Des chercheuses de l'Antwerp Management School (AMS) ont étudié les conséquences de la pandémie sur les employeurs et les travailleurs au cours des deux dernières années. L'enquête réalisée grâce à B-Tonic, une filiale de Baloise Insurance, en collaboration avec l'UGent implique près de 9000 répondants.

Ces derniers indiquent avoir gagné en confiance et attendre davantage de leurs employeurs même s'ils peinent souvent, surtout les jeunes travailleurs, à trouver la manière d'entamer le dialogue.

La flexibilité est le mot d'ordre qui ressort de cette enquête. 60 % des travailleurs s'attendent ainsi à plus de flexibilité de la part de leur employeur qu'avant la crise sanitaire, et notamment quant au lieu et au moment où ils travaillent. Un sur deux espère désormais aussi plus de compréhension de la part de leur employeur lorsqu'il ou elle rencontre des problèmes dans sa vie privée, ou lorsque son bien-être mental est mis à mal.

Seuls 13 % sont prêts à être plus flexibles

Cette flexibilité s'applique-t-elle également dans l'autre sens ? Les chiffres semblent suggérer le contraire. Seuls 13 % des travailleurs, dont une forte majorité de jeunes de 20 ans, indiquent être davantage disposés à être joignables en dehors des heures de travail depuis la crise du coronavirus. À la différence des trentenaires et quadragénaires qui ne souhaitent pas être contactés après les heures de bureau.

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Les jeunes travailleurs sont également plus ouverts à l'idée de venir au bureau. "Les jeunes travailleurs ont bien souvent commencé leur premier travail de la maison et ont désormais envie de lier des relations sur le lieu de travail ", commente la professeure de l'Antwerp Management School Kathleen Vangronsvelt, une des auteures de l'étude.

L'enquête révèle également que ces jeunes employés posent leurs limites dans d'autres domaines et sont moins enclins que les autres groupes d'âge à travailler selon des horaires fixes. Pour Kathleen Vangronsvelt, "les travailleurs ont le sentiment que le rapport de force a changé. Les gens prennent davantage les choses et leurs conditions de travail en main maintenant qu'ils voient que le cadre n'est pas figé. La contraction du marché du travail aura certainement aussi un impact sur cet aspect, les travailleurs étant actuellement dans une position de force relative." De nombreux postes vacants ne trouvent d'ailleurs pas de candidats.

Le bien-être mental, primordial

Face à la déferlante de burn-outs qui touche les entreprises, parfois à retardement, prendre soin du bien-être mental des collaborateurs est crucial à l'heure actuelle. "On ne parle pas d'offrir des massages ou des cours de yoga de façon sporadique, mais bien de prendre soin de ses employés. Cela passe avant tout par une bonne communication et une connexion entre employés mais aussi avec ses supérieurs ", explique la chercheuse Ans De Vos.

Un répondant sur trois rencontre encore des difficultés pour aborder son bien-être mental avec son employeur, particulièrement les jeunes de 20 ans, alors qu'il a été particulièrement mis à mal au cours des deux dernières années.

Kathleen Vangronsvelt commente : " C'est probablement aussi une raison importante pour laquelle les travailleurs attendent plus de flexibilité de la part des employeurs alors qu'ils sont en même temps moins disposés à se montrer flexibles, la coupe est pleine après deux ans de COVID. "

Les résultats de l'enquête de l'AMS montrent également que, de tous les groupes d'âge, les jeunes d'une vingtaine d'années éprouvent le plus de difficultés à parler de la pression du travail au sein de l'entreprise (36 % d'entre eux peinent à le faire contre 28 % pour l'ensemble des travailleurs). "Si vous venez de rentrer dans le monde professionnel, il est probablement plus difficile de savoir ce qui est normal en matière de pression au travail. En outre, ils peuvent aussi être moins sûrs d'eux lorsqu'il s'agit d'émettre des messages difficiles. C'est là que les managers peuvent jouer un rôle important, en entamant un dialogue avec leurs collaborateurs, en créant un cadre de confiance et en discutant des attentes mutuelles concernant, par exemple, la pression au travail", explique Sara Bastiaensens, chercheuse "Next Generation Work" à l'AMS.

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Vers une "Grande Démission" en Belgique ?

Alors qu'Outre-Atlantique, on parle de "Big Quit", que de nombreux employés démissionnent dans de nombreux secteurs, les auteures de l'étude mentionnée disent ne pas vraiment entrevoir de "grande démission" en Belgique mais quelques tendances se dessinent. La part des personnes à la recherche d'un autre emploi reste la même qu'en 2021 (environ 25 %).

Cependant, un travailleur sur quatre indique être moins disposé à se montrer loyal envers son employeur qu'avant la pandémie et cherche notamment à changer de travail. 4% disent chercher activement à changer de boulot, un pourcentage aussi stable par rapport à 2021.

La professeure Ans De Vos de l'AMS nuance : "Il existe de grandes différences entre les groupes d'âge. Chez les jeunes de 20 ans, on observe une diminution de pas moins de 14 % dans la recherche d'un autre emploi. Ils indiquent également ressentir plus de loyauté envers leurs employeurs." Les sexagénaires sont également moins à la recherche d'un autre emploi que l'année dernière, mais cela ne s'accompagne pas pour eux d'une plus grande loyauté. Beaucoup restent probablement parce qu'ils voient encore peu de perspectives d'un nouvel emploi, ou simplement parce qu'ils ne ressentent pas le besoin de changer de travail dans les dernières années de leur carrière. Les trentenaires, quadragénaires et quinquagénaires sont plus ouverts à de nouvelles perspectives.

Comment expliquer cette différence entre les groupes d'âge ?

"Commencer un nouveau poste en télétravail n'est facile pour personne. Mais pour les jeunes travailleurs, c'est un défi supplémentaire, car ils sont encore moins prêts à travailler en toute autonomie qu'une personne ayant plus d'expérience professionnelle. Ainsi, le niveau élevé de télétravail peut en fait constituer un obstacle au changement d'emploi pour les jeunes travailleurs", ressort-il de l'étude. Quant à l'augmentation chez le groupe moyen, Kathleen Vangronsvelt l'explique par l'attente du bon moment : "Les trentenaires, quarantenaires et quinquagénaires ont peut-être attendu de voir de quel côté le vent soufflait pendant ces temps incertains de la COVID et sentent maintenant que des possibilités existent. Donc pas de Grande Démission dans notre pays, mais une tendance non négligeable."

La "nouvelle normalité" fait sens pour les jeunes travailleurs, c'est tout ce qu'ils ont connu"

Ans De Vos souligne également une autre raison pour laquelle les trentenaires, quadragénaires et quinquagénaires sont aujourd'hui plus enclins à chercher un autre emploi : l'expérience différente des contacts sociaux avec les collègues et l'ambiance sur le lieu de travail. Or, ces deux éléments ont été soumis à une forte pression au cours des deux dernières années.

S'adapter à "la nouvelle normalité"

" En cas de Grande Démission, le roulement de personnel n'est vraiment que la partie émergée de l'iceberg. Au fond se cache un sentiment général d'aliénation et de "trop c'est trop". Cela se traduit non seulement par un déséquilibre entre les attentes des employeurs en matière de flexibilité et ce que les travailleurs eux-mêmes sont prêts à donner, mais aussi par un roulement plus élevé du personnel.

Elle ajoute : "Ces processus jouent un rôle plus important pour les travailleurs qui peuvent comparer avec ce qu'ils ont connu autrefois que pour les jeunes travailleurs. Au début de votre carrière, vous avez été formé sur le monde du travail actuel et sur ce qui est normal. La "nouvelle normalité" fait donc sens pour les jeunes travailleurs, c'est tout ce qu'ils ont connu."

Les lieux et les manières de travailler ont fortement évolué en à peine deux ans de temps. Le Covid a donné un coup d'accélérateur dans certains secteurs, avec des bons et des mauvais côtés. Ce "nouveau normal" fait sens pour les jeunes travailleurs car c'est tout ce qu'ils ont connu.

Ce qu'on appelle la "nouvelle normalité" mais qui selon les chercheuses n'est peut-être pas faite pour durer, est aussi une période idéale pour expérimenter de nouvelles organisations, de nouvelles tâches,... "C'est une période de turbulences propices aux expérimentations. Il faut profiter de cette situation disruptive pour tester des nouveaux modes de fonctionnement. On peut mettre en place de nouvelles idées, de nouveaux processus pendant quelques mois et puis rechanger tout par après", propose Ans de Vos.

Des chercheuses de l'Antwerp Management School (AMS) ont étudié les conséquences de la pandémie sur les employeurs et les travailleurs au cours des deux dernières années. L'enquête réalisée grâce à B-Tonic, une filiale de Baloise Insurance, en collaboration avec l'UGent implique près de 9000 répondants. Ces derniers indiquent avoir gagné en confiance et attendre davantage de leurs employeurs même s'ils peinent souvent, surtout les jeunes travailleurs, à trouver la manière d'entamer le dialogue. La flexibilité est le mot d'ordre qui ressort de cette enquête. 60 % des travailleurs s'attendent ainsi à plus de flexibilité de la part de leur employeur qu'avant la crise sanitaire, et notamment quant au lieu et au moment où ils travaillent. Un sur deux espère désormais aussi plus de compréhension de la part de leur employeur lorsqu'il ou elle rencontre des problèmes dans sa vie privée, ou lorsque son bien-être mental est mis à mal.Cette flexibilité s'applique-t-elle également dans l'autre sens ? Les chiffres semblent suggérer le contraire. Seuls 13 % des travailleurs, dont une forte majorité de jeunes de 20 ans, indiquent être davantage disposés à être joignables en dehors des heures de travail depuis la crise du coronavirus. À la différence des trentenaires et quadragénaires qui ne souhaitent pas être contactés après les heures de bureau.Les jeunes travailleurs sont également plus ouverts à l'idée de venir au bureau. "Les jeunes travailleurs ont bien souvent commencé leur premier travail de la maison et ont désormais envie de lier des relations sur le lieu de travail ", commente la professeure de l'Antwerp Management School Kathleen Vangronsvelt, une des auteures de l'étude. L'enquête révèle également que ces jeunes employés posent leurs limites dans d'autres domaines et sont moins enclins que les autres groupes d'âge à travailler selon des horaires fixes. Pour Kathleen Vangronsvelt, "les travailleurs ont le sentiment que le rapport de force a changé. Les gens prennent davantage les choses et leurs conditions de travail en main maintenant qu'ils voient que le cadre n'est pas figé. La contraction du marché du travail aura certainement aussi un impact sur cet aspect, les travailleurs étant actuellement dans une position de force relative." De nombreux postes vacants ne trouvent d'ailleurs pas de candidats.Face à la déferlante de burn-outs qui touche les entreprises, parfois à retardement, prendre soin du bien-être mental des collaborateurs est crucial à l'heure actuelle. "On ne parle pas d'offrir des massages ou des cours de yoga de façon sporadique, mais bien de prendre soin de ses employés. Cela passe avant tout par une bonne communication et une connexion entre employés mais aussi avec ses supérieurs ", explique la chercheuse Ans De Vos. Un répondant sur trois rencontre encore des difficultés pour aborder son bien-être mental avec son employeur, particulièrement les jeunes de 20 ans, alors qu'il a été particulièrement mis à mal au cours des deux dernières années.Kathleen Vangronsvelt commente : " C'est probablement aussi une raison importante pour laquelle les travailleurs attendent plus de flexibilité de la part des employeurs alors qu'ils sont en même temps moins disposés à se montrer flexibles, la coupe est pleine après deux ans de COVID. " Les résultats de l'enquête de l'AMS montrent également que, de tous les groupes d'âge, les jeunes d'une vingtaine d'années éprouvent le plus de difficultés à parler de la pression du travail au sein de l'entreprise (36 % d'entre eux peinent à le faire contre 28 % pour l'ensemble des travailleurs). "Si vous venez de rentrer dans le monde professionnel, il est probablement plus difficile de savoir ce qui est normal en matière de pression au travail. En outre, ils peuvent aussi être moins sûrs d'eux lorsqu'il s'agit d'émettre des messages difficiles. C'est là que les managers peuvent jouer un rôle important, en entamant un dialogue avec leurs collaborateurs, en créant un cadre de confiance et en discutant des attentes mutuelles concernant, par exemple, la pression au travail", explique Sara Bastiaensens, chercheuse "Next Generation Work" à l'AMS.Alors qu'Outre-Atlantique, on parle de "Big Quit", que de nombreux employés démissionnent dans de nombreux secteurs, les auteures de l'étude mentionnée disent ne pas vraiment entrevoir de "grande démission" en Belgique mais quelques tendances se dessinent. La part des personnes à la recherche d'un autre emploi reste la même qu'en 2021 (environ 25 %). Cependant, un travailleur sur quatre indique être moins disposé à se montrer loyal envers son employeur qu'avant la pandémie et cherche notamment à changer de travail. 4% disent chercher activement à changer de boulot, un pourcentage aussi stable par rapport à 2021. La professeure Ans De Vos de l'AMS nuance : "Il existe de grandes différences entre les groupes d'âge. Chez les jeunes de 20 ans, on observe une diminution de pas moins de 14 % dans la recherche d'un autre emploi. Ils indiquent également ressentir plus de loyauté envers leurs employeurs." Les sexagénaires sont également moins à la recherche d'un autre emploi que l'année dernière, mais cela ne s'accompagne pas pour eux d'une plus grande loyauté. Beaucoup restent probablement parce qu'ils voient encore peu de perspectives d'un nouvel emploi, ou simplement parce qu'ils ne ressentent pas le besoin de changer de travail dans les dernières années de leur carrière. Les trentenaires, quadragénaires et quinquagénaires sont plus ouverts à de nouvelles perspectives. "Commencer un nouveau poste en télétravail n'est facile pour personne. Mais pour les jeunes travailleurs, c'est un défi supplémentaire, car ils sont encore moins prêts à travailler en toute autonomie qu'une personne ayant plus d'expérience professionnelle. Ainsi, le niveau élevé de télétravail peut en fait constituer un obstacle au changement d'emploi pour les jeunes travailleurs", ressort-il de l'étude. Quant à l'augmentation chez le groupe moyen, Kathleen Vangronsvelt l'explique par l'attente du bon moment : "Les trentenaires, quarantenaires et quinquagénaires ont peut-être attendu de voir de quel côté le vent soufflait pendant ces temps incertains de la COVID et sentent maintenant que des possibilités existent. Donc pas de Grande Démission dans notre pays, mais une tendance non négligeable."Ans De Vos souligne également une autre raison pour laquelle les trentenaires, quadragénaires et quinquagénaires sont aujourd'hui plus enclins à chercher un autre emploi : l'expérience différente des contacts sociaux avec les collègues et l'ambiance sur le lieu de travail. Or, ces deux éléments ont été soumis à une forte pression au cours des deux dernières années." En cas de Grande Démission, le roulement de personnel n'est vraiment que la partie émergée de l'iceberg. Au fond se cache un sentiment général d'aliénation et de "trop c'est trop". Cela se traduit non seulement par un déséquilibre entre les attentes des employeurs en matière de flexibilité et ce que les travailleurs eux-mêmes sont prêts à donner, mais aussi par un roulement plus élevé du personnel. Elle ajoute : "Ces processus jouent un rôle plus important pour les travailleurs qui peuvent comparer avec ce qu'ils ont connu autrefois que pour les jeunes travailleurs. Au début de votre carrière, vous avez été formé sur le monde du travail actuel et sur ce qui est normal. La "nouvelle normalité" fait donc sens pour les jeunes travailleurs, c'est tout ce qu'ils ont connu."Les lieux et les manières de travailler ont fortement évolué en à peine deux ans de temps. Le Covid a donné un coup d'accélérateur dans certains secteurs, avec des bons et des mauvais côtés. Ce "nouveau normal" fait sens pour les jeunes travailleurs car c'est tout ce qu'ils ont connu. Ce qu'on appelle la "nouvelle normalité" mais qui selon les chercheuses n'est peut-être pas faite pour durer, est aussi une période idéale pour expérimenter de nouvelles organisations, de nouvelles tâches,... "C'est une période de turbulences propices aux expérimentations. Il faut profiter de cette situation disruptive pour tester des nouveaux modes de fonctionnement. On peut mettre en place de nouvelles idées, de nouveaux processus pendant quelques mois et puis rechanger tout par après", propose Ans de Vos.