Le groupe John Cokerill entame l'exercice 2022 avec un carnet de commandes qui n'a jamais été aussi rempli. Il a enregistré pour plus de 800 millions d'euros de commandes au cours des huit derniers mois et devrait dépasser les 1,4 milliard sur l'ensemble de l'année. Cela s'explique certes par un effet de rattrapage après le tassement de la crise sanitaire mais aussi par d'importants contrats dans le domaine des services, notamment en Afrique, et par la multiplication des investissements dans les énergies renouvelables et la décarbonation de l'industrie.

Production d'hydrogène par électrolyse de l'eau

"Nous vivons l'un de ces moments rares, durant lesquels on voit les choix audacieux pris il y a quelques années se réaliser sous nos yeux et livrer leurs premiers résultats", résume le CEO Jean-Luc Maurange lors d'une conférence de presse. L'un de ces choix, c'est l'hydrogène. Le groupe liégeois avait bien anticipé cette tendance, en développant très tôt son savoir-faire dans la production d'hydrogène par électrolyse de l'eau. Il est aujourd'hui le leader de la fabrication d'électrolyseurs, avec un tiers du marché mondial, et il compte bien continuer à creuser l'écart, avec la construction de la première "gigafactory" européenne en la matière à Aspach dans l'est de la France. Les éléments des électrolyseurs seront produits sur place et assemblés ensuite à Seraing. L'ensemble de la filière, soutenue par des fonds européens, devrait générer la création d'un millier d'emplois au total. Elle devrait être opérationnelle dès 2023 pour atteindre sa pleine capacité en 2029 (1 GW/an, soit à elle seule plus du double de la production mondiale actuelle). John Cockerill a conclu plusieurs partenariats en vue d'implanter d'autres gigafactories en Chine, en Inde, en Afrique du sud, au Maroc et en Australie.

Jean-Luc Maurange, le CEO de John Cockerill, belgaimage
Jean-Luc Maurange, le CEO de John Cockerill © belgaimage

Le groupe liégeois s'implique par ailleurs dans divers maillons de la filière hydrogène. On a beaucoup parlé du projet HaYrport, qui vise à alimenter en hydrogène toute la flotte de véhicules de l'aéroport de Bierset (opérationnel l'an prochain, après une phase expérimentale en 2022) ou de la mobilité des JO d'hiver de Pekin (un électrolyseur John Cockerill fournit l'alimentation des bus à hydrogène dans lesquels voyagent les athlètes). "Nous avions cru que l'hydrogène allait percer à travers la mobilité, explique Jean-Luc Maurange. Mais ce qui va beaucoup plus vite et avec un impact d'une toute autre ampleur, c'est dans l'industrie." Et, ce qui ne gâte rien, les gros volumes de l'industrie conviennent parfaitement aux électrolyseurs de grande capacité de John Cockerill... Il n'est donc pas étonnant de voir l'entreprise s'inscrire dans des consortiums industriels autour de l'hydrogène : elle développe ainsi, avec Carmeuse et Engie, un projet de capture du CO2, en vue de le combiner avec de l'hydrogène vert pour produire de méthane ; et elle s'associe à Besix, Colruyt et Fluxys pour réaliser à Zeebrugge une installation capable de convertir de l'électricité produite offshore en hydrogène vert.

Marché des blindés : John Cockerill ne désarme pas

Les développements dans l'énergie et les services industriels ont réduit la dépendance du groupe John Cockerill aux résultats de son activité de défense. Celui-ci devrait représenter moins de 20% de son chiffre d'affaires en 2022, contre près de 40% en 2019. "Cela pourrait remonter tout aussi fortement par la suite, précise le CEO Jean-Luc Maurange. Nous produisons des équipements conséquents, ce qui signifie des contrats de plusieurs centaines de millions, voire un milliard d'euros." Il y a donc un effet de cycle, assez logique dans ce secteur d'activités.

En début d'année, le patron du groupe liégeois avait manifesté son amertume de n'avoir pas été retenu pour l'assemblage des équipements des futurs blindés de l'armée belge. Il maintient que des promesses en ce sens avaient été faites lors du contrat conclu entre la Défense et le fabricant français Nexter. "Les contrats sont faits pour être respectés", insiste Jean-Luc Maurange qui, sans jeu de mots, ne semble pas se laisser désarmer dans ce dossier.

Pourquoi se montrer aussi combatif, au risque de froisser durablement les relations avec la Défense et les Affaires économiques (le département en charge des "retombées sociétales" de ces contrats), alors qu'on parle d'un marché somme toute minime par rapport au chiffre d'affaires de John Cockerill ? "Il ne représente effectivement "que" 18 millions d'euros, répond le CEO. Mais ces 18 millions, ce sont des heures de main d'oeuvre à forte valeur ajoutée et c'est important pour notre entreprise de s'assurer de tels contrats dans la durée. La pérennité d'une entreprise, ça se prépare et c'est ce que nous essayons de faire avec de tels contrats." Le fait de n'avoir pas été repris dans les derniers marchés de l'armée belge n'affecte pas les résultats actuels de John Cockerill mais plutôt les perspectives à l'horizon 2024-25, quand ces marchés devraient être exécutés.

"Une audace maîtrisée"

Les virages stratégiques opérés par le groupe John Cockerill il y a cinq ans concernent également le traitement de l'eau et la réduction des émissions de CO2 par l'industrie. Dans le premier volet, le groupe a mis au point des unités de traitement des eaux usées des hôpitaux (très chargées en produits pharmaceutiques), désormais installées dans trois établissements belges et qui devraient se développer en Europe. Dans le second, John Cockerill vient de signer un très gros contrat en Inde (ArcelorMittal/Nippon Steel) en vue de fournir deux lignes de production d'aciers haut-de-gamme, limitant considérablement les besoins en énergie. "On ne produira plus l'acier de la même façon, le haut-fourneau, c'est du passé, dit Jean-Luc Maurange. Nous sommes au coeur de cette évolution technologique."

Cette évolution, John Cockerill la mène avec ce que son CEO appelle "une audace maîtrisée". On se lance dans des innovations mais sans mettre en péril la santé financière de l'entreprise. Elle est restée bénéficiaire (46 millions d'Ebitda), malgré le tassement lié à la crise sanitaire. Mais, surtout, elle affiche 221 millions en trésorerie, a ramené sa dette à 100 millions d'euros et devrait continuer à la réduire. "Fin 2023, nous ne devrions plus avoir de dette bancaire", espère le CFO Yves Honhon. Cette solidité financière permet au groupe d'envisager des acquisitions à court et moyen terme, en vue de consolider la supply chain des électrolyseurs et de diversifier le portefeuille d'activités. Dans ce but, John Cockerill a remis une offre pour la reprise des activités de valorisation énergétique des déchets de la CNIM, une entreprise de 300 personnes et 300 millions de chiffre d'affaires située près de Toulon.

Deux cents postes vacants dans l'entreprise

Le groupe John Cockerill emploie 5480 personnes à travers le monde. Les effectifs ont connu un tassement au plus fort de la pandémie mais ils sont repartis à la hausse sur les derniers mois. Ils sont demeurés stables en Belgique (1600 emplois) et l'on commence plutôt à se heurter aux difficultés de recrutement de certains profils dont le groupe a besoin (ingénieurs, gestionnaires de projets, techniciens qualifiés...). Quelque 200 postes sont vacants dans le groupe et les deux tiers concernent les implantations belges. "Pour l'instant, cela n'affecte pas notre croissance mais à un moment donné, cela pourrait être le cas, précise Jean-Luc Maurange. A la base, nous vendons de l'intelligence, du capital humain, ne l'oublions pas." L'an dernier, le groupe John Cockerill a engagé 70 personnes pour ses activités en lien avec l'hydrogène et 22 personnes supplémentaires ont déjà été appelées depuis le 1er janvier. L'entreprise demeure manifestement attractive puisque, ces derniers mois, elle a réussi à attirer des cadres supérieurs de chez Engie, Suez et EDF pour piloter les développements dans les énergies renouvelables.

Le groupe John Cokerill entame l'exercice 2022 avec un carnet de commandes qui n'a jamais été aussi rempli. Il a enregistré pour plus de 800 millions d'euros de commandes au cours des huit derniers mois et devrait dépasser les 1,4 milliard sur l'ensemble de l'année. Cela s'explique certes par un effet de rattrapage après le tassement de la crise sanitaire mais aussi par d'importants contrats dans le domaine des services, notamment en Afrique, et par la multiplication des investissements dans les énergies renouvelables et la décarbonation de l'industrie. "Nous vivons l'un de ces moments rares, durant lesquels on voit les choix audacieux pris il y a quelques années se réaliser sous nos yeux et livrer leurs premiers résultats", résume le CEO Jean-Luc Maurange lors d'une conférence de presse. L'un de ces choix, c'est l'hydrogène. Le groupe liégeois avait bien anticipé cette tendance, en développant très tôt son savoir-faire dans la production d'hydrogène par électrolyse de l'eau. Il est aujourd'hui le leader de la fabrication d'électrolyseurs, avec un tiers du marché mondial, et il compte bien continuer à creuser l'écart, avec la construction de la première "gigafactory" européenne en la matière à Aspach dans l'est de la France. Les éléments des électrolyseurs seront produits sur place et assemblés ensuite à Seraing. L'ensemble de la filière, soutenue par des fonds européens, devrait générer la création d'un millier d'emplois au total. Elle devrait être opérationnelle dès 2023 pour atteindre sa pleine capacité en 2029 (1 GW/an, soit à elle seule plus du double de la production mondiale actuelle). John Cockerill a conclu plusieurs partenariats en vue d'implanter d'autres gigafactories en Chine, en Inde, en Afrique du sud, au Maroc et en Australie. Le groupe liégeois s'implique par ailleurs dans divers maillons de la filière hydrogène. On a beaucoup parlé du projet HaYrport, qui vise à alimenter en hydrogène toute la flotte de véhicules de l'aéroport de Bierset (opérationnel l'an prochain, après une phase expérimentale en 2022) ou de la mobilité des JO d'hiver de Pekin (un électrolyseur John Cockerill fournit l'alimentation des bus à hydrogène dans lesquels voyagent les athlètes). "Nous avions cru que l'hydrogène allait percer à travers la mobilité, explique Jean-Luc Maurange. Mais ce qui va beaucoup plus vite et avec un impact d'une toute autre ampleur, c'est dans l'industrie." Et, ce qui ne gâte rien, les gros volumes de l'industrie conviennent parfaitement aux électrolyseurs de grande capacité de John Cockerill... Il n'est donc pas étonnant de voir l'entreprise s'inscrire dans des consortiums industriels autour de l'hydrogène : elle développe ainsi, avec Carmeuse et Engie, un projet de capture du CO2, en vue de le combiner avec de l'hydrogène vert pour produire de méthane ; et elle s'associe à Besix, Colruyt et Fluxys pour réaliser à Zeebrugge une installation capable de convertir de l'électricité produite offshore en hydrogène vert.Les virages stratégiques opérés par le groupe John Cockerill il y a cinq ans concernent également le traitement de l'eau et la réduction des émissions de CO2 par l'industrie. Dans le premier volet, le groupe a mis au point des unités de traitement des eaux usées des hôpitaux (très chargées en produits pharmaceutiques), désormais installées dans trois établissements belges et qui devraient se développer en Europe. Dans le second, John Cockerill vient de signer un très gros contrat en Inde (ArcelorMittal/Nippon Steel) en vue de fournir deux lignes de production d'aciers haut-de-gamme, limitant considérablement les besoins en énergie. "On ne produira plus l'acier de la même façon, le haut-fourneau, c'est du passé, dit Jean-Luc Maurange. Nous sommes au coeur de cette évolution technologique."Cette évolution, John Cockerill la mène avec ce que son CEO appelle "une audace maîtrisée". On se lance dans des innovations mais sans mettre en péril la santé financière de l'entreprise. Elle est restée bénéficiaire (46 millions d'Ebitda), malgré le tassement lié à la crise sanitaire. Mais, surtout, elle affiche 221 millions en trésorerie, a ramené sa dette à 100 millions d'euros et devrait continuer à la réduire. "Fin 2023, nous ne devrions plus avoir de dette bancaire", espère le CFO Yves Honhon. Cette solidité financière permet au groupe d'envisager des acquisitions à court et moyen terme, en vue de consolider la supply chain des électrolyseurs et de diversifier le portefeuille d'activités. Dans ce but, John Cockerill a remis une offre pour la reprise des activités de valorisation énergétique des déchets de la CNIM, une entreprise de 300 personnes et 300 millions de chiffre d'affaires située près de Toulon.