"Globalement, on ne se rend pas compte de la vitesse avec laquelle nous devrions changer les modes de production pour être bien alignés avec les objectifs du GIEC. Les ambitions de neutralité carbone en 2050, c'est bien. Mais où est le plan d'attaque pour les atteindre ? Ce n'est pas en achetant des crédits-carbone qu'on y arrivera, il faudra vraiment repenser les modes de production." Marek Hudon, professeur de Finance à la Solvay Brussels School, est convaincu que la transition vers une économie "climat compatible" constituera un choc très rude pour les entreprises. Mais, précise-t-il, "c'est justement lors de tels chocs qu'on parvient à changer ses habitudes."

Il vient de réaliser, avec les bureaux spécialisés Ecores et Greenloop, une étude pour l'Institut fédéral du développement durable, visant à déterminer la faisabilité d'un test de résilience des entreprises face aux chocs environnementaux, mais aussi démographiques, technologiques ou sociaux. L'étude formule trois scénarios possibles pour ce test, qui pourrait être opérationnel d'ici six à douze mois. L'idée est d'une part d'établir une sorte de diagnostic qui permet à chacun de se situer par rapport à son secteur ; et d'autre part de pointer, en fonction de la situation individuelle, une série d'actions à entreprendre pour renforcer la résilience de l'entreprise. "Le test doit se positionner comme un outil de transition vers le développement durable plutôt qu'un simple test visant à diminuer ses vulnérabilités présentes et futures", écrivent les auteurs de l'étude. "C'est un peu une logique d'assurance, résume Marek Hudon. Ce test de résilience, c'est un coût aujourd'hui mais qui permet de minimiser les conséquences des "mégatendances" que nous avons pointées dans l'étude, en s'y préparant au plus tôt."

Marek Hudon, PG
Marek Hudon © PG

Ce travail prospectif, les grandes entreprises le font avec les propres services ou en sollicitant des consultants externes. Les PME n'ont, en revanche, pas vraiment le temps ni les moyens de mener un tel travail. D'où l'intérêt d'un test initié par les pouvoirs publics. "Les PME, c'est le grand enjeu, estime Marek Hudon. Ce sont elles qui créent la résilience d'un tissu économique, car elles sont par nature plus malléables, plus agiles. La crise sanitaire a montré la résilience de ce tissu, notre économie n'est pas tombée dans une profonde récession. Nous avons pu le faire car le choc touchait directement notre santé. La question est aujourd'hui de savoir si nous pourrons le faire pour d'autres types de choc, par exemple environnementaux."

Des efforts sont clairement entrepris dans le domaine de l'énergie, au profit des sources renouvelables. Mais, dit le professeur de Solvay, "il s'agit là de la partie de la transition la plus facilement compatible avec l'économie de marché". Quand il faudra revoir des approvisionnements, des choix de matériaux, des procédés industriels, ce sera nettement plus compliqué. Une des clés, selon lui, sera la manière dont les futures réformes fiscales prendront en compte, ou pas, toutes les externalités entourant la fabrication et la commercialisation d'un bien. Ces taxations ciblées pousseront les prix vers le haut, accentuant encore les discussions sur le pouvoir d'achat. "La transition va coûter cher, il y a un consensus académique entre les économistes sur ce point, concède Marek Hudon. Elle ne sera dès lors socialement acceptable que si elle est couplée à une redistribution."

A priori, les entreprises n'apprécient pas plus les prix élevés que les consommateurs. Mais le choc sanitaire a peut-être incité à adapter les stratégies sur ce plan. L'une des leçons de la crise, selon ce professeur de Finances, c'est en effet que les entreprises qui avaient entretenu des partenariats de longue date avec leurs fournisseurs ont été ré-approvisionnées plus vite que celles qui sautaient d'un contrat à l'autre pour obtenir les meilleurs prix. "Viser le moindre coût vous rend aussi moins résilient, résume Marek Hudon. S'il y a une chose que les entreprises aiment encore moins que des prix élevés, c'est l'incertitude, par exemple sur les délais de livraison de leurs fournisseurs. La rupture des chaînes d'approvisionnement les a mises sous tension permanente, au point parfois de frôler l'épuisement, le burn-out organisationnel." Il invite à prendre ces éléments en considération dans les marchés publics, à travers lesquels le politique peut, dit-il, "jouer un grand rôle". "C'est facile de toujours aller au moins cher, il faut pouvoir intégrer des critères sociaux et environnementaux, pas seulement financiers, conclut Marek Hudon. Un accompagnement des fonctionnaires qui rédigent les cahiers de charges peut être très utile sur ce plan. Et on pourrait, pourquoi pas, faire la même chose pour les marchés de fournitures des entreprises."

"Globalement, on ne se rend pas compte de la vitesse avec laquelle nous devrions changer les modes de production pour être bien alignés avec les objectifs du GIEC. Les ambitions de neutralité carbone en 2050, c'est bien. Mais où est le plan d'attaque pour les atteindre ? Ce n'est pas en achetant des crédits-carbone qu'on y arrivera, il faudra vraiment repenser les modes de production." Marek Hudon, professeur de Finance à la Solvay Brussels School, est convaincu que la transition vers une économie "climat compatible" constituera un choc très rude pour les entreprises. Mais, précise-t-il, "c'est justement lors de tels chocs qu'on parvient à changer ses habitudes."Il vient de réaliser, avec les bureaux spécialisés Ecores et Greenloop, une étude pour l'Institut fédéral du développement durable, visant à déterminer la faisabilité d'un test de résilience des entreprises face aux chocs environnementaux, mais aussi démographiques, technologiques ou sociaux. L'étude formule trois scénarios possibles pour ce test, qui pourrait être opérationnel d'ici six à douze mois. L'idée est d'une part d'établir une sorte de diagnostic qui permet à chacun de se situer par rapport à son secteur ; et d'autre part de pointer, en fonction de la situation individuelle, une série d'actions à entreprendre pour renforcer la résilience de l'entreprise. "Le test doit se positionner comme un outil de transition vers le développement durable plutôt qu'un simple test visant à diminuer ses vulnérabilités présentes et futures", écrivent les auteurs de l'étude. "C'est un peu une logique d'assurance, résume Marek Hudon. Ce test de résilience, c'est un coût aujourd'hui mais qui permet de minimiser les conséquences des "mégatendances" que nous avons pointées dans l'étude, en s'y préparant au plus tôt."Ce travail prospectif, les grandes entreprises le font avec les propres services ou en sollicitant des consultants externes. Les PME n'ont, en revanche, pas vraiment le temps ni les moyens de mener un tel travail. D'où l'intérêt d'un test initié par les pouvoirs publics. "Les PME, c'est le grand enjeu, estime Marek Hudon. Ce sont elles qui créent la résilience d'un tissu économique, car elles sont par nature plus malléables, plus agiles. La crise sanitaire a montré la résilience de ce tissu, notre économie n'est pas tombée dans une profonde récession. Nous avons pu le faire car le choc touchait directement notre santé. La question est aujourd'hui de savoir si nous pourrons le faire pour d'autres types de choc, par exemple environnementaux." Des efforts sont clairement entrepris dans le domaine de l'énergie, au profit des sources renouvelables. Mais, dit le professeur de Solvay, "il s'agit là de la partie de la transition la plus facilement compatible avec l'économie de marché". Quand il faudra revoir des approvisionnements, des choix de matériaux, des procédés industriels, ce sera nettement plus compliqué. Une des clés, selon lui, sera la manière dont les futures réformes fiscales prendront en compte, ou pas, toutes les externalités entourant la fabrication et la commercialisation d'un bien. Ces taxations ciblées pousseront les prix vers le haut, accentuant encore les discussions sur le pouvoir d'achat. "La transition va coûter cher, il y a un consensus académique entre les économistes sur ce point, concède Marek Hudon. Elle ne sera dès lors socialement acceptable que si elle est couplée à une redistribution."A priori, les entreprises n'apprécient pas plus les prix élevés que les consommateurs. Mais le choc sanitaire a peut-être incité à adapter les stratégies sur ce plan. L'une des leçons de la crise, selon ce professeur de Finances, c'est en effet que les entreprises qui avaient entretenu des partenariats de longue date avec leurs fournisseurs ont été ré-approvisionnées plus vite que celles qui sautaient d'un contrat à l'autre pour obtenir les meilleurs prix. "Viser le moindre coût vous rend aussi moins résilient, résume Marek Hudon. S'il y a une chose que les entreprises aiment encore moins que des prix élevés, c'est l'incertitude, par exemple sur les délais de livraison de leurs fournisseurs. La rupture des chaînes d'approvisionnement les a mises sous tension permanente, au point parfois de frôler l'épuisement, le burn-out organisationnel." Il invite à prendre ces éléments en considération dans les marchés publics, à travers lesquels le politique peut, dit-il, "jouer un grand rôle". "C'est facile de toujours aller au moins cher, il faut pouvoir intégrer des critères sociaux et environnementaux, pas seulement financiers, conclut Marek Hudon. Un accompagnement des fonctionnaires qui rédigent les cahiers de charges peut être très utile sur ce plan. Et on pourrait, pourquoi pas, faire la même chose pour les marchés de fournitures des entreprises."