers le monde, le marché potentiel est énorme, de l'ordre de 5 milliards d'euros, poursuit Sébastien Collart. Si nous pouvions en capter, ne fût-ce que quelques pour cents, tout le monde serait déjà content." "Nous sommes très heureux de soutenir le développement continu de cette technologie révolutionnaire, ajoute Alfred Wong, qui représente Yellowstone au conseil d'administration de CryoTherapeutics. Nous pensons que cette dernière aura un impact et un avantage significatifs pour la prévention des crises cardiaques et nous attendons avec impatience sa commercialisation dans un avenir proche." Un tel marché potentiel implique bien entendu le passage à une production industrielle de ces dispositifs médicaux. "La fabrication d'une série de composants sera sans doute sous-traitée mais notre intention est bien d'internaliser la production chez nous, en Wallonie et en Belgique", assure Sébastien Collart. Qui précise dans la foulée que les équipes de recherche sont déjà occupées à mettre au point la nouvelle génération de consoles et de cathéters avec lesquels CryoTherapeutics arrivera sur le marché. Les objectifs sont similaires chez Miracor. "Nous évoluerons vers de plus en plus d'assemblage et de travail manuel dans notre entreprise ou chez des partenaires belges, confie Olivier Delporte. C'est le but d'un écosystème et nous comptons bien nous inscrire dans cette logique." Afin d'anticiper ces développements et de maximiser les retombées sur le tissu économique régional, les outils économiques wallons mènent une réflexion avec Agoria et le pôle Mecatech. "La première tâche sera de réaliser une cartographie correcte, afin d'identifier les chaînons manquants, précise Joanna Tyrekidis. Ce n'est pas simple car les besoins en termes de production varient très fort d'une société à l'autre. Il faut en outre disposer de l'expertise suffisante pour répondre aux exigences du medical device." Parallèlement, les infrastructures susceptibles d'accueillir des unités de pré-production (comme au WSL notamment) seront étendues à la fois pour répondre à la croissance attendue du marché et pour pouvoir les spécialiser davantage."