En Belgique, trouver de l'argent pour monter sa start-up ne serait plus un problème. Surtout dans le numérique et avec de bonnes idées. L'écosystème du financement d'entreprises innovantes s'est en effet considérablement étoffé ces dernières années et les pouvoirs publics ont multiplié les structures pour parvenir à ce résultat. En Wallonie, par exemple, entre le fonds public W.IN.G et les écosystèmes (LeanSquare, Digital Attraxion, etc.) en bonne partie alimentés par des fonds publics, les entrepreneurs ont l'embarras du choix.
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En Belgique, trouver de l'argent pour monter sa start-up ne serait plus un problème. Surtout dans le numérique et avec de bonnes idées. L'écosystème du financement d'entreprises innovantes s'est en effet considérablement étoffé ces dernières années et les pouvoirs publics ont multiplié les structures pour parvenir à ce résultat. En Wallonie, par exemple, entre le fonds public W.IN.G et les écosystèmes (LeanSquare, Digital Attraxion, etc.) en bonne partie alimentés par des fonds publics, les entrepreneurs ont l'embarras du choix. Mais des privés se sont aussi spécialisés dans l'investissement dans les jeunes pousses. Des patrons ou entrepreneurs à succès qui les soutiennent à titre d'investisseur business angel, comme Pierre-Olivier Beckers (ex-CEO de Delhaize) ou Pierre Lhoest qui a lancé The Faktory, mais aussi des fondateurs de start-up que l'on retrouve dans l'actionnariat de ces nouvelles pépites. C'est le cas de Jeremy Le Van (ex-Sunrise), Michael Vandenhooft (Newpharma), Philippe Van Ophem (ex-MyShopi) et d'autres. Depuis une grosse dizaine d'années, un autre acteur s'est également fortement positionné sur le financement early stage dans l'écosystème des start-up: BeAngels. Ce réseau piloté par Claire Munck regroupe depuis 20 ans des business angels belges francophones. En phase avec l'évolution des technologies, il s'oriente de plus en plus sur les projets dotés d'une composante numérique. "Nous suivons l'évolution du paysage entrepreneurial, confirme Claire Munck. Aujourd'hui, la touche numérique se retrouve dans tous les secteurs: médical, assurances, ressources humaines, etc." Pour arriver à se positionner sur ce créneau porteur susceptible d'intéresser ses membres, BeAngels a dû évoluer à pas mal de niveaux. D'abord, "l'enjeu était d'être top of mind pour les entrepreneurs tech qui levaient des fonds", continue la responsable. Pour cela, le réseau a réussi à changer l'image des business angels : montrer qu'il s'agit de particuliers qui investissent certes leur patrimoine mais apportent aussi une valeur ajoutée. BeAngels a aussi fortement augmenté et diversifié sa communauté. "Il y a 20 ans, les business angels étaient des personnes d'un certain âge qui avaient fait carrière et avaient assez de patrimoine pour consacrer entre 5 et 10% de celui-ci en capital-risque. Ils avaient du temps pour accompagner les créateurs d'entreprises", analyse Claire Munck. Aujourd'hui, la moyenne d'âge serait retombée autour des 50 ans et le réseau attirerait bien plus les jeunes entrepreneurs (autour de 35 ans) qui ont déjà revendu leur boîte et veulent réinvestir. Un modèle à l'anglo-saxonne, en quelque sorte: l'envie de "redonner ce qu'ils ont reçu". Par ailleurs, BeAngels compte également de plus en plus de femmes. "Elles représentent 15 à 18% de nos 370 membres, se réjouit Claire Munck, ce qui est mieux que dans la plupart des réseaux." Elles ne formaient que 3% de la centaine de membres il y a 10 ans. Des chiffres qui témoignent à la fois de la croissance du réseau et de celle des femmes au sein de ce dernier, même si l'évolution reste lente... Ce n'est pas tout: BeAngels a multiplié les initiatives pour élargir son champ d'action, intervenant non seulement en amont des projets naissants mais aussi dans le suivi de ceux déjà financés. Le réseau permet par exemple aux investisseurs de se regrouper pour entrer dans certaines entreprises. Outre le ticket d'entrée minimum de 25.000 euros, ceux-ci peuvent aussi investir, au travers de véhicules comme les Business Angels Clubs ou les Siba (Structure d'investissement de business angels) dans des projets d'étudiants entrepreneurs. L'investissement minimum est alors respectivement de 15.000 ou 10.000 euros et se réalise au travers du portfolio. Cette approche a aussi permis à BeAngels d'intéresser de plus petits business angels mais aussi des membres avec moins d'expérience d'investisseurs. Autres véhicules: les fonds Scale (I et II) qui permettent de réinvestir dans des projets déjà financés mais qui sont en phase de croissance et ont besoin de lever des fonds. Un créneau qui ne manque pas d'intérêt puisqu'en 2020, pas moins de 50% des dossiers entrés chez BeAngels provenaient d'entreprises déjà financées... Un chiffre qui témoigne du rôle important d'un tel réseau de business angels.Pourtant, il fut un temps où certains pros de l'investissement dans le numérique ne voyaient pas les business angels d'un si bon oeil. Les uns reprochaient le manque de connaissances de certains d'entre eux dans les matières digitales. D'autres pointaient du doigt les cadres qui apportent de l'argent mais ne s'impliquent pas assez (ou pas correctement) dans les entreprises, alors que d'autres encore se plaignaient des valorisations trop importantes. Mais en une dizaine d'années, BeAngels a réussi à se positionner dans ce secteur du digital et à lever les critiques. Nombre d'observateurs ou d'entrepreneurs nous vantent aujourd'hui les mérites d'un réseau qui combine à la fois apport de fonds et expérience. En Belgique francophone, on ne compte plus les projets qui ont trouvé du financement au travers de BeAngels, en ce compris parmi les start-up stars de l'écosystème ( lire l'encadré "Ecosystème digital"). Exemple parmi d'autres: Musimap, star liégeoise de la musictech chère à LeanSquare, tout récemment revendue à un acteur suisse. Sans conteste, le réseau BeAngels est venu combler un manque dans le marché des levées de fonds, se rapprochant des incubateurs, des accélérateurs ou des investisseurs. Pas pour rien que ses bureaux sont depuis quelque temps situés au sein de BeCentral à Bruxelles, campus tech très en vue et qui bénéficie d'une aura très positive tant au sud qu'au nord du pays. Le réseau a aussi réussi à mettre en place une belle communication sur les projets financés et sur ses propres activités. On sait donc qu'en 2020, ses membres ont investi 4,8 millions d'euros dans des entreprises, contre 48 millions en 20 ans (répartis sur 286 sociétés). Une nette accélération. "Mais on peut encore faire énormément de choses", assure Claire Munck, déterminée à positionner son réseau comme "un acteur incontournable du financement des start-up". A cette fin, elle veut faire croître le nombre de dossiers reçus et financés, et renforcer sa présence au niveau local. BeAngels a notamment lancé une première antenne à Charleroi et pourrait envisager d'autres "sous-groupes" permettant au réseau de toucher de bons entrepreneurs et de bons business angels un peu partout. "Il est important d'avoir des communautés de business angels attachés à un territoire, commente Claire Munck. Certains deviennent des ambassadeurs et permettent d'identifier des gens qui, autour d'une ville ou d'un écosystème, veulent investir majoritairement dans un environnement local." Outre Charleroi, des sous-groupes de BeAngels sont aussi envisageables du côté de Tournai, de Liège, du Luxembourg... De quoi encore doper le nombre de ses membres et améliorer son rôle d'intermédiation. Bien sûr, s'il veut convaincre, le réseau doit insister non seulement sur les montants alloués mais aussi sur ses résultats. Claire Munck peut par exemple mettre en avant les taux de réussite des boîtes financées, témoins de la qualité des dossiers. BeAngels avance ainsi un taux de 79% d'entreprises financées demeurées actives... Bien au-delà de la moyenne belge des start-up encore en vie après après cinq ans (60%). Mieux encore: sur les 10 dernières années, les investisseurs auraient bénéficié en moyenne d'un rendement de 19,9%.