Le trésor des Ducs de Bourgogne

Au 15e siècle, Philippe le Bon initia une prestigieuse collection de 900 manuscrits médiévaux. Malgré les désordres de l'Histoire, un tiers de ce trésor est parvenu jusqu'à nous, couvé par la Bibliothèque Royale de Belgique, rebaptisée KBR, qui a décidé de faire de ce patrimoine le pilier de son Museum. " Notre offre muséale très éclectique fait mentir le cliché que le manuscrit médiéval est exclusivement religieux, s'enthousiasme Bernard Bousmanne, directeur des Manuscrits et conservateur du Museum. La bibliothèque des Ducs de Bourgogne englobait aussi des oeuvres profanes, laïques, des romans et pièces de théâtre, des manuscrits scientifiques, etc. Toutes les expressions du savoir et de la culture irriguant ce que l'on nomme la Renaissance du Nord, bascule entre le Moyen-Age finissant et les Temps modernes. Ce patrimoine reflète une époque médiévale joyeuse et pleine d'humour. " Bref, bourguignonne.
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Au 15e siècle, Philippe le Bon initia une prestigieuse collection de 900 manuscrits médiévaux. Malgré les désordres de l'Histoire, un tiers de ce trésor est parvenu jusqu'à nous, couvé par la Bibliothèque Royale de Belgique, rebaptisée KBR, qui a décidé de faire de ce patrimoine le pilier de son Museum. " Notre offre muséale très éclectique fait mentir le cliché que le manuscrit médiéval est exclusivement religieux, s'enthousiasme Bernard Bousmanne, directeur des Manuscrits et conservateur du Museum. La bibliothèque des Ducs de Bourgogne englobait aussi des oeuvres profanes, laïques, des romans et pièces de théâtre, des manuscrits scientifiques, etc. Toutes les expressions du savoir et de la culture irriguant ce que l'on nomme la Renaissance du Nord, bascule entre le Moyen-Age finissant et les Temps modernes. Ce patrimoine reflète une époque médiévale joyeuse et pleine d'humour. " Bref, bourguignonne. Gérer de vénérables et fragiles manuscrits enluminés impose au KBR une contrainte qui devrait s'avérer une force : tous les quatre mois, une partie des précieux livres exposés devra être remplacée par une autre pour respecter les règles de conservation et les laisser à nouveau reposer quatre ans. Modifiée trois fois par an, l'expo permanente ne sera jamais la même. Cette " tournante " et la volonté d'exposer en permanence environ 160 pièces ont aussi obligé la KBR à trouver une solution pour élargir son stock. Elle s'est donc engagée dans une collaboration inédite avec d'autres institutions soeurs (Musées Royaux des Beaux-Arts, Musée Hof van Busleyden de Malines, etc). Le défi scénographique aura été triple, avec la valorisation des oeuvres par un réglage ultra-minutieux de l'éclairage (jamais plus de 50 lux pour préserver les livres anciens), l'occultation de toutes les fenêtres et, enfin, la flexibilité du parc de vitrines, imposée par le changement d'une partie des manuscrits tous les quatre mois. " Toutes les vitrines ont été spécifiquement conçues pour nos besoins de sécurité et de préservation. Chacune est climatisée, avec monitoring des températures ", note Julie Bouniton, coordinatrice de projet du KBR. Au deuxième étage, outre 34 vitrines, quatre " cocons " immergeront le visiteur dans l'histoire, l'atmosphère, la thématique de certains manuscrits via des projections audiovisuelles. Par exemple, un cocon plongera dans le Livre de chasse du roi Modus, précis du chasseur et son bestiaire d'époque. Quatre îlots formés de tables rondes permettront aussi de voir au plus près les plus prestigieux manuscrits. Pour amortir au mieux le coût de sa mue, l'Albertine - surnom de la KBR - déploie aussi une offre originale d'espaces inspirants dédiés aux rencontres professionnelles. Et même un palais ! Celui de Charles de Lorraine et sa splendide rotonde peut en effet accueillir 120 personnes. La KBR dispose aussi de deux auditoriums (250 et 135 personnes) parfaitement équipés pour conférences et journées d'études. Ainsi que, avec vue imprenable sur le coeur de Bruxelles, des Royal sky rooms modulaires pour présentations, formations ou workshops. Le restaurant de la KBR, lui aussi entièrement rénové, rouvrira également ses portes le 15 mai. Encore en travaux (photo ci-dessus), la Chapelle de Nassau - chapelle personnelle des Ducs de Bourgogne - servira d'antichambre à l'expo à travers des tableaux, objets et projections. Chaque visiteur pourra choisir entre trois profils de visite et jouira d'un niveau d'information collant à son choix via tablettes et écrans. Le premier étage raconte la fabrication d'un manuscrit. " On s'est basé sur le RijmBijbel, manuscrit très connu dont l'original sera exposé. Une restauratrice en a fait la réplique dont différentes parties seront disposées, complétées de photos et objets. Se dévoilent ainsi les phases du processus : du support en parchemin à l'enluminure en passant par la calligraphie du texte, explique Hannelore Duflou du bureau de scénographie Bailleul Ontwerp.Le côté ludique a aussi été soigné : chacun pourra, via un écran tactile, s'essayer à copier un texte d'un manuscrit original ou à enluminer une page. " La KBR a initié sa digitalisation depuis 2011. Mais un nouveau coup de turbo a été mis sur la préservation et la diffusion en ligne du meilleur des 8 millions de documents sur lesquels veille la " gardienne du temps ". Un patrimoine en progression constante du fait du dépôt légal, la conservation systématique de tout ce qui est édité en Belgique ou par des auteurs belges. Ce dépôt légal a été étendu aux publications numériques afin de constituer les archives de l'Internet belge. Un trésor digital à la disposition de tous, en un clic.Par Fernand Letist.