"La Belgique et le Congo, c'est une histoire de famille. Il y a des moments où cela se passe moins bien, d'autres où cela se passe mieux. Mais quoi qu'il arrive, nous restons une famille. Cette mission est l'occasion de relancer les rapports fraternels qui nous unissent." En mars dernier, Rudi Vervoort, ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale, entamait un séjour de cinq jours à Kinshasa, accompagnés de représentants d'une centaine d'entreprises belges. Très attendue car reportée à plusieurs reprises, cette mission économique était d'autant plus importante qu'elle était la première depuis l'élection du président Félix Tshisekedi. Une mission économique tri-régionale, organisées avec l'Awex, Flanders Investment & Trade, hub.brussels, destinée à faire découvrir, voire approfondir, le marché congolais.
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"La Belgique et le Congo, c'est une histoire de famille. Il y a des moments où cela se passe moins bien, d'autres où cela se passe mieux. Mais quoi qu'il arrive, nous restons une famille. Cette mission est l'occasion de relancer les rapports fraternels qui nous unissent." En mars dernier, Rudi Vervoort, ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale, entamait un séjour de cinq jours à Kinshasa, accompagnés de représentants d'une centaine d'entreprises belges. Très attendue car reportée à plusieurs reprises, cette mission économique était d'autant plus importante qu'elle était la première depuis l'élection du président Félix Tshisekedi. Une mission économique tri-régionale, organisées avec l'Awex, Flanders Investment & Trade, hub.brussels, destinée à faire découvrir, voire approfondir, le marché congolais. Les entreprises bruxelloises étaient les plus nombreuses: une soixantaine. Car si la Région représente un modeste 13% des exportations belges dans le pays, contre 83% pour la Flandre et seulement 4% pour la Wallonie, la RDC est son premier client africain. Notre pays reste d'ailleurs son premier fournisseur européen, tout en naviguant loin derrière la Chine, premier partenaire commercial avec 17% du total des importations et 1,122 milliard d'euros. Le géant asiatique est également le premier destinataire à l'exportation de la RDC (51%), en raison de son omniprésence dans l'exploitation des mines. Au total, en 2020, les exportations belges au Congo avoisinaient tout de même les 291,01 millions d'euros. On le voit, la Belgique ne s'en sort donc pas trop mal. Mais étant donné sa connaissance du terrain, le réseau dont elle dispose et les liens qui perdurent - même s'ils s'amenuisent avec le temps -, on serait tenté de dire: "peut mieux faire". D'autant que notre pays bénéficie d'incitants fiscaux et juridiques susceptibles de spécialement favoriser les échanges entre les deux Etats. Citons, la Convention préventive de double-imposition qui, comme son nom l'indique, vise à éviter le cumul d'imposition. Mais aussi la Convention sur la promotion et la protection mutuelle des investissements dont les arrêtés d'exécution ont enfin été ratifiés fin 2021. Reste maintenant la délicate question du "climat des affaires". Il semble que les efforts du gouvernement nommé par Félix Tshisekedi, qui avait fait de la bonne gouvernance un point central de son programme, soient appréciés. Une cellule spéciale "climat des affaires" a d'ailleurs été créée et rattachée directement à la présidence peu de temps après son arrivée au pouvoir. Pour rappel, dans le classement Doing Business 2020 de la Banque mondiale, la RDC figurait parmi les plus mauvais élèves (183e sur 190) là où, par exemple, à la même époque, le Rwanda voisin s'enorgueillissait d'une 38e place. Signe encourageant néanmoins, en juillet 2021, un programme triennal - le premier depuis 10 ans - était conclu avec le Fonds monétaire international, qui octroyait une enveloppe de 1,5 milliard de dollars à la RDC. Un accord qui vise à aider le pays à soutenir la reprise après la pandémie de Covid-19, à préserver la stabilité macroéconomique et à relancer la dynamique des réformes afin de stimuler la croissance. Bien que la guerre en Ukraine risque à terme de peser sur l'économie congolaise, les prévisions en matière de croissance restent d'ailleurs plutôt bonnes. Les prévisions du FMI ont même été revues à la hausse, avec une croissance de 6,2% pour 2022 au lieu des 5,6% annoncés dans un premier temps. Mais quels investissements réaliser en RDC? Comme le rappelait sans ambages le ministre congolais de l'Industrie Julien Paluku lors de la mission économique belge, le Congo comptait plus de 10.000 entreprises industrielles à l'indépendance. Elles ne sont plus que 500 aujourd'hui. Une désertification du paysage qui contraint le pays à importer tout ce qu'il pourrait pourtant produire lui-même, qu'il s'agisse du secteur agroalimentaire, pharmaceutique, textile ou mécanique. Sans même parler des matières premières peu ou pas encore exploitées et dont le pays regorge. Citons le pétrole: aujourd'hui 8 millions de barils par an, pour un potentiel de 20 milliards et pour lequel un appel d'offre portant sur 16 des 32 blocs pétroliers (13 onshores, 3 offshores) vient d'ailleurs d'être lancé. Ou, moins connus, le nickel et le chrome présents dans la province du Kasaï, très peu exploités. Et non seulement la RDC dispose d'une des plus importantes réserves au monde de composants nécessaires aux batteries électriques et aux smartphones - 70% du cobalt et 40% du coltan extraits dans le monde -, mais sa compétitivité semble réelle en matière de transformation de ces minerais. Selon une étude de Bloomberg, la création d'une usine de traitement en RDC coûterait seulement 39 millions de dollars, pour 117 millions si elle était construite aux Etats-Unis, 112 millions en Chine ou même encore 65 millions en Pologne. Une opportunité qui, en outre, nécessiterait en amont la construction d'infrastructures pour desservir le territoire, un investissement chiffré à 58 milliards de dollars selon le plan directeur d'industrialisation initié par le gouvernement. Des opportunités donc et dont les financements pourraient être drainés par les PPP (partenariats publics-privés) que l'actuel ministre congolais de l'Industrie invite à considérer comme des "appels à candidatures" pour les entreprises étrangères. Parmi les PPP les plus connus: le projet de réhabilitation du barrage d'Inga II, responsable d'environ 60% de la production d'électricité du pays. Sous-exploité également: le potentiel agricole. Sur les 75 millions d'hectares exploitables du pays, seuls 10 millions le sont effectivement aujourd'hui. A plein régime, les terres seraient susceptibles de nourrir plus de 2 milliards d'individus, une production largement supérieure aux besoins du continent. Lors de la mission économique belge, Kimona Bononge, président de la Fédération des entreprises congolaises, rappelait volontiers combien le Congo fut en son temps l'un des plus gros exportateurs mondiaux de café, de cacao, de caoutchouc et d'huile de palme. "On ne parle que de nos mines, mais la vraie richesse du pays c'est l'agriculture", avait abondé Modeste Bati, président du Sénat. Celui-ci planche d'ailleurs sur une loi visant à rendre le secteur plus attractif. Des exportations qui seront facilitées à l'avenir puisque la construction du premier port en eaux profondes du pays, à Banana, a enfin démarré en janvier, après moult péripéties. A terme, le projet remporté par DP World, société des Emirats arabes unis, promet une capacité annuelle de 300.000 conteneurs, soit la circulation de plus de 1,3 million de tonnes de marchandises. "N'attendez pas que le Congo devienne la Suisse pour vous y investir", martelait lors de la même visite Nicolas Kazadi, ministre des Finances, fier d'annoncer qu'un projet de loi avait été déposé pour faciliter le crédit et les financements bancaires. L'un des problèmes majeurs du Congo reste en effet son incapacité à fournir des financements sur le long terme en raison d'un taux de bancarisation de l'ordre de 10%. Aujourd'hui à Kinshasa, nombreux sont ceux qui insistent sur la transition qui s'opère, tout en restant lucides sur les efforts encore à fournir. Rome ne s'est pas faite en un jour, rappellent d'autres, précisant qu'investir au Congo "reste une aventure" où, sans surprise, les résultats sont à la hauteur des risques consentis, voire exponentiels pour ceux qui "osent". Certes ses retombées réelles ne sont pas encore connues, mais au lendemain de la mission économique de mars, le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort se réjouissait déjà de son succès, citant tour à tour quelques accords dans le domaine de la télémédecine, du textile, de la construction et de l'environnement. Et d'autres initiatives de ce type devraient se dérouler à l'avenir. Car comme le disait si bien Isabelle Grippa, la CEO de hub.brussels: "Le commerce international, c'est une histoire d'amour à long terme".