Si vous remplissez avec brio la mission pour laquelle vous êtes parti à l'autre bout du monde, il y a des chances que vous obteniez une reconnaissance de la part de votre employeur lors de votre retour en Belgique. En résumé : vous pourriez monter en grade. Comme le confirme François-Xavier Mouton, responsable de la mobilité européenne chez AB InBev, " la réussite de la mission à l'étranger offre une forte chance d'obtenir une promotion au retour au pays. C'est un principe win-win pour l'employé et l'entreprise : en envoyant une personne expatriée, nous misons sur une évolution de carrière grâce à l'expérience à l'étranger ". L'adaptation à une autre culture, le challenge et l'expérience d'un nouveau marché sont en effet indispensables pour prendre des décisions au siège d'une boîte internationale. Forcément, il y a plus d'appelés que d'élus. Pour mettre toutes les chances de votre côté, ayez dans l'idée qu'un retour au pays ne s'improvise pas. Muriel Vallée, responsable de la mobilité internationale chez Solvay, estime " qu'un retour au pays s'envisage déjà deux ans avant de refaire ses valises ". D'autres responsables de ressources humaines parlent d'un an mais une chose est sûre : ne pensez pas au retour juste quelques mois à l'avance, sous peine de rater de belles opportunités d'évoluer dans la hiérarchie de votre boîte !

Rares sont les expatriés qui tiennent plus de six ans à l'étranger.

Antoine Ferrant, expatrié depuis 10 ans pour le groupe Suez et aujourd'hui CEO de Tractebel Engeneering à Bangkok, pense régulièrement au retour au pays alors que sa mission n'est pas terminée. " C'est un choix qui devra se poser un jour ou l'autre, explique-t-il. Ceci dit, j'estime qu'un retour doit se dérouler avec un poste à plus haute responsabilité. Cela doit s'opérer par une préparation en amont. Je suis conscient que l'expatriation est une plus-value valorisée par l'entreprise au retour. Dans une boîte européenne, les entreprises ont besoin de personnes expérimentées au niveau international. "

Un temps d'expatriation plus court

Ne sous-estimez pas le temps de votre expatriation, généralement plus court aujourd'hui qu'il y a 10 ans. Rares sont les expatriés qui tiennent plus de six ans à l'étranger ! " Dans le groupe Solvay, nous proposons des expatriations court terme, de l'ordre de quelques mois à deux ans, et des expatriations long terme, dont la durée totale ne doit pas dépasser cinq ans, poursuit Muriel Vallée du groupe Solvay. Nous limitons l'expatriation car nous considérons qu'elle doit toujours être considérée comme une expérience. " " Le fait de travailler longtemps dans un même pays sédentarise l'expatrié, ce qui fait perdre la notion même d'expatrié que nous recherchons dans le cadre d'une grande boîte ", complète Vincent Gondouin, responsable de la mobilité internationale pour Besix. Un retour au pays signifie donc une négociation avec votre employeur avant le retour. Comme l'explique Muriel Vallée, " il est en effet très rare qu'une personne sache à quel poste elle va revenir au moment où elle fait ses valises pour partir en mission. Au retour en Belgique, l'expatrié embraye en général chez nous avec un nouveau projet mais, vu que les organisations évoluent vite, rien n'est garanti ". Pour mettre toutes les chances de votre côté, gardez en tête que certaines études évoquent " un taux d'échec de près 50% des missions en tant qu'expatrié, avec pour principales causes la mauvaise adaptation au sein du pays dans lequel on travaille ". La réussite de votre mission met donc déjà de nombreuses chances de votre côté. Ayez toutefois en tête qu'une mission réussie ne garantit pas un poste plus élevé. " Le retour au pays est difficile à gérer car aujourd'hui, une entreprise, peu importe son activité, ne peut assurer à un employé un plan de carrière sur 15 ans, comme c'était le cas à l'époque, explique Muriel Vallée. Mais si un élément est bon, cela ne nous empêchera toutefois pas de faire de l' outsourcing. "

Un retour au pays signifie une négociation avec votre employeur avant le retour.

En matière de formalités administratives, le retour est beaucoup plus évident que le départ. " Pour un expatrié ayant gardé la nationalité belge, le retour au pays ne présente quasi aucun problème, avance Hugues Ewbank de Wespin, associé chez EY, spécialiste de la mobilité internationale. Il n'y a pas de permis de travail à reprendre et rien à faire au niveau de la sécurité sociale. Il faut juste veiller aux obligations de départ. Dans certains pays, il faut payer le dernier cent d'impôt avant de partir. Une fois le domicile repris, il faut se réinscrire à la commune. " N'oubliez pas un point essentiel : le déménagement. S'il sera pris en charge par votre employeur si vous évoluez dans une boîte internationale, il se montrera toutefois fort coûteux s'il est à votre charge.

Un retour difficile socialement

La difficulté d'un retour au pays n'est toutefois pas là où on l'imagine. La majorité des expatriés le disent : revenir au pays, c'est revenir à une certaine routine. Travailler à l'étranger, ce n'est pas seulement des nouveaux collègues. C'est une nourriture locale, un nouveau système social, un autre système scolaire,... sans oublier le climat ! Il n'est pas rare qu'un retour au pays soit plus difficile qu'un départ. " J'ai voyagé avec ma famille durant 12 ans, au Danemark et en Espagne, témoigne Christophe Martinot, aujourd'hui installé à Barcelone. Je suis revenu en Belgique entre 2010 et 2018. J'ai des amis belges mais je n'ai plus fréquenté les mêmes personnes à mon retour. L'expatriation nous a habitués à vivre dans un milieu international, à rencontrer des personnes de tous les pays. Au retour en Belgique, on a l'impression que rien n'a bougé. "

Positive pour certains, moins emballante pour d'autres, l'expatriation n'est de toute façon pas conseillée sur le long terme si votre objectif est de revenir un jour travailler en Belgique. Les travailleurs qui partent plus de 10 ans se forgent une étiquette d'expatrié. Au retour, certains employeurs proposent un poste avec des voyages fréquents voire une fonction à l'étranger ! Une trop grande expérience à l'étranger signifie également pour certains employeurs un manque de maîtrise des codes belges de certains milieux professionnels.

Par Géry Brusselmans.

"J'ai tenté de revenir au pays après 15 ans en tant qu'expatrié"

© PG

Voici deux ans, Daniel Geyer a voulu revenir en Belgique après 15 ans d'expatriation. Son profil international a joué en sa défaveur.

TRENDS-TENDANCES. Quel a été votre parcours ?

DANIEL GEYER. J'ai choisi une expérience internationale, avant tout par affinité avec les voyages. J'ai d'abord travaillé pour le groupe Ziegler au Portugal, en Allemagne et en France. J'ai ensuite travaillé 15 ans pour le groupe Bolloré dans le transport et la logistique, en Tanzanie, en RDC et au Mozambique. J'ai travaillé pour le compte de Huawei, certains groupes miniers, Nestlé et d'autres entreprises agro-alimentaires. Aujourd'hui, cela fait plus de deux ans que je suis responsable d'approvisionnement pour The Global Fund, une organisation internationale basée à Genève. Je réside en Suisse et je voyage entre 10 à 20 jours par mois, ce qui est relativement conséquent.

Avez-vous tenté de revenir en Belgique ?

Oui, voici deux ans. J'étais presque prêt à recommencer ma vie professionnelle de zéro. J'avais 45 ans. J'ai exploré toutes les opportunités qui se sont présentées à moi. Les employeurs avec qui j'ai été en contact me proposaient tous des postes basés à l'étranger ou avec des voyages fréquents. Les profils avec une expérience internationale ne sont pas si communs sur le marché de l'emploi. J'ai eu des propositions de la part de sociétés de transport maritime ou des groupes avec des filiales en Afrique. D'un autre côté, l'offre de personnes qualifiées et sédentaires est bien plus importante dans certains secteurs. Il a donc été relativement difficile de revenir au pays après 15 ans d'expatriation.

Estimez-vous que la durée durant laquelle vous vous êtes expatrié a joué en votre défaveur ?

Oui. On dit souvent qu'une expatriation doit durer cinq, voire 10 ans. Au-delà de cette période, les expatriés sont perçus par les marchés d'origine comme formatés pour les marchés étrangers. N'oublions pas que l'expatriation offre un niveau de vie relativement confortable. Je tenais donc également à recommencer en Belgique, pourquoi pas dans un autre secteur professionnel, mais en gardant un niveau de vie relativement égal à ce que j'avais en tant qu'expatrié. Etant donné le confort certain d'une vie d'expatriation, je n'aurais pas accepté n'importe quoi. Aujourd'hui, les personnes qui s'expatrient peuvent éventuellement viser des postes de directeur financier ou directeur.

"De retour en Belgique, j'ai intégré le comité de direction de Tractebel"

© DAVID PLAS

Après une expérience de quatre ans en Thaïlande et trois ans en Inde, Anne Harvengt a obtenu un poste plus important à son retour en Belgique en 2016.

TRENDS-TENDANCES. Dans quels pays avez-vous travaillé ?

ANNE HARVENGT. J'ai rejoint le groupe Engie en 2004, où je suis restée cinq ans à Bruxelles pour évoluer en tant que responsable financière. En 2009, après mon deuxième accouchement, je me suis manifestée auprès de ma hiérarchie pour obtenir une mobilité fonctionnelle et géographique. J'ai fait une demande d'expatriation. J'ai eu l'opportunité de partir durant quatre ans pour le bureau de Bangkok en 2009. Ensuite, j'ai travaillé trois ans en Inde en tant que directrice financière et déontologue.

Estimez-vous que l'expatriation a donné un coup de pouce à votre carrière ?

Absolument. Quand on arrive dans un autre pays, on débarque dans un bureau avec peu de personnes, on doit apprendre la culture locale, côtoyer des collèges de tous horizons et s'adapter à des standards différents. Je n'aurais jamais pu glaner cette expérience si j'avais été plus sédentaire à Bruxelles. J'ai notamment voulu retourner en Belgique pour que mes enfants connaissent le pays dans lequel ils sont nés. Je tenais toutefois à obtenir un poste intéressant, ce qui fut le cas. Aujourd'hui, j'évolue au sein du comité de direction de Tractebel et j'ai une fonction stratégique, de communication et d'acquisition.

Le retour au pays fut-il évident ?

Pas forcément. Le vrai défi est d'arriver à se réadapter à sa propre culture. Quand on change de pays, on est toujours en découverte : les habitudes pour la famille changent, on découvre les coutumes locales et il faut prendre ses marques dans le quotidien. Quand on revient en Belgique, on a l'impression de tout connaître, il y a moins de choses à découvrir. C'est une vie plus conventionnelle. Ceci dit, si le retour en Belgique nous arrange d'un point de vue professionnel et familial, il n'est pas impossible que nous repartions un jour.