Fondée en 1994, la société liégeoise EVS a toujours vécu ses plus beaux résultats financiers au fil des années paires. L'entreprise spécialisée dans les systèmes de production vidéo en direct est en effet un acteur majeur dans la retransmission des compétitions sportives internationales dont les plus médiatisées - Jeux olympiques, Coupe du monde de football et Euro de football - se déroulent précisément durant ces années paires.
...

Fondée en 1994, la société liégeoise EVS a toujours vécu ses plus beaux résultats financiers au fil des années paires. L'entreprise spécialisée dans les systèmes de production vidéo en direct est en effet un acteur majeur dans la retransmission des compétitions sportives internationales dont les plus médiatisées - Jeux olympiques, Coupe du monde de football et Euro de football - se déroulent précisément durant ces années paires. Imprévisible, la pandémie de coronavirus est venue dérégler cette mécanique bien huilée en chamboulant complètement l'agenda des grands événements sportifs de la planète. Prévus tous les deux en 2020, l'Euro de football et les Jeux olympiques de Tokyo ont ainsi été reportés à l'année suivante, privant EVS d'une partie importante de ses revenus planifiés. Le chiffre d'affaires de la société liégeoise, qui était de 116 millions d'euros en 2018 et de 103 millions en 2019, a dès lors plongé sous la barre des 90 millions en 2020, faisant chuter le bénéfice net de l'entreprise à 7 millions d'euros (-63% par rapport à 2019). Fort heureusement, la fin progressive de la crise sanitaire et la redistribution des cartes sportives en 2021 ont fait de cette dernière année impaire un tout grand millésime financier pour EVS. Ses résultats annuels se révèlent même exceptionnels puisque l'entreprise affiche plus de 137 millions d'euros de recettes en 2021 avec un bénéfice net de quasi 35 millions, soit une hausse de près de 400% de ce dernier par rapport à la maussade 2020. "Nous sommes très heureux de ces bons résultats car il faut remonter à l'année 2012 pour observer des performances similaires, note Serge Van Herck, CEO de la société. Une partie de notre croissance de 2021 vient effectivement d'un report de nos activités de 2020 à 2021, mais notre réputation sur le marché international et la qualité de nos solutions expliquent aussi ces bons résultats. En 2020, nous avons constaté un vrai ralentissement de notre business avec la pandémie mais l'année dernière, on a clairement vu que l'économie s'était remise en route et beaucoup de nos clients ont réinvesti dans les nouvelles technologies. Nous espérons que c'est le début d'une croissance de longue durée." Serge Van Herck peut voir l'avenir en rose. Les résultats d'EVS en 2021 font aussi mention d'un carnet de commandes déjà bien rempli en 2022 avec un montant provisoire de près de 64 millions d'euros de recettes confirmées. "Au niveau des revenus, nous faisons déjà des projections pour l'ensemble de cette année et espérons être proches du chiffre d'affaires précédent, enchaîne le CEO. Mais tout cela dépendra bien sûr des événements internationaux et de l'évolution de la disponibilité de certains composants." La guerre en Ukraine, d'une part, et la pénurie de composants électroniques, d'autre part, pourraient en effet altérer les recettes de l'année en cours. "Aujourd'hui, cette pénurie a déjà un impact sur les délais de livraison à nos clients, explique Serge Van Herck. Nous sommes passés de quatre semaines précédemment à 20 semaines aujourd'hui et cela peut avoir clairement des répercussions sur notre chiffre d'affaires. Nous essayons donc de tout faire pour remédier à ce problème. Nous sommes actuellement à la recherche de nouvelles sources d'approvisionnement. Et parallèlement, nous explorons des alternatives technologiques avec d'autres composants." Disposant d'une vingtaine de bureaux à travers le monde, dont une antenne à Moscou, la société EVS est également ébranlée par le conflit en Ukraine et la crise internationale qui en découle. L'entreprise belge précise que son bureau dans la capitale russe génère 2 à 3% de son chiffre d'affaires au niveau mondial et que là aussi, la prolongation du conflit aura d'inévitables conséquences sur ses résultats. "Pour l'instant, nous n'avons pas fermé notre bureau à Moscou car nous pensons d'abord à nos collègues sur place, confie le CEO. Bien sûr, nous respectons les décisions européennes et avons stoppé les business avec certains clients russes, mais nous essayons surtout de garder tout le monde à bord et de continuer à payer nos collègues là-bas. Nous avons aussi des clients en Ukraine mais, pour l'instant, c'est effectivement compliqué de travailler avec eux." Paradoxalement, la guerre déclenchée par la Russie pourrait avoir certaines retombées positives pour EVS en termes de ressources humaines. L'entreprise liégeoise compte aujourd'hui 550 employés à travers le monde, mais elle recherche activement une cinquantaine de profils pour développer sa croissance. Or, les ingénieurs ukrainiens ont bonne réputation et Serge Van Herck espère bien en accueillir prochainement en Belgique. "Nous travaillons déjà avec quelques ingénieurs en Ukraine et nous sommes très satisfaits de la qualité du travail qu'ils fournissent, précise le CEO. Nous sommes persuadés que dans cette vague de réfugiés qui gagne l'Union européenne, il y a des ingénieurs, principalement des femmes, qui peuvent nous intéresser. Comme nous avons différents bureaux en Europe de l'Ouest, j'ai déjà donné l'instruction à notre département RH d'engager ces personnes si l'occasion se présente. En Belgique, nous commençons déjà à en rencontrer." Ces nouvelles recrues ukrainiennes pourraient bien aider EVS à relever ce qui reste toujours son plus grand défi: l'innovation. Aujourd'hui, la moitié des employés travaillent d'ailleurs dans le département Recherche & Développement car pour l'entreprise liégeoise, la création de nouveaux produits et de nouvelles fonctionnalités reste le fer de lance de sa future croissance. "Notre portefeuille de produits et de solutions peut encore être élargi, explique Serge Van Herck, car nous avons l'ambition de devenir le numéro un dans notre industrie dans les cinq ou dix ans. Actuellement, nous sommes quatrième ou cinquième dans ce monde de la production en direct, mais nous pensons vraiment que dans le futur, avec les bonnes technologies et les bonnes acquisitions, nous pourrons encore faire croître notre portefeuille et devenir numéro un international." Appréciée dans le monde entier pour la qualité de ses services et pour ses ralentis hautement esthétiques dans les duels sportifs, EVS incarne une belle success story wallonne qui fêtera ses 30 ans en 2024. "Nous produisons des logiciels et des hardwares qui permettent à nos clients, principalement des chaînes de télévision, de créer des images et des programmes en direct dans les domaines du sport, de l'information et du divertissement, rappelle Serge Van Herck, mais nous créons surtout, chaque jour, de l'émotion pour des milliards de gens partout dans le monde. En tant que société belge, qui peut en dire autant? Je suis donc très fier et, encore une fois, très heureux de nos résultats."