Les entreprises postales ne sont pas au mieux de leur forme à la Bourse. La baisse de leur cours est principalement due à la diminution du volume de courrier. Frank Appel, le CEO mondial de Deutsche Post DHL, fait pourtant tout ce qu'il peut : " J'envoie environ 1.000 lettres par an, dit-il. Nettement plus que la moyenne. Je suis un bon client de la poste. J'écris beaucoup de cartes de Noël et de lettres de remerciement. J'adresse toujours une carte de Noël personnelle aux 100 meilleurs managers de l'entreprise. Avec une évaluation de leurs performances et ce que j'attends d'eux pour l'année à venir ".

TRENDS-TENDANCES. En Belgique, le volume de courrier a diminué de 7% en moyenne chez bpost ces dernières années, contre de 2 à 3% seulement chez Deutsche Post. Pourquoi la baisse est-elle moins marquée en Allemagne ?

FRANK APPEL. L'Allemagne n'a jamais été un marché important pour les courriers publicitaires, d'où une baisse de volume moins spectaculaire. Nos clients sont pour la plupart des entreprises pour qui le courrier est un moyen de communication très efficace. Par ailleurs, la qualité de nos différents services est supérieure à la moyenne européenne.

L'investisseur boude le secteur tout entier et malgré cela, Deutsche Post DHL a réussi à limiter les dégâts et n'a perdu qu'un dixième de sa valeur boursière l'an dernier, alors que bpost s'est dépréciée de 50%.

La baisse des volumes postaux est un réel défi. Et cette tendance baissière devrait se prolonger. Je ne suis pas le dossier de bpost de près mais le problème est-il dû uniquement à l'effondrement du marché national ? Ou s'explique-t-il par l'important rachat de la société logistique Radial aux Etats-Unis (Radial a accusé une perte opérationnelle de huit millions d'euros au premier trimestre, Ndlr) ?

Des fusions d'envergure pourraient-elles aider à résoudre les problèmes des postes ?

Bpost a voulu faire équipe avec Post NL. Cela n'a pas marché. Nous ne sommes pas intéressés par l'acquisition de bpost. Quand j'ai été nommé CEO en 2008, nous avions des activités postales à l'étranger. Nous avons tout arrêté ou vendu car le secteur s'étiole.

En Belgique, vous collaborez pourtant avec bpost depuis 2017 pour la livraison des colis aux particuliers.

Il s'agit essentiellement de ventes e-commerce, un segment en pleine expansion. Mais nous n'avions pas la grandeur d'échelle requise en Belgique. La livraison de colis aux particuliers s'annonçait déficitaire pendant plusieurs années encore. C'est alors que bpost nous a fait une proposition de collaboration très intéressante, car nous assurons nous-mêmes la livraison de colis aux entreprises. C'est notre principale activité. Bpost est un partenaire très fiable mais dans les autres pays également, nous collaborons avec les services postaux locaux, par exemple en Finlande, en Norvège et en Autriche. Nous sommes au centre de la toile, en quelque sorte. Soit nous faisons tout nous-mêmes, soit nous collaborons avec des tiers. Mais je ne vois pas d'autres possibilités de collaborer en Belgique : bpost n'est active ni dans le fret rapide ni dans les services logistiques aux tiers.

Il n'est question que de croissance en Belgique. Notre chiffre d'affaires total approchait le milliard d'euros l'an dernier en Belgique. Nous employons plus de 4.000 travailleurs. C'est énorme pour un aussi petit pays.

Le développement de l'e-commerce et des colis aux entreprises est tout bénéfice pour Brussels Airport. L'an dernier, Deutsche Post DHL a inauguré un nouveau hub quatre fois plus grand que l'ancien.

Zaventem est notre troisième plaque tournante en Europe, après Leipzig et East Midlands au Royaume-Uni. Le hub de Zaventem devait s'agrandir. Nous étions déjà depuis plusieurs années au maximum de notre capacité et le volume ne fera qu'augmenter au cours des prochaines années. Le nouveau hub devrait suffire pour le moment.

Pourquoi Zaventem grandit-il aussi vite ?

Nous suivons nos clients, tout simplement. Ils ne viennent pas en Belgique parce que nous y construisons de nouveaux centres logistiques. C'est l'inverse. Brussels Airport surfe donc sur la vague de croissance qui déferle un peu partout. Dans le secteur du fret rapide, il s'agit essentiellement de produits à forte valeur ajoutée. Les clients veulent être livrés dans les 24 heures.

Dans quelles niches Brussels Airport se distingue-t-il ?

Une bonne partie des colis sont acheminés de Zaventem vers nos autres hubs en Europe. Mais ici, DHL est très fort avec sa section Medical Express. Zaventem possède une infrastructure logistique pour les marchandises thermosensibles dont le traitement et le transport doivent s'effectuer à température stable, ce qui est un atout de taille pour le fret médical.

En 2008, DHL a déménagé son hub européen de Bruxelles à Leipzig, condamnant ainsi le fret à Brussels Airport. Mais le hub belge emploie à nouveau 1.500 personnes...

Autrement dit, ce déménagement a été une excellente décision. Leipzig offrait un potentiel de croissance supérieur, avec l'avantage de pouvoir effectuer plus de vols de nuit. L'aéroport est aussi mieux situé, plus loin du centre. Ce départ, à son tour, a stimulé la croissance à Zaventem. Le déménagement n'a donc pas donné les résultats catastrophiques tant redoutés en 2008. Sans Leipzig, l'emploi à Bruxelles se porterait moins bien.

Deutsche Post DHL veut atteindre un résultat d'exploitation de 5 milliards d'euros d'ici à 2020, soit environ 30% de plus qu'en 2018. Ce qui implique de sérieuses économies. En Belgique également ?

Pourquoi ? Il n'est question que de croissance en Belgique. Notre chiffre d'affaires total approchait le milliard d'euros l'an dernier en Belgique. Nous employons plus de 4.000 travailleurs. C'est énorme pour un aussi petit pays. En Belgique, 2018 a été un excellent cru. Si nous poursuivons sur notre lancée, les chiffres ne feront que grimper.

A moins que la conjoncture ne se dégrade...

Le moteur économique ne devrait pas connaître de ratés. Le premier trimestre était positif. Même si des sonnettes d'alarme retentissent ici et là. Les clients tardent à investir, les consommateurs hésitent à commander mais, sauf catastrophe majeure, l'économie continuera à performer normalement.

Quid de l'économie allemande ?

Elle est toujours aussi vaillante. Pourquoi ne le serait-elle plus ?

Elle est très dépendante des exportations...

La mondialisation n'est pas près de s'arrêter. Selon l'indice DHL qui mesure la mondialisation sur base de certains paramètres, la connectivité mondiale n'a jamais été aussi forte qu'aujourd'hui. L'Union européenne et le Japon ont conclu un des plus gros accords de libre-échange de tous les temps. Le monde est en passe de devenir un grand marché unique. Il y a des tensions commerciales, c'est un fait, mais les fondements mêmes d'une économie saine demeurent inchangés.

Les robots ne remplaceront jamais nos livreurs de colis. Nous aurons toujours besoin de très nombreux collaborateurs car la distribution est on ne peut plus complexe.

Que se passera-t-il si Donald Trump augmente une fois de plus les droits de douane ?

Vous pouvez faire confiance aux entreprises : elles trouveront des alternatives aux exportations aux Etats-Unis. Si la Chine majore les droits de douane, la production sera délocalisée en Indonésie ou au Vietnam. L'enchevêtrement du monde actuel est tel que l'activité commerciale se poursuivra mais autrement. Et le consommateur américain payera ses produits plus cher. Il faut bien que quelqu'un paie les taxes à l'importation. Avec pour conséquence le renforcement du dollar et la baisse probable des exportations au départ des Etats-Unis. Ce qui poussera les importateurs à revoir leurs prix à la baisse puisque le dollar se sera valorisé. Bref, le protectionnisme n'est pas une bonne chose. Il ne profite à personne, à aucun pays.

Et la révolution digitale, en quoi affecte-t-elle votre métier ?

Les robots ne remplaceront jamais nos livreurs de colis. Nous aurons toujours besoin de très nombreux collaborateurs pour porter les colis aux clients car la distribution est on ne peut plus complexe. Je suis très optimiste pour ce qui est de la numérisation. Les seuls jobs qui seront remplacés par l'automatisation sont ceux que plus personne ne veut faire. Autrement dit, la numérisation créera de nouveaux emplois, elle n'en supprimera pas. Au diable tous ces messages alarmants qui annoncent la suppression pure et simple des emplois ! Au contraire ! Le nombre d'emplois ira en augmentant. Nous serons beaucoup plus productifs. La numérisation n'a que des avantages. Prenez l'exemple de la construction automobile. Cette industrie offre les salaires les plus élevés. Pourquoi ? Précisément parce qu'une grande partie de la production est entièrement automatisée. Et elle continue à fournir du travail à des millions de personnes.

Profil

- 57 ans, a grandi à Hambourg

- Diplômé en ingénierie chimique et neurobiologie

- 1993-2000. Consultant et partenaire chez McKinsey

- 2000. Directeur général business development chez Deutsche Post

- 2002. Membre du comité de direction de Deutsche Post

- 2007. Responsable de la division poste et logistique internationales chez Deutsche Post

- 2008. CEO de Deutsche Post DHL

Ce qu'est Deutsche Post DHL

- Le plus grand opérateur postal d'Europe

- Le leader mondial du fret aérien

- Le numéro 2 mondial du fret maritime

- Le numéro 2 en Europe du transport routier

- Le leader mondial des services logistiques à des tiers

- L'Etat allemand en est le principal actionnaire (20,53%)

- Son siège se trouve à Bonn

Deutsche Post DHL en Belgique

La plus grande entreprise de poste d'Europe possède une dizaine de filiales en Belgique. La plus connue est celle de Brussels Airport, DHL Aviation. Le transport express et les services de courrier contribuent au développement du hub européen à l'aéroport de Zaventem. Avec 2.300 employés, ce hub retrouvera son niveau d'emploi de 2017. En 2008, DHL a transféré son hub à Leipzig. Le siège européen du fret express, DHL Worldwide Network, se situe à Diegem.

La livraison de colis est la deuxième activité la plus importante en Belgique. Et il y a encore le transport aérien et maritime de fret. Certaines filiales belges sont déficitaires. " Du moins dans les bilans déposés conformément à la réglementation comptable belge, tempère Frank Appel. Car ces bilans tiennent compte également de mouvements internes de compensation. De plus, nos rapports sont établis par divisions, non par pays. Nous considérons souvent le Benelux comme une entité. Et dans cette entité, nos activités en Belgique génèrent de plantureux bénéfices. "