Jehan Liénart (CEO de Vésale Pharma): “Les antibiotiques vont devenir inefficaces”

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Jérémie Lempereur Journaliste Trends-Tendances - retail, distribution, luxe

Le producteur namurois de probiotiques Vésale Pharma veut se lancer dans la phagothérapie pour lutter contre les bactéries résistantes aux antibiotiques.

Pourquoi vous diversifiez-vous ?

Nous sommes l’un des grands spécialistes au monde du microbiote(ensemble des micro-organismes vivant dans un environnement spécifique). Or, quand on sait qu’il y a 10 fois plusde phages (virus n’infectant que des bactéries) que de bactéries dans notre corps et que ces phages ont un rôle fondamental dans l’établissement d’un bon microbiote, ne pas vouloir comprendre leur rôleaurait été idiot. Je vous garantis qu’ilsdeviendront une solution thérapeutique extrêmement importante.

Les antibiotiques vont devenir inefficaces. Ils sont devenus la panacée, mais certaines bactéries ont créé des résistances. Je pense au staphylocoque doré, à E.Coli, etc. L’OMS pense qu’en 2050, la biorésistance sera la première cause de mortalitéau monde, avant les cancers et les accidents de la route. Les phages vont permettre de tuer les bactéries pour lesquellesils sont fabriqués, et uniquement celles-là, contrairement aux antibiotiques.

Vous venez de recevoir une bourse de 4,3 millions d’euros de la partde la Région wallonne. Que va-t-elle vous permettre de faire ?

Cet argent dédié au consortium que nous avons monté avec l’Hôpital royal militaire de Neder-Over-Heembeek, la sociétéaméricaine Genalice, l’ULB et l’ULiège doit nous permettre d’atteindre la forme sèche des phages. Pour ce faire, nous aimerions utiliser notre brevet Intelicaps,qui permet de micro-enrober des bactéries (aujourd’hui des probiotiques) afin d’enrober les phages. Cela permettrait leur utilisation sous forme de gélules, d’aérosols,de crèmes, etc., et plus uniquement par perfusion intraveineuse. Outre une augmentation de leur durée de vie, cette forme sèche les ferait arriver au bon endroit,par exemple dans l’intestin, en bon état.

Le cadre légal ne permet pas aujourd’hui la mise sur le marché de produits évolutifs comme les phages, qui mutent en même temps que la bactérie, permettant d’éviter toute résistance. C’est un grand frein pour vous…

C’est à la fois vrai et faux. Il est vrai quela législation européenne sur les médicaments ayant été faite pour les antibiotiques, elle ne tient absolument pas compted’une possibilité d’enregistrementen médicament pour des entités biologiques évolutives comme les phages. Mais la Belgique est plutôt novatrice en matière de réglementation. En 2018, notre paysa publié une monographie qui autorise l’usage des phages par prescription magistrale. Cette dérogation prévoit toutefois des critères très rigides. C’est un médecin qui doit prescrire et un pharmacienqui doit faire la préparation. C’est doncfaisable à petite échelle, mais pas sil’on soigne 10.000 ou 20.000 patients.Il est donc nécessaire de faire figurerles phages dans la pharmacopée, ce qui n’est pas encore le cas. Cela simplifierait toutes les démarches administratives,tant pour les hôpitaux que pour les firmes productrices, les médecins et les patients. On pourrait alors envisager un processus de remboursement.

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