Yuka, l'application qui note les produits de la grande distribution afin de connaître leurs qualités nutritionnelles, est en mauvaise posture, aculée par des industriels de la charcuterie.

Par trois fois, la justice a donné raison à des entreprises du secteur. En cause : un lien direct opéré pendant un temps entre les fiches de l'application relatives aux charcuteries et une pétition demandant l'interdiction dans la charcuterie de ces nitrites et nitrates, considérés comme des "cancérigènes probables" par le Centre international de recherche sur le cancer.

Yuka est ainsi condamnée pour "pratiques commerciales déloyales et trompeuses" et pour "actes de dénigrement" dans la diffusion d'informations. Au total, elle devra payer 95.000 euros à la Fédération des entreprises françaises de charcuterie traiteur (FICT) et à deux industriels du secteur.

Yuka a décidé de faire appel. Son modèle économique étant fragile, ses fondateurs ont lancé une cagnotte pour faire face aux frais de défense élevés qu'ils doivent payer. La cagnotte a récolté, à l'heure d'écrire ces lignes, près de 350.000 euros auprès de plus de 18.000 participants.

"Chaque procédure nous coûte plusieurs dizaines de milliers d'euros et met en difficulté Yuka, dont le modèle économique reste fragile", écrivent les auteurs de la cagnotte. "La cagnotte est là pour nous aider à payer nos frais de défense", précise à l'AFP Julie Chapon, cofondatrice de Yuka. La loi française interdit en effet d'utiliser les fonds récoltés pour payer les sommes découlant d'une condamnation judiciaire.

Yuka aide à manger plus sainement et à mieux choisir vos produits dans les grandes surfaces, Yuka
Yuka aide à manger plus sainement et à mieux choisir vos produits dans les grandes surfaces © Yuka

25 millions d'utilisateurs

Sur Yuka, qui revendique 25 millions d'utilisateurs, les charcuteries obtiennent des notes très basses - voire des zéros - à la fois en raison de leur profil nutritionnel (gras, sel) mais aussi de l'ajout d'additifs nitrités qui permettent une meilleure conservation des produits et donnent une couleur rose au jambon.

Jusqu'au jugement du tribunal de commerce de Paris, les utilisateurs de l'application scannant le code-barre d'un saucisson ou d'un jambon se voyaient ainsi immédiatement invités à signer une pétition contre l'ajout de nitrites dans l'alimentation.

"Le tribunal a également reconnu que les affirmations de Yuka sur les risques liés à ces produits étaient erronées. L'application a été condamnée à modifier l'information qu'elle mettait" à disposition du consommateur, se félicite le président de la FICT Bernard Vallat.

La fédération assure "vouloir privilégier le dialogue". "Nous sommes très favorables à l'existence de ces applications. Ce que nous voulons arrêter, c'est que leurs informations ne reposent pas sur l'avis scientifique des agences sanitaires", poursuit-il.

Quelle dangerosité ?

"Toutes les agences sanitaires du monde estiment qu'on ne doit pas interdire les nitrites. L'Italie, le Canada, l'Allemagne les rendent même obligatoires pour des raisons de sécurité sanitaire", fait-il valoir.

La réglementation européenne actuelle considère que les nitrites utilisés à une dose inférieure à 150 mg par kilo dans les charcuteries ne présentent "aucun risque", insiste M. Vallat.

De son côté, l'Anses, l'agence nationale française chargée de la sécurité des aliments, doit rendre un avis très attendu sur les risques associés aux nitrites.

Le "code des usages" des charcutiers français prévoit déjà que dans leurs recettes, ils ne doivent pas dépasser 100 mg par kilo en moyenne.

Pour sa part, Julie Chapon se dit "confiante" sur la suite en appel, où les juges seront "des magistrats professionnels" et non "des commerçants et des chefs d'entreprise" comme dans les tribunaux de commerce.

Yuka, de son côté, rappelle sur la page de sa cagnotte : "la dangerosité des additifs nitrités employés dans les produits de charcuterie fait pourtant l'objet de nombreuses alertes scientifiques. Le rapport parlementaire sur les sels nitrites publié le 14 janvier 2021 conclut notamment que "Il est certain que les charcuteries sont cancérogènes et que les nitrites et nitrates ajoutés causent, ou à tout le moins, renforcent cette cancérogénicité."

Yuka, l'application qui note les produits de la grande distribution afin de connaître leurs qualités nutritionnelles, est en mauvaise posture, aculée par des industriels de la charcuterie. Par trois fois, la justice a donné raison à des entreprises du secteur. En cause : un lien direct opéré pendant un temps entre les fiches de l'application relatives aux charcuteries et une pétition demandant l'interdiction dans la charcuterie de ces nitrites et nitrates, considérés comme des "cancérigènes probables" par le Centre international de recherche sur le cancer.Yuka est ainsi condamnée pour "pratiques commerciales déloyales et trompeuses" et pour "actes de dénigrement" dans la diffusion d'informations. Au total, elle devra payer 95.000 euros à la Fédération des entreprises françaises de charcuterie traiteur (FICT) et à deux industriels du secteur.Yuka a décidé de faire appel. Son modèle économique étant fragile, ses fondateurs ont lancé une cagnotte pour faire face aux frais de défense élevés qu'ils doivent payer. La cagnotte a récolté, à l'heure d'écrire ces lignes, près de 350.000 euros auprès de plus de 18.000 participants."Chaque procédure nous coûte plusieurs dizaines de milliers d'euros et met en difficulté Yuka, dont le modèle économique reste fragile", écrivent les auteurs de la cagnotte. "La cagnotte est là pour nous aider à payer nos frais de défense", précise à l'AFP Julie Chapon, cofondatrice de Yuka. La loi française interdit en effet d'utiliser les fonds récoltés pour payer les sommes découlant d'une condamnation judiciaire.Sur Yuka, qui revendique 25 millions d'utilisateurs, les charcuteries obtiennent des notes très basses - voire des zéros - à la fois en raison de leur profil nutritionnel (gras, sel) mais aussi de l'ajout d'additifs nitrités qui permettent une meilleure conservation des produits et donnent une couleur rose au jambon.Jusqu'au jugement du tribunal de commerce de Paris, les utilisateurs de l'application scannant le code-barre d'un saucisson ou d'un jambon se voyaient ainsi immédiatement invités à signer une pétition contre l'ajout de nitrites dans l'alimentation."Le tribunal a également reconnu que les affirmations de Yuka sur les risques liés à ces produits étaient erronées. L'application a été condamnée à modifier l'information qu'elle mettait" à disposition du consommateur, se félicite le président de la FICT Bernard Vallat.La fédération assure "vouloir privilégier le dialogue". "Nous sommes très favorables à l'existence de ces applications. Ce que nous voulons arrêter, c'est que leurs informations ne reposent pas sur l'avis scientifique des agences sanitaires", poursuit-il."Toutes les agences sanitaires du monde estiment qu'on ne doit pas interdire les nitrites. L'Italie, le Canada, l'Allemagne les rendent même obligatoires pour des raisons de sécurité sanitaire", fait-il valoir.La réglementation européenne actuelle considère que les nitrites utilisés à une dose inférieure à 150 mg par kilo dans les charcuteries ne présentent "aucun risque", insiste M. Vallat.De son côté, l'Anses, l'agence nationale française chargée de la sécurité des aliments, doit rendre un avis très attendu sur les risques associés aux nitrites.Le "code des usages" des charcutiers français prévoit déjà que dans leurs recettes, ils ne doivent pas dépasser 100 mg par kilo en moyenne.Pour sa part, Julie Chapon se dit "confiante" sur la suite en appel, où les juges seront "des magistrats professionnels" et non "des commerçants et des chefs d'entreprise" comme dans les tribunaux de commerce.Yuka, de son côté, rappelle sur la page de sa cagnotte : "la dangerosité des additifs nitrités employés dans les produits de charcuterie fait pourtant l'objet de nombreuses alertes scientifiques. Le rapport parlementaire sur les sels nitrites publié le 14 janvier 2021 conclut notamment que "Il est certain que les charcuteries sont cancérogènes et que les nitrites et nitrates ajoutés causent, ou à tout le moins, renforcent cette cancérogénicité."