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La méthodologiePour mesurer l'impact de la crise, Trends Business Information a mis au point un algorithme qui mesure l'impact financier de la crise par secteur en prenant l'évolution de la solvabilité comme indicateur. En partant des comptes annuels, la dernière situation objective des entreprises, on mesure la perte hebdomadaire réalisée suite à la perte d'activité enregistrée en 2020. On calcule ensuite des dates pivots: la date de passage en perte, la date de franchissement du seuil des 25% de solvabilité, celle du seuil de 15% et le passage sous le seuil de 0% de solvabilité.Notons que l'algorithme tient compte de la possibilité de recevoir des aides, des reports d'échéances de dettes et de recourir au chômage temporaire, mais neutralise les charges non décaissées (amortissements, provisions et réductions de valeurs) et les éléments non-récurrents. Le résultat obtenu n'est donc pas une prévision de la situation comptable des entreprises. Cette dernière sera fort probablement moins complaisante en réalité. Mais ça, il faudra attendre la fin de 2021 pour le savoir.Les premières constatations globales257.752 entreprises (60,01% de l'ensemble) ont pu maintenir une solvabilité supérieure à 25%. Notons que le seuil de 25% est reconnu par les analystes comme le seuil de bonne santé et de répartition harmonieuse entre les capitaux propres et les dettes. Ce sont les entreprises les plus solides et les plus résilientes. Il y a fort à parier que l'exercice 2019 ne sera pas une bonne année pour elles, mais elles survivront à la crise sans trop de dégâts.Il y avait 276.632 entreprises dans cette situation avant la crise. 18.634 (6.73% de cette population) ont donc perdu le statut d'entreprise saine. 7.654 sont passées dans la tranche de 15% à 25%, 2.507 sont entre 0 et 15% et 8.473 ont perdu toute solvabilité. Ce sont les plus grosses victimes de la crise !38.747 entreprises (9,02%) ont une solvabilité située entre 15 et 25%. C'est un peu le ventre mou des entreprises à solvabilité moyenne. Si elles sortent de la crise dans cette situation, elles auront sauvé les meubles.Elles étaient 41.025 avant la crise. 9.916 ont basculé dans la zone dangereuse. 7.164 ont une solvabilité encore positive mais inférieure à 15% et 2.752 sont passé en dessous de 0%. On notera que 118 entreprises ont quand même réussi à passer dans la tranche supérieure à 25%.52.842 entreprises (12,30%) ont une solvabilité encore positive, mais inférieure à 15%. Notons que le seuil de 15% de solvabilité n'est pas choisi au hasard. On constate chaque année une envolée des statistiques de faillites dans cette catégorie d'entreprises. Ces entreprises sont très faibles et risquent fort de ne pas avoir les moyens de relancer correctement leur cycle commercial quand le moment sera venu.10.414 d'entre elles sont passées en-dessous de zéro. Il ne fallait pas grand-chose pour qu'elles basculent. La crise les a fait basculer dans le surendettement. 101 entreprises ont par contre réussi à remonter dans la zone supérieure, à plus de 15%. C'est certainement un exploit en soi.78.865 entreprises sont en solvabilité négatives. Elles ont donc plus de dettes que de total de bilan. Elles sont sous perfusion de dettes, et dans le coma. C'est la faillite virtuelle. A ces entreprises, on peut en ajouter 1.301 autres, pour lesquelles on ne calcule pas le stress test pour des raisons techniques, liées à leur situation très dégradées. On arrive donc à 80.166 entreprises mort-vivantes, soit 18,66% de l'ensemble.Elles étaient 58.045 avant la crise et on en déjà comptait +/- 10.000 de plus suite à la première vague. On dénonce depuis longtemps le maintien en vie de ces entreprises qui ne survivent que grâce à leurs dettes. La crise a donc précipité 20.820 entreprises en plus dans cette zone noire en novembre. Sachant que le bout du tunnel n'est pas attendu avant mi-2021 au plus tôt, leur nombre va encore augmenter sensiblement.Pascal Flisch