Le holding d'investissement Cobepa dénote dans le paysage belge. Ses actionnaires comptent parmi les plus fortunés d'Europe, mais à première vue, il n'y a aucune ligne directrice dans les participations : d'une chaîne de boulangeries à une société d'aide internationale d'urgence en passant par le transport de boissons alcoolisées sur les océans. Mais c'est précisément cette diversité qui lui a permis d'enregistrer des résultats financiers impressionnants au cours de la décennie écoulée. Comme l'actionnariat familial.
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Le holding d'investissement Cobepa dénote dans le paysage belge. Ses actionnaires comptent parmi les plus fortunés d'Europe, mais à première vue, il n'y a aucune ligne directrice dans les participations : d'une chaîne de boulangeries à une société d'aide internationale d'urgence en passant par le transport de boissons alcoolisées sur les océans. Mais c'est précisément cette diversité qui lui a permis d'enregistrer des résultats financiers impressionnants au cours de la décennie écoulée. Comme l'actionnariat familial. "Les fonds d'investissement se livrent une concurrence féroce, explique le CEO de Cobepa. Les candidats vendeurs ont énormément de choix. Il faut vraiment pouvoir se distinguer. Nous le faisons avec nos actionnaires familiaux. Nous sommes des actionnaires fiables. Nos entreprises peuvent se renforcer, et nous leur en laissons le temps. Nous ne sommes pas de simples gestionnaires d'un portefeuille d'actifs, qui achètent pour revendre aussi vite. Non, nos participations ont une personnalité. Derrière ces entreprises, il y a des histoires d'hommes et de femmes. Avec tout un historique, un plan d'affaires solide, des ambitions. " Trends-Tendances. Pourquoi Cobepa ne se spécialise-t-il pas dans certains secteurs ? Jean-Marie Laurent Josi. Je ne veux pas m'enfermer dans un corset sectoriel. Il n'y a pas de bons et de mauvais secteurs. Mais il y a de bonnes entreprises et des entreprises plus faibles. Et au-dessus, il y a la catégorie des excellentes entreprises. Avec un excellent management, un fondateur passionné. C'est dans ces entreprises que nous investissons. Comment trouvez-vous ces oiseaux rares ? Via des centaines d'antennes sur le marché. Les réseaux sont très importants dans le petit monde du capital-risque. C'est ainsi que nous trouvons de belles entreprises, bien avant qu'elles ne recherchent un nouvel actionnaire. Nous voyons comment des entreprises ambitieuses planifient des acquisitions. Et quand elles recherchent un acheteur, nous sommes déjà prêts à bondir. Ou nous sommes proactifs et nous formulons nous-mêmes une offre. Mais même Cobepa n'a pas été épargné par la crise sanitaire... La brutalité de cette crise nous a surpris. Janvier et février ont été d'excellents mois. Puis est arrivée la mi-mars. Tout s'est arrêté. Dans une telle situation, la politique de management et ses objectifs stratégiques à long terme n'ont plus guère d'importance. Subitement, une seule chose compte : veiller à ne pas perdre de cash. Combien de temps peut-on survivre quand son chiffre d'affaires baisse de 40% du jour au lendemain ? Heureusement, aucune de nos participations n'a eu besoin de capitaux frais. Mais c'est ce que je dis maintenant : si vous m'aviez posé la question début avril, je n'aurais pas été aussi affirmatif. Pourquoi ? Nos entreprises disposent d'un management solide, d'une stratégie clairement définie, et d'une structure bilantaire solide. Elles sortiront renforcées de la crise. L'inverse est également vrai. Les plus faibles sont toujours les première victimes d'une grave crise. Avec une nuance cependant : on entend parfois qu'il y aura des gagnants de la crise sanitaire. Moi, je ne connais aucune entreprise qui a gagné quoi que ce soit grâce au coronavirus.Même Cobepa détient un grand perdant dans son portefeuille. La chaîne de boulangerie Le Pain Quotidien a dû passer par une réorganisation judiciaire. Le Pain Quotidien connaissait déjà des problèmes avant la crise sanitaire. Une restructuration était de toute manière inévitable. Les entreprises ne meurent pas d'un infarctus, mais d'un cancer. Avec la réorganisation judiciaire, Le Pain Quotidien peut renouer avec la croissance. L'accent est à présent placé sur les activités en Belgique, en France et au Royaume-Uni. Mais ce n'est finalement qu'une petite participation dans le portefeuille de Cobepa.Comment s'en tirent les autres entreprises ? Elles ont été très créatives au moment de s'adapter à cette situation inédite. C'était par exemple le cas de Hillebrand, qui transporte des boissons alcoolisées par voie d'eau. Début avril, le risque existait que son activité s'effondre. Cela n'a pas été le cas. Hillebrand a trouvé de nouvelles niches. L'entreprise a eu du travail supplémentaire, parce que le coronavirus a bouleversé toute la chaîne logistique internationale. Par rapport à l'an dernier, le chiffre d'affaires de Hillebrand ne baissera que de 10%. Ou prenez Enoflex, notre producteur de bouchons pour bouteilles de vin. On pourrait penser qu'une telle entreprise va souffrir. Eh bien non. Enoflex a déjà enregistré le chiffre d'affaires de l'an dernier. L'entreprise n'est pas tributaire de la consommation de champagne, mais travaille pour les producteurs. Et ceux-ci doivent embouteiller leurs bouteilles, qu'on les boive ou non. International SOS, votre entreprise basée à Singapour, apporte une aide d'urgence aux expatriés. A-t-elle tiré profit de la pandémie ? Oui et non. Le marché des expatriés et des voyageurs d'affaires s'est effondré. La division Services médicaux a en revanche enregistré une forte croissance. Subitement, la demande de masques et de ventilateurs a explosé. Ce marché va continuer à croître après l'épidémie. Les entreprises et les institutions internationales comme la Commission européenne ne laisseront plus leurs collaborateurs voyager sans avoir la garantie qu'ils bénéficieront de soins de santé de qualité. Où qu'ils aillent dans le monde. La crise sanitaire a-t-elle ramené les acquisitions à des prix plus raisonnables qu'il y a un an ? Les prix ne baissent que pour les entreprises moyennes. Ceux des entreprises de qualité ne baisseront pas tant que les banques centrales continueront à injecter beaucoup trop d'argent sur le marché. Vous craignez de l'inflation ? Pas à ce stade. L'inflation, c'est comme une bouteille de ketchup. On l'ouvre, on l'agite, et il y en a quelques gouttes qui sortent. On presse un peu plus fort, et subitement la bouteille se vide et il est impossible d'empêcher le ketchup de s'écouler. L'inflation, c'est la même chose. Les banques centrales secouent la bouteille depuis 10 ans. Peut-être finiront-elles enfin par générer de l'inflation. Qu'est-ce qui vous inquiète ? Le prochain gouvernement voudrait accroître l'impôt sur la fortune. Ce n'est pas le moment. L'erreur est humaine, mais ça ne signifie pas qu'il faut sortir des imbécillités. La Belgique doit faire attention. Notre génération n'a jamais connu une baisse du PNB de 10%. Jamais ! Et cela rend notre tissu économique actuel très vulnérable. Les politiques doivent tout mettre en oeuvre pour le préserver. Et notamment en soutenant l'esprit d'entreprise. Sans quoi je crains une très longue récession.