"Cela a mis des mois avant de pouvoir obtenir un résultat probant. Le labo y croyait moyennement et ne pensait pas pouvoir arriver à une impression qui rende vraiment la qualité originale de l'épreuve digitale. On a fini par trouver une solution, celle de la douzaine de reproductions derrière moi, via la technique du ChromaLuxe."

Barbara De Pauw travaille dans un atelier proche de Bruxelles. Très vaste, moderne, clair, non loin d'une campagne plus que tranquille. On s'y retrouve entouré de ses créations graphiques colorées qui ont été présentées à la galerie knokkoise Guy Pieters. De troublantes esthétiques. La série de ces "Rondes" évoque un trip psychédélique, comme si un gros oeil vous attrapait le regard pour une sarabande hypnotique consentie. "La perspective de cette demi-douzaine d'oeuvres peut sembler bizarre, explique Barbara, mais votre perception dépend de l'endroit où vous vous placez. La distance change le sentiment. Il y a toujours, je crois, dans mon travail plastique la sensation des créateurs abstraits qui m'ont marqués. Rothko ou Pollock, par exemple. L'un de mes chocs artistiques a été de voir la Rothko Chapel à Houston. Il a créé cet endroit pour n'y être dérangé par aucun bruit, et on se sent submergé par l'oeuvre. C'est un acte spirituel, voire carrément religieux, d'être là."

Il y a une obsession d'avoir la parfaite image, d'être happée par elle, d'arriver à une sensation méditative avec l'oeuvre, quasi-corporelle.

Dégradés

Dans la même pièce du large rez-de-chaussée sont placardées une autre demi-douzaine d'oeuvres. Des rectangles, toujours tendant vers un monochrome sophistiqué, qui évoquent l'aube, la nuit tombante, la banquise gelée. Ou tout ce que chacun y verra en toute bonne foi de témoin subjectif. Beau, soigné et rassurant. "Résultat de huit couches compressées dans l'objet final."

Depuis l'enfance, ciel et cosmos fascinent Barbara De Pauw. "Cela m'a mis plusieurs dizaines d'années pour interpréter mes rêves d'enfant. Ceux qui vont vers le ciel, l'espace. De transposer mon imaginaire en oeuvre. J'ai pris des photos au fil des années, puis j'y ai mis ma propre idée de la couleur, de la lumière, de dégradés que je veux parfaits. Il y a une obsession d'avoir la parfaite image, d'être happée par elle, d'arriver à une sensation méditative avec l'oeuvre, quasi-corporelle. Il y a là-dedans la notion d'infiniment grand ou petit, de rapport à la nature, d'une forme de contemplation. C'est physique, hein!"

Avant de descendre au sous-sol de son atelier où trône un impressionnant télescope, l'artiste dévoile des indices de son parcours personnel. Toujours un rien timide, un chouïa réservée, Barbara pointe quelques séquences de son passé: le prénom choisi par ses parents dans le répertoire de Prévert, sa période au Théâtre National ou dans le mannequinat... Et puis, des études de communication qui la mènent à bosser pour une famille de collectionneurs d'art impressioniste et moderne qui parcourt toutes les grandes foires comme Art Basel et équivalentes: "Cela se passait pas mal entre Bruxelles, Londres et New York. J'ai énormément appris sur l'histoire de l'art contemporain. Voir le suprême du beau, le Picasso, le Miró, le Manet, le James Turrell... Cela m'a donné envie de moi-même entrer dans le cycle de la création". Et une grand-mère maternelle peintre et photographe qui utilise les premiers Leica, une mère poète faisant partie des cercles bruxellois, un père "pragmatique, terre à terre"... Et encore des stages pour enfants et ados aux Musées royaux des Beaux-Arts où l'on reproduit des classiques picturaux (par exemple en pâte à sel), des humanités à l'école internationale Le Verseau à Bierges, puis l'ULB en communication et journalisme: "J'y ai aimé la façon analytique de décortiquer les informations, de permettre une ouverture d'esprit. J'ai même fait un peu de télévision."

Dans le salon, à côté d'une "Eclipse", d'autres oeuvres de la série "Skylines": des rectangles évoquant l'aube, la nuit tombante, la banquise gelée., photos: pg
Dans le salon, à côté d'une "Eclipse", d'autres oeuvres de la série "Skylines": des rectangles évoquant l'aube, la nuit tombante, la banquise gelée. © photos: pg

Profondeur de champ

Barbara a en effet travaillé le sujet voyage chez Liberty TV, paraissant à l'antenne avec sa belle allure - sans se mentir sur l'importance de l'apparence - pendant deux années. On est vers 2003 - "les chiffres et moi, cela fait deux" - et Barbara interviewe les reporters d'images s'envolant pour des "plans" étrangers colorés. Il lui en reste quelque chose, sans doute le goût de l'absolu, des limites géographiques, du franchissement de frontières. Une certaine idée de la profondeur de champ. Celui qui doît être exploré. Epouse de Patrick De Pauw (entrepreneur à très grand succès, notamment développeur du quartier Nord à Bruxelles), Barbara De Pauw exposera à la galerie Guy Pieters à Knokke du 27 mai au 26 juin.

"Cela a mis des mois avant de pouvoir obtenir un résultat probant. Le labo y croyait moyennement et ne pensait pas pouvoir arriver à une impression qui rende vraiment la qualité originale de l'épreuve digitale. On a fini par trouver une solution, celle de la douzaine de reproductions derrière moi, via la technique du ChromaLuxe." Barbara De Pauw travaille dans un atelier proche de Bruxelles. Très vaste, moderne, clair, non loin d'une campagne plus que tranquille. On s'y retrouve entouré de ses créations graphiques colorées qui ont été présentées à la galerie knokkoise Guy Pieters. De troublantes esthétiques. La série de ces "Rondes" évoque un trip psychédélique, comme si un gros oeil vous attrapait le regard pour une sarabande hypnotique consentie. "La perspective de cette demi-douzaine d'oeuvres peut sembler bizarre, explique Barbara, mais votre perception dépend de l'endroit où vous vous placez. La distance change le sentiment. Il y a toujours, je crois, dans mon travail plastique la sensation des créateurs abstraits qui m'ont marqués. Rothko ou Pollock, par exemple. L'un de mes chocs artistiques a été de voir la Rothko Chapel à Houston. Il a créé cet endroit pour n'y être dérangé par aucun bruit, et on se sent submergé par l'oeuvre. C'est un acte spirituel, voire carrément religieux, d'être là." Dans la même pièce du large rez-de-chaussée sont placardées une autre demi-douzaine d'oeuvres. Des rectangles, toujours tendant vers un monochrome sophistiqué, qui évoquent l'aube, la nuit tombante, la banquise gelée. Ou tout ce que chacun y verra en toute bonne foi de témoin subjectif. Beau, soigné et rassurant. "Résultat de huit couches compressées dans l'objet final." Depuis l'enfance, ciel et cosmos fascinent Barbara De Pauw. "Cela m'a mis plusieurs dizaines d'années pour interpréter mes rêves d'enfant. Ceux qui vont vers le ciel, l'espace. De transposer mon imaginaire en oeuvre. J'ai pris des photos au fil des années, puis j'y ai mis ma propre idée de la couleur, de la lumière, de dégradés que je veux parfaits. Il y a une obsession d'avoir la parfaite image, d'être happée par elle, d'arriver à une sensation méditative avec l'oeuvre, quasi-corporelle. Il y a là-dedans la notion d'infiniment grand ou petit, de rapport à la nature, d'une forme de contemplation. C'est physique, hein!"Avant de descendre au sous-sol de son atelier où trône un impressionnant télescope, l'artiste dévoile des indices de son parcours personnel. Toujours un rien timide, un chouïa réservée, Barbara pointe quelques séquences de son passé: le prénom choisi par ses parents dans le répertoire de Prévert, sa période au Théâtre National ou dans le mannequinat... Et puis, des études de communication qui la mènent à bosser pour une famille de collectionneurs d'art impressioniste et moderne qui parcourt toutes les grandes foires comme Art Basel et équivalentes: "Cela se passait pas mal entre Bruxelles, Londres et New York. J'ai énormément appris sur l'histoire de l'art contemporain. Voir le suprême du beau, le Picasso, le Miró, le Manet, le James Turrell... Cela m'a donné envie de moi-même entrer dans le cycle de la création". Et une grand-mère maternelle peintre et photographe qui utilise les premiers Leica, une mère poète faisant partie des cercles bruxellois, un père "pragmatique, terre à terre"... Et encore des stages pour enfants et ados aux Musées royaux des Beaux-Arts où l'on reproduit des classiques picturaux (par exemple en pâte à sel), des humanités à l'école internationale Le Verseau à Bierges, puis l'ULB en communication et journalisme: "J'y ai aimé la façon analytique de décortiquer les informations, de permettre une ouverture d'esprit. J'ai même fait un peu de télévision."Barbara a en effet travaillé le sujet voyage chez Liberty TV, paraissant à l'antenne avec sa belle allure - sans se mentir sur l'importance de l'apparence - pendant deux années. On est vers 2003 - "les chiffres et moi, cela fait deux" - et Barbara interviewe les reporters d'images s'envolant pour des "plans" étrangers colorés. Il lui en reste quelque chose, sans doute le goût de l'absolu, des limites géographiques, du franchissement de frontières. Une certaine idée de la profondeur de champ. Celui qui doît être exploré. Epouse de Patrick De Pauw (entrepreneur à très grand succès, notamment développeur du quartier Nord à Bruxelles), Barbara De Pauw exposera à la galerie Guy Pieters à Knokke du 27 mai au 26 juin.