Une histoire de famille

Philippe Tailleur (CEO d'Horus) est un pionnier liégeois des logiciels de comptabilité. Il a déjà à son actif Cubic, Bob Software et SAGE Belgium. En 2016, il décide de prendre sa retraite en Espagne, mais c'était sans compter sur la vivacité de son fils Jérôme. "Mon fils m'a ouvert les yeux sur le fait que le monde de la comptabilité n'a pas évolué depuis 30 ans. Il m'a interpellé parce que je lui disais d'aller voir d'autres programmes de comptabilité, de se diversifier, mais aucun ne lui convenait pour son entreprise. Ils datent tous d'il y a 25, 30 ans. Lui, ce qu'il voulait, comme tout entrepreneur de sa génération, c'est utiliser son smartphone, être mobile et surtout ne pas attendre la fin du trimestre pour avoir des résultats."
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Philippe Tailleur (CEO d'Horus) est un pionnier liégeois des logiciels de comptabilité. Il a déjà à son actif Cubic, Bob Software et SAGE Belgium. En 2016, il décide de prendre sa retraite en Espagne, mais c'était sans compter sur la vivacité de son fils Jérôme. "Mon fils m'a ouvert les yeux sur le fait que le monde de la comptabilité n'a pas évolué depuis 30 ans. Il m'a interpellé parce que je lui disais d'aller voir d'autres programmes de comptabilité, de se diversifier, mais aucun ne lui convenait pour son entreprise. Ils datent tous d'il y a 25, 30 ans. Lui, ce qu'il voulait, comme tout entrepreneur de sa génération, c'est utiliser son smartphone, être mobile et surtout ne pas attendre la fin du trimestre pour avoir des résultats." En effet, Jérôme était dans l'informatique de gestion et avait ouvert un bureau d'intégration de logiciel avec un ami de l'HEC. Seulement, après cinq ans, ils s'étaient "rendu compte que tous les logiciels étaient devenus des vieux brols. Il fallait faire quelque chose." C'est à ce moment-là qu'ils ont eu l'idée d'aller chercher les jeunes talents au sein des ingénieurs de l'ULG. Dans ces derniers, ils ont trouvé Bryan Steyns, un des premiers étudiants formés en intelligence artificielle. Et là, ils ont réalisé la puissance qu'une telle technologie pouvait apporter à leur projet."C'est comme ça qu'est né le projet Horus. Mon père a contacté des anciens de chez Bob. De fait, pour développer un logiciel comme Horus, qui est à la fois comptable et mobile, il nous faut la connaissance des anciens grâce à leur expérience inouïe, mais il nous faut aussi le ressenti et l'autre façon de voir le monde des plus jeunes. C'est, je pense, ce qui fait aussi notre force, on est multigénérationnel", déclare Jérôme Tailleur.La volonté d'Horus Office est notamment de faire gagner énormément de temps aux comptables. Comment ? Grâce à une technologie d'intelligence artificielle qui va pré-encoder de manière automatique et instantanée tous les documents importés. Technologie supplémentaire : l'adaptation du plan comptable. Le logiciel permet de créer un schéma comptable par secteur d'activité. Autre objectif d'Horus : débarrasser les comptables des tâches à faible valeur ajoutée de sorte qu'ils puissent enfin se consacrer uniquement aux conseils apportés aux clients. Le logiciel intègre aussi une messagerie pour dialoguer avec les clients, mais aussi des bibliothèques partagées dans lesquelles le comptable peut y déposer tous les documents importants. Horus Mobile accompagne quant à lui les entrepreneurs sur la visualisation en temps réel de leur activité. L'application permet d'obtenir les chiffres actuels sans passer par le pré-encodage du comptable.Selon Philippe et Jérôme Tailleur, il était essentiel d'être accessible sur tous les supports. C'est dans cette optique qu'Horus mobile est disponible sur ordinateur, smartphone et tablette.L'application fonctionne visuellement avec des tableaux de bord qui permettent donc de consulter les chiffres et indicateurs clés d'une activité pour une période définie. Aussi, elle possède un système de graphiques qui indiquent notamment l'évolution de la marge brute, l'analyse des frais ainsi que la progression des liquidités.Autres atouts, l'application Horus Mobile inclut une messagerie pour communiquer avec son comptable, une détection et un import des factures ou autres documents comptables présents dans ses boites mail et même un outil de scan ou de prise de photo capable de reconnaitre les informations sur les tickets de caisse. Enfin, il existe aussi un outil de gestion automatique des paiements et rappels, une bibliothèque partagée avec son comptable afin de collecter et envoyer les documents.Horus ne permet pas et ne veut pas se passer d'un comptable. Par contre, la société a la volonté de les aider à s'adapter au monde connecté du 21e siècle. En effet, selon Jérôme Tailleur, un des plus gros problèmes aujourd'hui, "c'est qu'il y a un délai tellement long entre la clôture des comptes et la publication (11 mois) qu'on ne saurait rien faire avec cela. Actuellement si on présente les comptes du 31/12/19 d'une société, est-ce que vous seriez capable d'acheter des actions dans cette société?" Pour ajouter : "Il y a deux choses pour moi au niveau du travail du comptable. Premièrement, un travail à faible valeur ajoutée, c'est-à-dire l'encodage. Par contre, là où le comptable amène une énorme plus-value à l'entreprise, c'est quand il conseille. Il peut amener à prendre des décisions stratégiques et même jusqu'à la production."Convaincu du projet, Philippe Tailleur avoue avoir "fait plus ou moins 1 million de chiffre d'affaires en un an (Horus est véritablement actif depuis début 2019, NDLR.), on espère en faire 3 en 2021 et atteindre 15 à 18 millions de CA dans les 3 ou 4 prochaines années. On est dans la phase exponentielle." L'entreprise accompagne aujourd'hui environ 650 comptables sur les 7000 disponibles en Belgique. De plus, 2700 entrepreneurs sont affiliés. Actuellement, Horus s'est concentré sur la partie francophone du pays, mais avoue "attaquer le marché néerlandophone dans les prochains jours. Il y a 700 000 entrepreneurs en Belgique, donc il nous reste encore 697 000 à conquérir", déclare le CEO liégeois. Pour ajouter: "ceci dit, on n'a pas envie d'être dans un monopole, cela ne mène jamais à rien de bon."Le fils, Jérôme, l'avoue : "Je n'ai pas du tout envie de me retrouver dans une société où on devient un numéro. Qu'on soit 10, 15, 20 ou 50, je veux qu'il y ait une bonne ambiance "familiale". Je ne pense pas qu'on ait besoin d'être dans une société à 1000 personnes." Et le père sur la même longueur d'onde : "Moi c'est très simple, quand j'ai créé BOB, on était 4 à l'origine. J'ai revendu chez SAGE, on était 35. Si c'est pour sortir de ce cadre familial, je retourne en Espagne me la couler douce. D'ailleurs, quand on a pensé le financement de la société, on a dû se tourner vers des investisseurs. Nous avons été en contact avec de grands groupes financiers qui nous offraient des valorisations énormes pour notre entreprise. Quand je vous dis énorme, c'est 15 à 20 fois le CA. Pourquoi nous avons refusé ? Parce que ces projets-là sont des projets qui arrivent à terme et qui sortent du capital en se tournant vers des investisseurs encore plus gros et se perdent. J'ai voulu créer une entreprise familiale élargie. Mon but n'est pas de faire de l'argent. Nous, on a créé une équipe avec des gens de Liège, de Belgique et on veut rester là. Je veux pouvoir continuer à boire un verre avec mon équipe le vendredi soir quand le Covid sera terminé."