Le CEO du site Rich Meet Beautiful plaidera sa cause devant la cour d'appel de Bruxelles le 9 février. Le patron d'origine norvégienne Sigurd Vedal conteste le jugement rendu en première instance. En mai 2019, le tribunal correctionnel de Bruxelles l'a condamné à six mois de prison avec sursis et 24.000 euros d'amende. Sa société, Digisec Media Limited, qui exploite notamment le site Rich Meet Beautiful, a écopé d'une amende de 240.000 euros. Motif de la condamnation: l'incitation à la prostitution.
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Le CEO du site Rich Meet Beautiful plaidera sa cause devant la cour d'appel de Bruxelles le 9 février. Le patron d'origine norvégienne Sigurd Vedal conteste le jugement rendu en première instance. En mai 2019, le tribunal correctionnel de Bruxelles l'a condamné à six mois de prison avec sursis et 24.000 euros d'amende. Sa société, Digisec Media Limited, qui exploite notamment le site Rich Meet Beautiful, a écopé d'une amende de 240.000 euros. Motif de la condamnation: l'incitation à la prostitution. Ce dossier sulfureux émerge aux yeux du grand public en septembre 2017, en pleine rentrée académique, lorsqu'une photo prise du côté de l'Université libre de Bruxelles fait le tour des réseaux sociaux. Une immense affiche invite les étudiantes à "améliorer leur niveau de vie" en sortant avec un sugar daddy. La publicité pour le site Rich Meet Beautiful produit l'effet escompté: toute la presse en parle. Elle fait rapidement l'objet de nombreuses plaintes auprès du Jury d'éthique publicitaire, qui établit une "atteinte à la dignité humaine". L'affaire déclenche également l'ouverture d'une enquête par le parquet de Bruxelles, qui aboutit en première instance à la condamnation du CEO et à la fermeture du site en Belgique. Pour mieux comprendre le phénomène du sugar dating, la journaliste Justine Pons (RTL) décide alors d'infiltrer ces plateformes en ligne qui jouent le rôle d'intermédiaires entre les jeunes filles inscrites sur ces sites et ces sugar daddies qui cherchent à s'offrir leurs services. Elle raconte son enquête dans un livre qui vient de paraître: Le Sugar dating. Infiltrée dans l'univers des babies et des daddies (Editions Les Impactantes). "A l'époque où l'affaire a éclaté, on présentait les sugar babies comme des étudiantes pauvres qui pratiquaient cette activité pour payer leurs études. Au cours de mon enquête, j'ai découvert que la réalité était plus complexe", indique Justine Pons. Le site Rich Meet Beautiful étant fermé en Belgique suite à la décision de justice, la journaliste s'est inscrite sur une plateforme concurrente: Seeking Arrangement. Pour enquêter, elle s'est créé un profil de baby, mais aussi un profil de daddy.Cela lui a permis de découvrir que les sugar babies peuvent effectivement être des étudiantes. Justine Pons en a répertorié quelques centaines, rien qu'en Belgique. Mais il s'agit aussi de femmes qui travaillent et ont du mal à boucler leurs fins de mois ou qui veulent améliorer leur quotidien. Enfin, une proportion non négligeable des utilisatrices sont des professionnelles du sexe qui proposent leurs services sur la plateforme. C'est là que réside toute l'ambiguïté de ces sites internet. Ils se présentent comme de simples entremetteurs qui se contentent de mettre des gens consentants en relation. En réalité, les propositions de sexe tarifé y sont omniprésentes. C'est ce qu'a constaté Justine Pons quand elle a créé son profil de sugar baby. Les sollicitations très directes ont rapidement afflué. La journaliste a échangé des messages avec des dizaines d'hommes à la recherche d'une compagnie éphémère ou régulière. Elle les égrène dans son livre: "Je cherche quelqu'un de libre pour cet après-midi avec 200 euros à la clé." "Je suis marié, préfère rendez-vous discrets." "Manger ensemble, écouter de la musique, faire du shopping pour toi, puis coucher." Des millions d'utilisateurs Rejetant les profils trop insistants, Justine Pons a rencontré trois sugar daddies dans des lieux publics. A chaque fois, il s'agissait d'hommes d'âge mûr (50 ans en moyenne) plutôt aisés. C'est une des promesses des sites de sugar dating: les daddies vont faire accéder leurs "protégées" à un meilleur niveau de vie. "Le site précise le niveau de revenu du sugar daddy. La catégorie la plus basse, c'est 80.000 euros par an", précise Justine Pons. Pour ces plateformes de mise en relation qui ont finalement un service technique minimum à fournir, le business tourne plutôt bien. Seeking Arrangement revendique 10 millions d'utilisateurs, dont 2 millions de daddies (et mommies, même si elles sont nettement moins nombreuses) dans plus de 130 pays dans le monde. En 2019, Rich Meet Beautiful assurait encore rassembler plus de 6 millions de membres actifs. Inquiété par la justice belge et française, le site n'est cependant plus mis en avant par sa maison mère, Digital Media Limited. Cette société basée à Malte et créée par l'homme d'affaires Sigurd Vedal a d'autres cordes à son arc: elle opère un casino en ligne et plusieurs sites de dating, dont Victoria Milan, une plateforme de rencontres adultères qui annonce totaliser 6 millions de membres, dont 300.000 en Belgique. Le business model de ces sites, c'est la souscription. Sur Seeking Arrangement, Justine Pons a constaté qu'un sugar daddy débourse 100 euros par mois pour accéder aux profils des babies. Pour ces dernières, l'inscription est gratuite. Sauf si elles souhaitent bénéficier d'un abonnement premium qui leur permet d'accéder à des fonctionnalités plus élaborées de recherche et, surtout, de gagner en visibilité. Pour un sugar daddy, on compte quatre sugar babies. La concurrence est donc rude. L'abonnement premium permet aux babies de profiter de "passe-droit", comme sur l'application de rencontre Tinder. Si elles payent, leur profil gagnera en visibilité pendant un certain temps ou dans une zone géogra- phique déterminée. A noter que les étudiantes qui fournissent leur adresse mail universitaire bénéficient gratuitement de cet abonnement premium. Une façon, sans doute, d'attirer ce public jeune qui semble particulièrement intéresser les sugar daddies.Cette obsession affichée pour les jeunes étudiantes est au coeur de l'affaire. Le bad buzz déclenché en 2017, qui a amené la justice à se saisir du dossier, vient de ce rapprochement qui est fait entre une certaine précarité étudiante et la perspective de gains faciles, en échange de faveurs physiques. Aujourd'hui, alors que la crise sanitaire fait rage, la situation économique des étudiants et étudiantes s'est détériorée. Pensons simplement à l'horeca, qui emploie de nombreux étudiants, et qui ne peut plus leur fournir d'activité rémunérée. Selon une enquête menée par la Fédération des étu- diants francophones, 32% des étudiants éprouvent des difficultés supplémentaires à payer leurs études en raison de la crise sanitaire. "Beaucoup d'étudiantes ont perdu leur job. On ne peut pas exclure que cela les pousse encore plus à recourir à ce type de site", conclut Justine Pons.