Cent quarante entreprises, 4.000 emplois directs, un hôpital universitaire coutumier des études cliniques et fort de 900 lits ainsi que de 3.000 chercheurs. L'écosystème liégeois des sciences du vivant a atteint une certaine masse critique. Et il compte bien l'accentuer puisque le fonds Noshaq a prévu d'y investir 40 millions par an pendant les cinq prochaines années, ce qui devrait faire plus que doubler les montants injectés depuis 2011. "Nous n'arrivons pas à un plateau, à un tassement. Au contraire, nous accélérons le mouvement", déclare Joanna Tyrekidis, la nouvelle "Madame Biotech" de l' invest liégeois après le départ de Marc Foidart, dont la carrière prend un tour plus opérationnel à la direction d'EyeD Pharma.
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Cent quarante entreprises, 4.000 emplois directs, un hôpital universitaire coutumier des études cliniques et fort de 900 lits ainsi que de 3.000 chercheurs. L'écosystème liégeois des sciences du vivant a atteint une certaine masse critique. Et il compte bien l'accentuer puisque le fonds Noshaq a prévu d'y investir 40 millions par an pendant les cinq prochaines années, ce qui devrait faire plus que doubler les montants injectés depuis 2011. "Nous n'arrivons pas à un plateau, à un tassement. Au contraire, nous accélérons le mouvement", déclare Joanna Tyrekidis, la nouvelle "Madame Biotech" de l' invest liégeois après le départ de Marc Foidart, dont la carrière prend un tour plus opérationnel à la direction d'EyeD Pharma.Pour réussir cette accélération, il faut peut-être structurer de manière plus affirmée tout cet écosystème foisonnant. Telle est la mission de Joanna Tyrekidis, dont le spectre dépassera largement celui de l' invest puisqu'elle pilotera une coupole chargée de défendre les intérêts de l'ensemble du secteur. Pour une fois, il ne s'agira pas d'ajouter une strate supplémentaire à la lasagne des acteurs mais bien de donner une autre ampleur à un outil existant, en l'occurrence B2H ( Bridge to Health). Il avait été initié en 2018 par Noshaq, le CHU et l'université de Liège, afin déjà de doper le secteur. Maintenant, la SRIW, l'intercommunale SPI+, l'incubateur WSL, le GRE (groupe de redéploiement économique) et Eklo (accompagnement des entreprises innovantes) montent aussi à bord. Des entrepreneurs devraient également être impliqués dans les instances de cette coupole afin, précise la désormais CEO de B2H, que "les priorités soient en cohérence avec les besoins du marché". Tous ces gens se connaissaient, se parlaient. Que va donc apporter de si précieux ce B2H, nouvelle mouture (et vraisemblablement nouvelle dénomination dans la foulée)? "D'une part, ce sera la porte d'entrée, le guichet unique dans ce paysage liégeois parfois un peu complexe, explique Joanna Tyrekidis. Et d'autre part, il y aura un vrai travail de développement de l'écosystème liégeois. Ce n'était le core business de personne, ce sera le nôtre. Nous représenterons les intérêts de l'ensemble de l'écosystème." Cela passera bien entendu par de la promotion et de la communication mais cela ira jusqu'à l'anticipation des besoins: l'une des missions de B2H sera d'identifier les trous dans la chaîne de valeur, les domaines où il manque de sous-traitants et de réaliser alors le business plan afin de convaincre des entreprises d'investir dans ces créneaux manquants. La CEO de B2H cite l'exemple des tests pré-cliniques qui engloutissent la moitié des fonds levés par les biotechs émergentes et qui ne peuvent aujour-d'hui que partiellement être effectués en Wallonie. "Notre objectif est que les entreprises des sciences du vivant disposent de tout ce dont elles ont besoin pour grandir, résume-t-elle. Un entrepreneur n'a souvent pas le temps de chercher l'interlocuteur optimal. Ce qui fera alors la différence pour un écosystème, c'est la rapidité de la réponse aux besoins de l'entreprise." C'est particulièrement vrai pour les entreprises étrangères, attirées par les aides de la Région qui peuvent parfois quasiment doubler l' equity des investisseurs privés et publics, et qu'il faut veiller ensuite à bien ancrer en Wallonie. "C'est effectivement notre responsabilité, dit Joanna Tyrekidis. Nous devons les mettre en contact avec des sous-traitants, avec des sociétés complémentaires, mais aussi des centres de recherche et des professeurs d'université. Et là, nous avons quand même quelque chose à Liège, la masse critique est là." B2H se positionnera aussi sur le chantier de la formation. Indispensable quand on sait que les plans de recrutement prévoient plus de 250 embauches par an et que les entreprises peinent déjà à trouver la main-d'oeuvre qualifiée nécessaire. Dans cette optique, une antenne d'Aptaskil (le centre de formation sectoriel basé à Seneffe) centrée sur les métiers de la bio-production sera implantée sur le site du Legia Park. Il s'agit d'un complexe de 30.000 m2, avec notamment des laboratoires et des salles blanches, actuellement en construction et dont la première moitié sera terminée cet été. En réunissant sur un même lieu les biotechs innovantes et les espaces de formation, B2H espère contribuer à valoriser ces filières. C'est louable. Mais cela ne va-t-il pas doublonner avec la EU Biotech School, prévue à Gosselies et qui sera financée par le plan de relance fédéral? "Nous nous réjouissons de la création de cette école, assure Joanna Tyrekidis. L'enjeu, c'est de créer des ponts avec le bassin liégeois, que ce soit avec une antenne thématique, comme nous le faisons avec Aptaskil, ou avec des actions en vue d'optimiser la mobilité vers Gosselies." Enfin, en plus de la structuration de l'écosystème et de la formation des travailleurs de demain, l'une des "priorités phares" de B2H sera la mise en place d'un fonds de maturation. "Ce fonds investira très en amont, quand l'entreprise n'est même pas encore créée, dit Joanna Tyrekidis. Il octroiera un budget pouvant aller jusqu'à 400.000 euros parfois simplement sur une idée qu'un chercheur va développer avec un accompagnement plus 'business' de la part de B2H. Nous travaillerons directement avec le corps académique pour bien identifier les domaines et les projets porteurs. Ce sera une sorte d'accélérateur des idées les plus prometteuses." L'objectif est clair: faire émerger de nouveaux projets entrepreneuriaux endogènes et entretenir ainsi le dynamisme de l'écosystème. Le fonds de maturation sera doté de 2 millions d'euros par l'ULiège et Noshaq et l'ambition est de le porter à 10 millions d'euros, avec l'apport d'autres partenaires. Ces deux millions ne tombent pas du ciel, ils proviennent des profits réalisés par le fonds Spin Venture lancé il y a une vingtaine d'années par l'université et Noshaq (qui s'appelait encore Meusinvest) et qui avait notamment investi dans des Eurogentec, Mithra ou Physiol débutantes. "Les bonis réalisés grâce à ces succès sont réinvestis dans la recherche, c'est une forme d'économie circulaire", se réjouit Joanna Tyrekidis. Cela explique aussi pourquoi ce fonds de maturation sera avant tout liégeois alors que les projets de recherche prometteurs existent certainement tout autant à l'ULB, l'UCLouvain, l'UNamur ou l'UMons. "S'il y avait une initiative conjointe des universités et des invests de Wallonie, cela aurait tout autant de sens et c'est avec plaisir que nous pourrions partager ce qui est fait à Liège, ajoute la patronne de B2H. Quand l'écosystème se développe à Gosselies ou à Louvain-la-Neuve, c'est très bien pour nous. Si une entreprise qui arrive de l'étranger trouve de quoi répondre à ses besoins à une heure ou deux de Liège, nous sommes tous gagnants." Elle insiste sur "la complémentarité" entre les différents bassins, avec un Biopark carolo très en pointe sur les thérapies géniques et cellulaires (ce qui n'empêche pas des sociétés comme Eurogentec ou Xpress Biologics de se développer à Liège) tandis que la Cité ardente a pris de l'avance dans les medtechs. Ce segment représente plus de la moitié des 140 entreprises des sciences du vivant en province de Liège. "Même si nous continuerons bien entendu à travailler aussi sur la santé digitale, l'immunologie et la thérapie cellulaire, nous devons exploiter notre position dans les technologies médicales, précise Joanna Tyrekidis. Nous l'envisageons dans une optique très large, qui inclut aussi le diagnostic et les biomatériaux."