L'ancien professeur d'anglais, officiellement retraité d'Alibaba depuis l'an dernier, pensait voir sa fortune dépasser 70 milliards de dollars (60 milliards d'euros) avec l'introduction en Bourse d'Ant, numéro un mondial du paiement en ligne, sur les places de Hong Kong et Shanghai.

Las, les autorités de tutelle ont imposé mardi la suspension de l'opération à 34,4 milliards de dollars (27,4 milliards d'euros), paraissant s'inquiéter des activités d'Ant dans la finance en ligne. Un coup dur pour Jack Ma, qui reste le premier actionnaire du groupe affilié à Alibaba. Ces dernières heures, la chute du titre Alibaba à Wall Street et à Hong Kong lui a déjà coûté son titre de première fortune de Chine, selon le classement de l'agence financière Bloomberg.

Un rare revers pour l'emblématique milliardaire, qui a eu la prescience de l'évolution massive de ses compatriotes vers le commerce électronique en co-fondant Alibaba en 1999.

Les médias chinois racontent à l'envi ses débuts: son ascension à partir d'un milieu pauvre, un père peinant à faire vivre sa famille, un bac raté deux fois, les petits boulots, jusqu'à la création d'Alibaba dans un appartement de Hangzhou, avec 60.000 dollars empruntés à des amis.

Jack Ma (Ma Yun de son nom chinois) avait décidé d'abandonner son métier d'enseignant à l'université après avoir découvert internet lors d'un voyage aux Etats-Unis et saisi la possibilité offerte aux entreprises d'échanger leurs biens en ligne.

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De même, il comprend vite le potentiel des smartphones: avec son service Alipay, il sera le pionnier du paiement électronique mobile. Ces intuitions lui valent une réputation de visionnaire dans un pays où l'argent liquide est en voie de disparition au profit du paiement par smartphone.

- Du PCC à Michael Jackson -

"La première fois que j'ai utilisé internet, j'ai tapé sur le clavier et je me suis dit: +Voici quelque chose (...) qui va changer le monde et la Chine+", avait-il déclaré à la chaîne américaine CNN.

En 2006, le décollage de la plateforme d'e-commerce d'Alibaba, Taobao, oblige l'américain eBay à se retirer du marché chinois, laissant la voie libre à son rival.

Les excentricités de Jack Ma, qui cultive parfois une certaine ressemblance avec E.T., détonnent dans l'univers corseté des entrepreneurs chinois: en 2017, il s'était grimé en Michael Jackson lors d'un gala d'entreprise... Il n'en est pas moins membre du très austère Parti communiste chinois (PCC) au pouvoir.

De Davos à Wall Street, il côtoie les grands de ce monde et promet à Donald Trump de créer un million d'emplois aux Etats-Unis en janvier 2017, alors que le milliardaire américain s'apprête à entrer à la Maison Blanche. Il retirera sa promesse plus tard, invoquant la guerre commerciale lancée par le président américain contre son pays.

En septembre 2018, Jack Ma annonce qu'il prendra sa retraite un an plus tard, le jour de ses 55 ans. Il entend se consacrer à des oeuvres de philanthropie dans l'éducation, à l'instar d'un de ses modèles, le fondateur de Microsoft Bill Gates.

Son ascension apparemment sans limite a pu lui valoir des inimitiés au sommet du régime communiste, ce qui pourrait expliquer en partie le coup d'arrêt donné mardi par les autorités de régulation.

Jack Ma va peut-être devoir réexaminer la ligne de conduite qu'il avait exposée en 2007 au forum de Davos: "Ma philosophie consiste à être amoureux du pouvoir mais sans jamais l'épouser".

Ant Group, la fourmi stoppée aux portes de la Bourse

Le chinois Ant, qui s'apprêtait à réaliser la plus grosse entrée en Bourse de l'histoire avant sa suspension mardi par Pékin, est un mastodonte du paiement électronique dans son pays, mais encore peu connu à l'étranger.

L'entreprise à la fourmi bleue, qui prévoyait de lever la somme record de 34,4 milliards de dollars lors d'une double opération à Hong Kong et Shanghai, est affilié au leader chinois du e-commerce Alibaba, fondé en 1999 par Jack Ma.

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- Portefeuille 2.0 -

Ant Group est le propriétaire d'Alipay, une plateforme de paiement devenue indispensable dans le quotidien des Chinois.

Ce système se présente sous la forme d'une application pour smartphone. Alipay permet de régler ses achats en ligne directement sur son écran ou dans les commerces au moyen de codes QR à scanner.

Son principal concurrent en Chine est WeChat Pay, détenu par le géant de l'internet Tencent.

Ces deux plateformes ont en quelques années fait basculer la Chine d'un pays où l'argent liquide régnait en maître, à une société qui vit pratiquement sans cash. Même au marché, la plupart des gens règlent leurs achats de fruits et légumes à l'aide de leur téléphone.

- Plus fort que PayPal -

Alipay est la plus grande plateforme de paiement au monde.

Présent dans plus de 80 millions de magasins, ce système est utilisé chaque mois par 731 millions de personnes, selon les chiffres communiqués par l'entreprise.

Ant revendique un volume annuel de transactions dépassant les 118.000 milliards de yuans (14.400 milliards d'euros), soit cinq fois plus que le géant américain PayPal.

Alipay est également à l'origine de "Yu'ebao", un fonds de placement géant qui permet à tout un chacun de faire fructifier son argent depuis son téléphone portable.

Les taux d'intérêt pratiqués y sont bien plus avantageux que ceux des banques traditionnelles.

Alipay a révolutionné ce secteur en Chine, où environ 10% de la population n'a pas de compte en banque.

- Fourmi bleue -

Symbole par excellence de l'épargne et de la prévoyance, c'est une fourmi bleue tout sourire qui incarne le logo d'Ant ("fourmi" en anglais, "mayi" en chinois).

Le choix de cet insecte s'est vite imposé comme une évidence pour l'entreprise: "Ce qui est petit est beau, et ce qui est petit est puissant", explique Ant dans sa présentation.

Créé en 2014, Ant Group est formellement séparé d'Alibaba depuis quelques années. Le groupe était auparavant connu sous le nom d'Ant Financial.

- Alibaba comme parrain -

En deux décennies, l'emblématique Jack Ma a fait d'Alibaba un géant du commerce en ligne, diversifié dans le cinéma, les contenus vidéo, une application mobile de livraison de repas, mais aussi... les supérettes en dur, ultra-connectées et spécialisées dans la vente de produits frais de qualité.

La révolution numérique et le boom des services en ligne ont poussé le milliardaire à repenser la manière d'effectuer des achats.

Comment instaurer de la confiance pour les transactions entre clients et commerçants?

La réponse aura été à l'origine d'Alipay: la plateforme sert d'intermédiaire et de garantie. Les commerçants ne peuvent toucher leur rémunération qu'une fois les marchandises réceptionnées et ils sont notés par leurs clients.

Aujourd'hui, les achats se font en ligne sur les plateformes Taobao et TMall (propriétés d'Alibaba) et sont payés avec Alipay.

Une idée loin d'avoir fait, semble-t-il, l'unanimité à ses débuts.

"C'est le système le plus stupide qu'on ait jamais vu. Personne ne l'utilisera", s'est ainsi entendu dire Jack Ma, selon la légende.

L'ancien professeur d'anglais, officiellement retraité d'Alibaba depuis l'an dernier, pensait voir sa fortune dépasser 70 milliards de dollars (60 milliards d'euros) avec l'introduction en Bourse d'Ant, numéro un mondial du paiement en ligne, sur les places de Hong Kong et Shanghai.Las, les autorités de tutelle ont imposé mardi la suspension de l'opération à 34,4 milliards de dollars (27,4 milliards d'euros), paraissant s'inquiéter des activités d'Ant dans la finance en ligne. Un coup dur pour Jack Ma, qui reste le premier actionnaire du groupe affilié à Alibaba. Ces dernières heures, la chute du titre Alibaba à Wall Street et à Hong Kong lui a déjà coûté son titre de première fortune de Chine, selon le classement de l'agence financière Bloomberg. Un rare revers pour l'emblématique milliardaire, qui a eu la prescience de l'évolution massive de ses compatriotes vers le commerce électronique en co-fondant Alibaba en 1999. Les médias chinois racontent à l'envi ses débuts: son ascension à partir d'un milieu pauvre, un père peinant à faire vivre sa famille, un bac raté deux fois, les petits boulots, jusqu'à la création d'Alibaba dans un appartement de Hangzhou, avec 60.000 dollars empruntés à des amis.Jack Ma (Ma Yun de son nom chinois) avait décidé d'abandonner son métier d'enseignant à l'université après avoir découvert internet lors d'un voyage aux Etats-Unis et saisi la possibilité offerte aux entreprises d'échanger leurs biens en ligne.De même, il comprend vite le potentiel des smartphones: avec son service Alipay, il sera le pionnier du paiement électronique mobile. Ces intuitions lui valent une réputation de visionnaire dans un pays où l'argent liquide est en voie de disparition au profit du paiement par smartphone.- Du PCC à Michael Jackson -"La première fois que j'ai utilisé internet, j'ai tapé sur le clavier et je me suis dit: +Voici quelque chose (...) qui va changer le monde et la Chine+", avait-il déclaré à la chaîne américaine CNN.En 2006, le décollage de la plateforme d'e-commerce d'Alibaba, Taobao, oblige l'américain eBay à se retirer du marché chinois, laissant la voie libre à son rival. Les excentricités de Jack Ma, qui cultive parfois une certaine ressemblance avec E.T., détonnent dans l'univers corseté des entrepreneurs chinois: en 2017, il s'était grimé en Michael Jackson lors d'un gala d'entreprise... Il n'en est pas moins membre du très austère Parti communiste chinois (PCC) au pouvoir.De Davos à Wall Street, il côtoie les grands de ce monde et promet à Donald Trump de créer un million d'emplois aux Etats-Unis en janvier 2017, alors que le milliardaire américain s'apprête à entrer à la Maison Blanche. Il retirera sa promesse plus tard, invoquant la guerre commerciale lancée par le président américain contre son pays.En septembre 2018, Jack Ma annonce qu'il prendra sa retraite un an plus tard, le jour de ses 55 ans. Il entend se consacrer à des oeuvres de philanthropie dans l'éducation, à l'instar d'un de ses modèles, le fondateur de Microsoft Bill Gates.Son ascension apparemment sans limite a pu lui valoir des inimitiés au sommet du régime communiste, ce qui pourrait expliquer en partie le coup d'arrêt donné mardi par les autorités de régulation.Jack Ma va peut-être devoir réexaminer la ligne de conduite qu'il avait exposée en 2007 au forum de Davos: "Ma philosophie consiste à être amoureux du pouvoir mais sans jamais l'épouser".