1. Comment jugez-vous le projet de réforme fiscale avancé par le Conseil supérieur des finances (CSF)?
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1. Comment jugez-vous le projet de réforme fiscale avancé par le Conseil supérieur des finances (CSF)? Ces propositions ne constituent nullement un "avis officiel" à suivre par le gouvernement, il faut le rappeler. Par ailleurs, elles visent juste à supprimer de manière purement mécanique des régimes fiscaux sans la moindre analyse qualitative et sans évaluation approfondie. Il n'y a aucune vision d'ensemble. Plus largement, on ne peut qu'être déçu par la méthode de travail choisie pour entourer cette réforme fiscale rêvée par la Vivaldi. Le ministre des Finances a confié à un groupe de travail dirigé par Mark Delanote, professeur de droit fiscal à l'Université de Gand (UGent), de plancher sur le sujet. Mais on n'a pas la moindre idée de qui fait partie de ce groupe d'experts. Tout se passe dans la plus grande opacité et sans le moindre débat public. A la FEB, nous sommes observateurs: nous ne pouvons réagir qu'à ce que nous voyons et lisons dans la presse, comme ces recommandations du CSF qui viennent de fuiter. Tout cela n'est pas à la hauteur de l'enjeu. 2. Qu'est-ce qui vous choque le plus dans ces propositions du CSF? Le CSF recommande de diminuer l'impôt, notamment sur le travail, à hauteur d'environ 6 milliards d'euros. Mais pour financer l'effort, il propose par exemple de supprimer les chèques-repas, de taxer les allocations familiales et de relever la TVA à 22%. Cette proposition de relever la TVA me paraît totalement aberrante, et ce pour deux raisons. Un: cela reviendrait à alourdir l'impôt sur la consommation à l'heure où on essaye de renforcer le pouvoir d'achat. Deux: cette augmentation se retrouvera rapidement dans l'indexation des salaires, alors que l'inflation bat déjà des records et pose problème à beaucoup d'entreprises. C'est à se demander si ceux qui imaginent ce genre de mesures lisent parfois le journal. 3. A vous entendre, on est loin d'une vraie réforme? On en est très loin. C'est une réforme imaginée en petit comité par des techniciens. Et transformée ensuite sur le plan politique en une belle histoire à raconter, du storytelling , avec un gâteau qui doit être suffisamment grand pour que tout le monde puisse manger à sa faim. On est loin d'un travail de réflexion étoffé et argumenté, devant réduire la fiscalité sur le travail pour tous et positionner la Belgique de manière compétitive sur la scène économique internationale d'ici 2030. Bref, on nage en pleine propagande clivante. Je suis d'ailleurs très inquiet des conséquences, y compris sur le plan électoral en 2024, qu'une telle réforme pourrait avoir si elle devait être réalisée sous cette législature.