Il n'y a que la Russie et la Chine qui lui résistent. Dans ces pays, les moteurs de recherche Yandex et Baidu dépassent les 50% de parts de marché. Sur le reste de la planète, Google se taille la part du lion, trustant 90% du total des requêtes effectuées sur le Web, et jusque 93% en Belgique. Derrière lui, Bing revendique un peu plus de 3 % du marché, et Yahoo ! 2,2%.
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Il n'y a que la Russie et la Chine qui lui résistent. Dans ces pays, les moteurs de recherche Yandex et Baidu dépassent les 50% de parts de marché. Sur le reste de la planète, Google se taille la part du lion, trustant 90% du total des requêtes effectuées sur le Web, et jusque 93% en Belgique. Derrière lui, Bing revendique un peu plus de 3 % du marché, et Yahoo ! 2,2%. Des chiffres expliqués par la facilité d'utilisation du produit phare du géant américain, son ergonomie et, surtout, le caractère révolutionnaire de son algorithme. Pour rappel, c'est cette suite d'opérations complexes qui est la base de tout moteur de recherche. Explorant le Web, il en indexe son contenu en sélectionnant un ensemble de pages qu'il juge pertinentes en fonction des mots-clés choisis par l'utilisateur lors de sa requête." Initialement, les moteurs de recherche se limitaient à de la comparaison de mots, précise Damien Renard, professeur à l'UCLouvain et chercheur au Social Media Lab, le laboratoire des médias socio-numériques de l'université. Pour améliorer la pertinence des résultats, Google a repris dans son algorithme ce qu'il appelle le PageRank, qui repose sur le principe d'autorité. C'est-à-dire qu'une page est jugée d'autant plus pertinente qu'elle dispose de liens pointant vers elle. Elle n'est donc pas associée à sa popularité ni à un éventuel nombre de vues ou de 'J'aim e', c'est une question de références. " Tous ses utilisateurs le savent, Google offre ainsi gratuitement, grâce à cet algorithme, un riche et impressionnant panel de réponses. Gratuitement ? Rien n'est moins sûr... " Les gens paient en partageant leurs données personnelles, rappelle Damien Renard. A la différence d'un journal qui vend des encarts publicitaires en se basant sur un profil-type de lecteur, Google utilise ces données ( obtenues grâce à l'identification de l'utilisateur ou via les cookies, Ndlr) pour jouer la carte de la personnalisation ultra-ciblée. " Et monnayer d'autant plus ses espaces pubs. Par sa position ultra-dominante et ses applications dérivées lui permettant de toujours mieux connaître le profil de ses utilisateurs, le moteur de recherche est sous le joug de nombreuses critiques. Aussi riches soient-elles, ses sélections individualisées offrent notamment une vision tronquée du Web, puisque ces " bulles filtrantes " enferment leurs utilisateurs dans une certaine vision du monde. Ce seraient, par exemple, ces filtres qui, selon l'essayiste américain Eli Pariser, auraient empêché les analystes et journalistes de repérer la montée en puissance de Donald Trump, jusqu'à son accession à la présidence des Etats-Unis. Depuis une dizaine d'années, cette mainmise toujours plus flagrante de Google sur l'accès aux informations présentes sur le Web et les moyens qu'il utilise pour la monétiser ont incité divers acteurs du secteur à imaginer des modèles rivaux à celui du géant américain, menant à la création de plusieurs moteurs de recherches alternatifs. Pour certains, il s'agit simplement de reprendre des recettes identiques à Google, mais à d'autres fins, par exemple la protection de l'environnement. Ce sont majoritairement ce qu'on appelle des métamoteurs, qui utilisent les algorithmes de Google ou de ses concurrents Bing ou Yahoo ! pour alimenter leurs pages de résultats. D'autres tentent de réinventer complètement le modèle, axant leurs priorités sur la protection de la vie privée de l'utilisateur, basant leurs publicités uniquement sur les mots-clés recherchés et/ou en concevant leur propre algorithme. " Toutes ces alternatives ont des cibles bien précises, relève Damien Renard. Elles visent des utilisateurs sensibles, soit à la question de la protection des données, soit à l'écologie, soit à la philanthropie, etc. " Enfin d'autres moteurs jouent la carte de la sur-spécialisation, ne s'attachant qu'à des thématiques bien précises comme la photographie (Photopin), le multimédia (Pickanews), le design (Niice) ou les réseaux sociaux (Social Mention). Les moteurs de recherche alternatifs ne sont toutefois pas sans défaut. Par exemple, même ceux qui axent leur communication sur leurs vertus écologiques ne se révèlent pas spécialement plus verts que Google. Qu'importe l'algorithme , les supports utilisés pour les recherches (ordinateur, smartphone, tablette, etc.) ainsi que les centres où sont logés les serveurs restent très énergivores. Comme le rappelle le vice-président de Google, Urs Hölzle, une recherche consomme 0,0003 kWh d'énergie, soit une émission de 0,2 g de CO2. Plus fondamentalement, " aucun des autres algorithmes n'est aussi efficace et pertinent que le PageRank de Google, poursuit Damien Renard. Celui-ci prend en compte une cinquantaine de critères comme la géolocalisation et les données personnelles, mais on ne connaît pas le poids de chaque critère, c'est la formule secrète de Google. " Une extrême efficience qui confère toujours aujourd'hui au géant américain un statut d'intouchable. Lorsque le " petit " logiciel d'origine française Qwant affirme frôler les 2 milliards de requêtes en 2018, Google arrive à 3,3 milliards en seulement une journée. Installés sur des marchés de niche, ces moteurs alternatifs ne sont donc pas les vrais concurrents de Google. En effet, son premier rival, aujourd'hui, c'est... Facebook. " Historiquement, les moteurs de recherche ont toujours été le premier support sur lequel les internautes s'appuyaient pour chercher l'information, atteste Damien Renard. Mais les réseaux sociaux ont un peu changé la donne. Désormais, la population leur fait bien davantage confiance parce que les gens y tirent des informations de cercles d' 'amis' qui leur ressemblent et donc à qui ils se fient plus facilement. " Ce qui ne fait pas les affaires de Google... également menacé par Apple. En sortant son premier iPhone en 2007, son créateur Steve Jobs a révolutionné le système d'information grâce à ses applications fonctionnant en circuit fermé. " Ce fut une réelle catastrophe pour Google, poursuit Damien Renard, qui s'est alors empressé de lancer le système d'exploitation Android pour contrer Apple sur son propre terrain. " Immenses moteurs de recherche d'un côté et applications hermétiques de l'autre : Google joue sur les deux tableaux pour conserver son hégémonie. Jusqu'à quand ?