Quatre-vingt-sept secondes. Tel est, selon les experts en communication, le temps que le consommateur est disposé à consacrer à un message. Thibaut Dehem l'a bien compris. A l'été 2012, il a créé sa propre agence de vidéocommunication avec l'aide de deux business angels qui ont apporté 40.000 euros de capital de départ.

La communication vidéo était alors à la veille d'un formidable boom et les fournisseurs spécialisés peu nombreux sur le marché. Pour leurs vidéos de communication interne et externe, les entreprises devaient s'adresser aux agences de publicité. "Thibaut a créé une plateforme conviviale sur laquelle le client pouvait lui-même introduire ses données numériques, ce qui rendait la production nettement moins chère, explique Philip Swinnen, managing director de 87 seconds. Un réseau de collaborateurs créatifs et de techniciens produisait ensuite le film d'entreprise sur base d'un briefing approfondi. Nous avons ainsi évolué peu à peu vers une agence créative."

La start-up visait dès le début les multinationales mais son portefeuille de clients comprend également des PME, des ONG, etc. "La diversité passionne nos collaborateurs, sans cesse confrontés à de nouveaux défis. La routine n'existe pas chez nous", clame Philip Swinnen qui a rejoint l'équipe six mois après le lancement de la start-up. La créativité est un des principaux atouts de 87seconds. Le cadre de travail se doit donc d'être inspirant. La toute jeune entreprise opère depuis ses débuts dans une ancienne salle de squash dans le quartier branché de la rue Antoine Dansaert.

En route vers l'international

87seconds n'a pas tardé à franchir les frontières. Six mois après sa création, l'entreprise ouvrait sa première agence à Paris. "Nous n'avions pas de stratégie explicite en ce sens mais une opportunité s'est présentée. Nous avons rencontré une Française capable de promouvoir une filiale locale et nous avons saisi la balle au bond", se souvient Philip Swinnen. Cette initiative a fait tache d'huile : d'autres agences ont été inaugurées à Lyon, Genève, Amsterdam et Madrid. Détail important : l'entreprise a réalisé cette croissance spectaculaire sans le moindre financement extérieur. "Nos agences sont relativement autonomes, souligne Philip Swinnen. Une nécessité vu les différences culturelles des pays concernés. En termes de technologie, les Pays-Bas ont par exemple une nette longueur d'avance. Et la communication y est plus out-of-the-box comparé à la Belgique, où elle doit être politiquement correcte."

L'entreprise a négocié un tournant important l'été dernier. "En tant que partenaire de multinationales, nous étions régulièrement invités à les suivre dans le monde entier. Nous nous sentions donc prêts pour l'étape suivante : la conquête des autres continents. Pour de faire, nous avons délibérément décidé de ne pas faire équipe avec une agence publicité, afin de ne pas perdre notre spécificité. Sous l'égide de Datawords (présent notamment aux Etats-Unis, en Asie et dans les grands pays européens, Ndlr), nous pouvons continuer à fonctionner à notre guise."

DIRK VAN THUYNE