"On n'est plus sur des considérations purement économiques : tous les mécanismes de marché sont sous cloche pour des raisons militaires et géopolitiques. Les entreprises ne savent pas ce qu'elles peuvent faire, doivent faire et comment elles devraient le faire, il y a un flou juridique et financier", résume à l'AFP Sylvain Bersinger, économiste au cabinet Asterès.

"Il y a un problème d'absence de visibilité, mais il faut essayer de temporiser au maximum. Beaucoup d'entreprises sont livrées à elles-mêmes, et dans le raisonnement de leurs responsables l'idée est de limiter la casse, ce que l'on peut comprendre", renchérit Philippe Métais, avocat associé au cabinet Bryan Cave Leighton Paisner.

Revendre ou essayer de rapatrier des capitaux ?

"L'option de vente est assez illusoire, et pas de nature à compenser la perte. Quand on vend, encore faut-il qu'il y ait un acheteur, qu'il soit financé alors que le système bancaire russe est extrêmement grippé, et à supposer que cet acheteur soit financé, je ne vois pas comment les capitaux pourraient être transférés", estime Philippe Métais.

Lundi, comme d'autres groupes depuis l'invasion de l'Ukraine fin février, le brasseur néerlandais Heineken a annoncé son départ de Russie et dit "viser une cession ordonnée à un nouveau propriétaire en pleine conformité avec les lois internationales et locales", en indiquant que la transaction lui couterait 400 millions d'euros pour perte de valeur et autres "charges exceptionnelles".

Son concurrent danois Carlsberg a pris dans la foulée "la décision difficile et immédiate de viser une vente complète" de ses activités russes.

De son côté, le constructeur automobile français Renault évalue "les options possibles concernant sa participation" dans sa grosse filiale russe AvtoVAZ, ouvrant la voie à une éventuelle sortie.

"Si Renault est allé en Russie, c'est bien qu'il n'y avait pas de constructeurs domestiques. Les seuls qui pourraient acheter seraient peut-être des Chinois car en termes de sanctions c'est beaucoup trop délicat", juge Sylvain Bersinger.

Maintenir son activité ?

"Pour les entreprises non concernées par le périmètre des sanctions" décidées contre la Russie par l'Union européenne ou les États-Unis, comme Leroy Merlin ou Auchan, "tout ce qui n'est pas interdit devrait être autorisé, mais il y a une sorte de pression politique, économique, morale qui s'exerce sur elles", estime Philippe Métais.

Auchan, géant français de la grande distribution, défend son maintien en Russie, malgré l'appel du président ukrainien Volodomyr Zelensky.

D'autres groupes ont décidé de rester, en réduisant la voilure - comme Nestlé, Pepsico, Mondelez - ou en conservant leur activité, à l'instar de Coty ou Société Générale.

"Les entreprises originaires de pays dits hostiles qui prennent le parti de rester devraient voir leurs droits protégés, tandis que, selon un projet de loi qui doit être soumis à la Douma, celles qui se retirent ou procèdent à des fermetures se verront appliquer le régime de faillite, seront liquidées au meilleur offrant ou nationalisées sans indemnité pour l'ancien propriétaire", indique M. Métais.

Partir et tout perdre, voire enrichir la Russie ?

En partant, les entreprises risquent de tout perdre : pour Adeo, holding de Leroy Merlin, fermer ses magasins "serait faire un cadeau de l'entreprise et de ses actifs au régime russe, et renforcer la guerre".

Même argumentaire chez TotalEnergies : "Me retirer c'est donner [...] 13 milliards à des Russes, pour zéro car personne ne peut acheter" les usines dans lesquelles le groupe a investi, selon son PDG Patrick Pouyanné.

"Pour des entreprises de l'énergie comme TotalEnergies, ce serait la triple voire la quadruple peine, elles perdraient leurs investissements, leur retour sur investissement et seraient obligées de trouver une alternative sur le marché et d'acheter une deuxième fois les mêmes quantités et sans prix préférentiel", estime M. Métais.

Suspendre les activités, mais jusqu'à quand ?

"Si vous suspendez indéfiniment, votre filiale fait faillite et vous perdez tout votre investissement", estime Sylvain Bersinger.

Alors que de nombreux secteurs ont suspendu "temporairement" leur activité en Russie ces dernières semaines, aucune trêve ne semble se profiler dans l'immédiat.

"On n'est plus sur des considérations purement économiques : tous les mécanismes de marché sont sous cloche pour des raisons militaires et géopolitiques. Les entreprises ne savent pas ce qu'elles peuvent faire, doivent faire et comment elles devraient le faire, il y a un flou juridique et financier", résume à l'AFP Sylvain Bersinger, économiste au cabinet Asterès."Il y a un problème d'absence de visibilité, mais il faut essayer de temporiser au maximum. Beaucoup d'entreprises sont livrées à elles-mêmes, et dans le raisonnement de leurs responsables l'idée est de limiter la casse, ce que l'on peut comprendre", renchérit Philippe Métais, avocat associé au cabinet Bryan Cave Leighton Paisner."L'option de vente est assez illusoire, et pas de nature à compenser la perte. Quand on vend, encore faut-il qu'il y ait un acheteur, qu'il soit financé alors que le système bancaire russe est extrêmement grippé, et à supposer que cet acheteur soit financé, je ne vois pas comment les capitaux pourraient être transférés", estime Philippe Métais.Lundi, comme d'autres groupes depuis l'invasion de l'Ukraine fin février, le brasseur néerlandais Heineken a annoncé son départ de Russie et dit "viser une cession ordonnée à un nouveau propriétaire en pleine conformité avec les lois internationales et locales", en indiquant que la transaction lui couterait 400 millions d'euros pour perte de valeur et autres "charges exceptionnelles".Son concurrent danois Carlsberg a pris dans la foulée "la décision difficile et immédiate de viser une vente complète" de ses activités russes.De son côté, le constructeur automobile français Renault évalue "les options possibles concernant sa participation" dans sa grosse filiale russe AvtoVAZ, ouvrant la voie à une éventuelle sortie."Si Renault est allé en Russie, c'est bien qu'il n'y avait pas de constructeurs domestiques. Les seuls qui pourraient acheter seraient peut-être des Chinois car en termes de sanctions c'est beaucoup trop délicat", juge Sylvain Bersinger."Pour les entreprises non concernées par le périmètre des sanctions" décidées contre la Russie par l'Union européenne ou les États-Unis, comme Leroy Merlin ou Auchan, "tout ce qui n'est pas interdit devrait être autorisé, mais il y a une sorte de pression politique, économique, morale qui s'exerce sur elles", estime Philippe Métais.Auchan, géant français de la grande distribution, défend son maintien en Russie, malgré l'appel du président ukrainien Volodomyr Zelensky.D'autres groupes ont décidé de rester, en réduisant la voilure - comme Nestlé, Pepsico, Mondelez - ou en conservant leur activité, à l'instar de Coty ou Société Générale."Les entreprises originaires de pays dits hostiles qui prennent le parti de rester devraient voir leurs droits protégés, tandis que, selon un projet de loi qui doit être soumis à la Douma, celles qui se retirent ou procèdent à des fermetures se verront appliquer le régime de faillite, seront liquidées au meilleur offrant ou nationalisées sans indemnité pour l'ancien propriétaire", indique M. Métais.En partant, les entreprises risquent de tout perdre : pour Adeo, holding de Leroy Merlin, fermer ses magasins "serait faire un cadeau de l'entreprise et de ses actifs au régime russe, et renforcer la guerre".Même argumentaire chez TotalEnergies : "Me retirer c'est donner [...] 13 milliards à des Russes, pour zéro car personne ne peut acheter" les usines dans lesquelles le groupe a investi, selon son PDG Patrick Pouyanné."Pour des entreprises de l'énergie comme TotalEnergies, ce serait la triple voire la quadruple peine, elles perdraient leurs investissements, leur retour sur investissement et seraient obligées de trouver une alternative sur le marché et d'acheter une deuxième fois les mêmes quantités et sans prix préférentiel", estime M. Métais.Suspendre les activités, mais jusqu'à quand ?"Si vous suspendez indéfiniment, votre filiale fait faillite et vous perdez tout votre investissement", estime Sylvain Bersinger.Alors que de nombreux secteurs ont suspendu "temporairement" leur activité en Russie ces dernières semaines, aucune trêve ne semble se profiler dans l'immédiat.