Depuis plusieurs semaines, Frances Haugen, ancienne ingénieure en informatique chez Facebook devenue lanceuse d'alerte, multiplie les prises de parole afin de dénoncer les pratiques de son ancien employeur. Elle était au Parlement européen de Bruxelles en début de semaine. La jeune femme est intervenue lors d'une réunion de la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs, dans le contexte du DSA (Digital Service Act), une directive européenne censée réguler les services numériques.

"Une menace urgente qui plane sur les citoyennes et citoyens européens"

Frances Haugen est entrée dans le vif du sujet dès le début en déclarant que "si je suis ici aujourd'hui, c'est parce que j'estime que les produits de Facebook sont nuisibles pour nos enfants; qu'ils créent des clivages et de la division; et qu'ils menacent nos démocraties." L'ancienne employée assure que Facebook en est pleinement conscient mais que "les cadres de la société placent le profit avant la sécurité." Elle accuse la multinationale "d'agir envers et contre le bien commun. Les choix faits par Facebook sont une des raisons principales pour laquelle les réseaux sociaux constituent une menace pour nos sociétés."

Selon Frances Haugen, les dirigeants de Facebook savent très bien comment changer le système mais ne le font pas par peur de voir la croissance de l'entreprise diminuer, puisqu'une baisse de la consommation de contenu entraînerait une perte de valeur des publicités associées. Pourtant, elle assure qu'il y a urgence à changer ce système et que les plateformes de ce type doivent prendre "leur propre responsabilité en matière de risque, comme par exemple la manipulation d'élection, la désinformation ou encore l'impact négatif sur la santé mentale des adolescents." A ses yeux, il n'y a qu'une seule solution: la régulation. Elle fait ici référence à la DSA, qui pourrait être "une source d'inspiration, même pour mon pays [les Etats-Unis]."

"Personne à l'extérieur de Facebook ne sait ce qui se passe chez Facebook"

Pour la lanceuse d'alerte, quand on parle de régulation, il y a trois éléments très importants à prendre en compte: l'évaluation des risques d'accès à des flux de données privées; les règles et normes globales qui doivent viser les dossiers commerciaux des entreprises; et le danger des vides juridiques et des exceptions. Elle précise également que "la transparence doit occuper une place de premier choix" car les consommateurs doivent pouvoir "faire un choix informé."

C'est toute la culture de Facebook qui doit donc changer. Mais cela n'a pas l'air d'en prendre le chemin puisque l'arrivée du Metaverse ne pourrait qu'amplifier les risques selon Frances Haugen. "Cela montre qu'il y a vraiment un "meta problème" chez Facebook. Ils aiment faire la part belle à la croissance et au profit au détriment du reste. Le fait qu'ils peuvent se permettre d'embaucher 10 000 ingénieurs de plus pour concevoir des jeux vidéos alors qu'ils ne sont pas capables d'avoir dix ingénieurs dédiés à la sécurité, je trouve cela inacceptable. Pour "faire du meta", il faut être très exposé, avoir des dizaines de capteurs dans nos maisons et sur nos lieux de travail. Vous aurez des gens qui seront déconnectés de la société, marginalisés, et des gens qui seront happés par ces mondes virtuels très addictifs, car ils y trouveront ce qu'ils n'ont pas dans la vraie vie."

Frances Haugen assure que la solution ne peut venir que des gouvernements car "Facebook ne peut pas être juge, jury, parquet, témoin et procureur." L'américaine demande à l'Union européenne de légiférer maintenant car c'est "une chance qui ne se présente qu'une fois en une génération. Une chance de créer un monde plus sûr. Je pense que vous êtes une lumière dans l'obscurité, cette obscurité dans laquelle Facebook agit aujourd'hui."

Aurore Dessaigne

Depuis plusieurs semaines, Frances Haugen, ancienne ingénieure en informatique chez Facebook devenue lanceuse d'alerte, multiplie les prises de parole afin de dénoncer les pratiques de son ancien employeur. Elle était au Parlement européen de Bruxelles en début de semaine. La jeune femme est intervenue lors d'une réunion de la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs, dans le contexte du DSA (Digital Service Act), une directive européenne censée réguler les services numériques. Frances Haugen est entrée dans le vif du sujet dès le début en déclarant que "si je suis ici aujourd'hui, c'est parce que j'estime que les produits de Facebook sont nuisibles pour nos enfants; qu'ils créent des clivages et de la division; et qu'ils menacent nos démocraties." L'ancienne employée assure que Facebook en est pleinement conscient mais que "les cadres de la société placent le profit avant la sécurité." Elle accuse la multinationale "d'agir envers et contre le bien commun. Les choix faits par Facebook sont une des raisons principales pour laquelle les réseaux sociaux constituent une menace pour nos sociétés." Selon Frances Haugen, les dirigeants de Facebook savent très bien comment changer le système mais ne le font pas par peur de voir la croissance de l'entreprise diminuer, puisqu'une baisse de la consommation de contenu entraînerait une perte de valeur des publicités associées. Pourtant, elle assure qu'il y a urgence à changer ce système et que les plateformes de ce type doivent prendre "leur propre responsabilité en matière de risque, comme par exemple la manipulation d'élection, la désinformation ou encore l'impact négatif sur la santé mentale des adolescents." A ses yeux, il n'y a qu'une seule solution: la régulation. Elle fait ici référence à la DSA, qui pourrait être "une source d'inspiration, même pour mon pays [les Etats-Unis]." Pour la lanceuse d'alerte, quand on parle de régulation, il y a trois éléments très importants à prendre en compte: l'évaluation des risques d'accès à des flux de données privées; les règles et normes globales qui doivent viser les dossiers commerciaux des entreprises; et le danger des vides juridiques et des exceptions. Elle précise également que "la transparence doit occuper une place de premier choix" car les consommateurs doivent pouvoir "faire un choix informé." C'est toute la culture de Facebook qui doit donc changer. Mais cela n'a pas l'air d'en prendre le chemin puisque l'arrivée du Metaverse ne pourrait qu'amplifier les risques selon Frances Haugen. "Cela montre qu'il y a vraiment un "meta problème" chez Facebook. Ils aiment faire la part belle à la croissance et au profit au détriment du reste. Le fait qu'ils peuvent se permettre d'embaucher 10 000 ingénieurs de plus pour concevoir des jeux vidéos alors qu'ils ne sont pas capables d'avoir dix ingénieurs dédiés à la sécurité, je trouve cela inacceptable. Pour "faire du meta", il faut être très exposé, avoir des dizaines de capteurs dans nos maisons et sur nos lieux de travail. Vous aurez des gens qui seront déconnectés de la société, marginalisés, et des gens qui seront happés par ces mondes virtuels très addictifs, car ils y trouveront ce qu'ils n'ont pas dans la vraie vie."Frances Haugen assure que la solution ne peut venir que des gouvernements car "Facebook ne peut pas être juge, jury, parquet, témoin et procureur." L'américaine demande à l'Union européenne de légiférer maintenant car c'est "une chance qui ne se présente qu'une fois en une génération. Une chance de créer un monde plus sûr. Je pense que vous êtes une lumière dans l'obscurité, cette obscurité dans laquelle Facebook agit aujourd'hui." Aurore Dessaigne