Le 3 juillet dernier est entrée en vigueur la fameuse directive européenne 32019L0904 qui interdit la mise sur le marché d'un certain nombre de plastiques à usage unique: les bâtonnets de coton-tige, les touillettes, les pailles, les couverts, les assiettes, les tiges de ballon de baudruche, les gobelets (et leurs couvercles) et contenants en polystyrène expansé destinés à accueillir des produits alimentaires, etc. Depuis son vote en 2019, l'économie circulaire, déjà bien en marche, a subi une solide accélération. Elle fait partie de ce qu'on appelle la stratégie des 4 R: refuser (éviter la production de déchets en changeant son comportement d'achat), réutiliser, recycler et recouvrir (encore récupérer quelque chose de ce qui part à la décharge ou à l'incinérateur, par exemple produire de l'énergie au départ de plastique non recyclable). Réutiliser, c'est, par exemple, n'utiliser que des contenants consignés. C'est, en quelque sorte, "retour vers le futur" puisqu'il n'y a pas si longtemps, le laitier déposait ses bouteilles en verre sur le pas de votre porte et venait les rechercher, le brasseur faisait de même avec ses bacs d'eau ou de bière. Les contenants en verre étaient nettoyés et réutilisés. Puis le plastique est arrivé, à usage unique.
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Le 3 juillet dernier est entrée en vigueur la fameuse directive européenne 32019L0904 qui interdit la mise sur le marché d'un certain nombre de plastiques à usage unique: les bâtonnets de coton-tige, les touillettes, les pailles, les couverts, les assiettes, les tiges de ballon de baudruche, les gobelets (et leurs couvercles) et contenants en polystyrène expansé destinés à accueillir des produits alimentaires, etc. Depuis son vote en 2019, l'économie circulaire, déjà bien en marche, a subi une solide accélération. Elle fait partie de ce qu'on appelle la stratégie des 4 R: refuser (éviter la production de déchets en changeant son comportement d'achat), réutiliser, recycler et recouvrir (encore récupérer quelque chose de ce qui part à la décharge ou à l'incinérateur, par exemple produire de l'énergie au départ de plastique non recyclable). Réutiliser, c'est, par exemple, n'utiliser que des contenants consignés. C'est, en quelque sorte, "retour vers le futur" puisqu'il n'y a pas si longtemps, le laitier déposait ses bouteilles en verre sur le pas de votre porte et venait les rechercher, le brasseur faisait de même avec ses bacs d'eau ou de bière. Les contenants en verre étaient nettoyés et réutilisés. Puis le plastique est arrivé, à usage unique. C'est justement contre le déchet à usage unique que Sébastien Laloux a décidé de se dresser. Ce Bruxellois a eu l'illumination lors d'un séjour en Italie en 2019. Il a vu sur une place de San Gimignano une poubelle au dimension particulière: elle était spécialement adaptée aux boîtes à pizza! Un des pires déchets de la planète puisqu'il s'en jette 4 milliards annuellement (quasi 17 millions en Belgique). Et, contrairement à ce que beaucoup pensent, elle ne peut émarger à vos autres papiers et cartons déposés sur la rue pour ramassage puisqu'elle est sale et grasse. Sébastien Laloux a toujours travaillé dans l'événementiel. D'abord comme pilote du robot Asimo pour le compte de Honda et, ensuite, comme freelance auprès de l'agence Eponym. La pandémie a, hélas!, eu raison de son travail au printemps dernier. "J'ai décidé d'explorer un projet de boîte à pizza réutilisable grâce au programme Tremplin Indépendants de l'Onem. Je touche le chômage tout en développant un projet en indépendant complémentaire. C'est limité à un an et l'Onem contrôle. Mais la pandémie a permis de prolonger ce statut en ne tenant pas compte, notamment, des six mois entre octobre 2020 et mars 2021. Les résultats d'une enquête personnelle auprès de près de 500 personnes m'ont convaincu de la pertinence du projet." Sébastien Laloux utilise du polypropylène, un plastique inusable, indéchirable, stérilisable, inodore, sans danger pour la santé et recyclable. Même si, dans l'Union européenne, il est encore temporairement interdit (ce n'est plus le cas aux Etats-Unis) d'utiliser du polypropylène recyclé pour les contenants alimentaires. Pour mettre au point sa boîte à pizza qu'il a appelée bwat, il a fait appel à l'ASBL Sirris, un centre collectif de l'industrie technologique qui aide les entreprises, petites et grandes, à faire des choix technologiques durables. "Nous avons travaillé sur le design et le matériel pendant près de quatre mois, se souvient Sébastien Laloux. Via une impression 3D, ils m'ont sorti un premier prototype à 70% de sa taille réelle. Après affinage, j'ai désormais un bon prototype à taille réelle. C'est la bonne matière mais il est plus fragile puisque c'est une impression 3D. J'ai opté pour une dimension de 33,5 cm de diamètre intérieur, soit un poil plus grande que la boîte à pizza standard. Le couvercle et le plateau se plient, tous deux en deux, afin de rentrer facilement dans un lave-vaisselle, un des grands enseignements de mon enquête personnelle. Evidemment, ce sont les côtés sales du plateau qui se retrouvent à l'extérieur... Enfin, ce même plateau est rugueux pour éviter que le produit ne glisse. Car, évidemment, cette boîte réutilisable est aussi destinée aux boulangers et pâtissiers ou aux producteurs de quiches. C'est pour cela que la bwat fait six centimètres de haut, beaucoup plus que pour une simple pizza." La boîte sera produite en Belgique, un choix essentiel pour Sébastien Laloux. Deux sous-traitants de la région de Liège se chargeront des moules et de l'injection du polypropylène. Pour soutenir sa société Bwat Bel, nouvellement créée, il a lancé une opération de crowdfunding sur Ulule qui a récolté près de 15.000 euros, soit bien plus que l'objectif fixé (10.000). Mais cela ne suffira pas. "Je vais contracter un emprunt bancaire pour lancer la fabrication des deux moules. Chacun coûte des dizaines de milliers d'euros avec un délai de quatre à cinq mois. Les premières boîtes seront disponibles à la fin de l'année. J'en ai déjà 200 en commande via Ulule. Le supplément du crowdfunding sera consacré à l'achat d'un vélo-cargo pour les livraisons des boîtes dans Bruxelles." La bwat sera vendue 25 euros. Entre autres sur le site de bwat où, pour éviter de tout jeter en cas de problème, chacune des deux parties sera aussi vendue séparément. Sébastien Laloux a déjà de nombreuses touches avec des restaurants ainsi que des boulangers. Il a aussi des contacts avancés avec des sociétés spécialisées dans la fourniture et la consigne de contenants alimentaires et dont la bwat complèterait parfaitement la gamme. Car le fondement du projet de Sébastien Laloux est de créer un circuit de réutilisation de sa boîte. "Je pourrais commencer avec ces sociétés qui ont déjà leur réseau et auxquelles je me contenterais de vendre les boîtes. Pour mes clients à moi, tout est imaginable. Le plus simple est évidemment que le consommateur qui achète la boîte chez moi ou auprès de son boulanger ou de sa pizzeria préférée la lave et la réutilise au prochain achat. Ou l'échange contre une autre." Si ce beau projet porte ses fruits, Sébastien Laloux a déjà des évolutions en tête, comme, par exemple, des intercalaires qui permettraient d'acheter des petits gâteaux au lieu d'une tarte complète...A Bruxelles, Laurent Halmes a le même souci de l'élimination du déchet à usage unique. Passionné d'écologie depuis longtemps, cet ingénieur de gestion formé à HEC Liège est tombé un jour sur une étude d'Ademe, l'agence de transition écologique du gouvernement français. Elle comparait les performances de durabilité de la consigne face au recyclage via les bulles à verre. Les résultats sont imparables: laver des bouteilles et des bocaux en verre pendant trois minutes à 80° émet 90 g de CO2 par litre ; fondre du verre récupéré à la bulle à 1.500° pendant 24 heures en émet 450 g. Soit 76% d'énergie consommée en moins pour la consigne. En outre, cette dernière génère 20 fois moins de déchets. On considère, en effet, qu'un contenant en verre peut être utilisé et lavé, en moyenne, 20 fois. Seulement 20 fois? Oui, pour trois raisons: la casse, un consommateur distrait qui va le mettre à la bulle à verre et l'usure progressive du verre face au nettoyage (50 cycles maximum). "Si c'est plus écologique, pourquoi ne le faisait-on pas, me suis-je alors demandé, confie Laurent Halmes, un ancien chef de projet IT et business analyst chez Lampiris. Simplement parce que pour bon nombre de producteurs, ce n'est pas leur métier et cela nécessite des installations et des investissements conséquents. Il y a un an, j'ai donc décidé de lancer Bring back. La société sera créée sous peu. Actuellement, j'émarge au chômage sous le statut autocréateur d'emploi. Je suis en couveuse chez Step Entreprendre, une coopérative d'activités de Liège. Ce n'est évidemment pas un chèque en blanc, l'Onem vérifie que le projet avance. Et ce statut favorable est limité dans le temps." Le service proposé est complet. Bring back achète et livre les bocaux, les couvercles, les casiers et les étiquettes (réalisées à façon par des imprimeurs spécialisés afin qu'elles disparaissent au lavage) au producteur qui les utilise pour vendre ou distribuer son produit. Puis le consommateur achète, paie une consigne et ramène le contenant au point de vente. Enfin, Bring back récupère les contenants, les trie, les lave, les contrôle et les remets en palette. Et ainsi de suite... A qui s'adresse ce service? "La palette de clients est vaste, poursuit Laurent Halmes. Des producteurs de confitures, de miel, de sauces, de yaourts, de lait, de tartinables en général mais aussi de boissons et de soupes. Sans oublier les vendeurs de plats préparés. Bring back, c'est de l'économie de la fonctionnalité. Le producteur, au lieu d'acheter un emballage jetable, paie pour l'utilisation d'un contenant qui a de multiples vies. Nous sommes un acteur de la transition écologique avec le but avéré de diminuer les déchets et l'empreinte carbone de ce secteur. Plus grand est le volume, plus massif est l'impact." Jusqu'ici, Laurent Halmes assure une bonne partie du cycle logistique lui-même, et un sous-traitant gère le nettoyage. Mais vu la maturité du produit, les clients existants (magasins Le Bon Wagon, producteurs fermiers, etc.) et les demandes qui affluent (notamment de grands groupes actifs dans l'agroalimentaire au sens large du terme), il est temps de passer au mode industriel. Pour ce faire, il négocie actuellement un partenariat avec le groupe Terre, une constellation d'entreprises à forte responsabilité éco-sociale de la région liégeoise. "L'idée est de tout internaliser, conclut Laurent Halmes. La logistique et le nettoyage. D'ici à la fin de l'été, nous allons, ensemble, ouvrir un hall pour entreposer l'ensemble des contenants. D'ici à la fin de l'année, dans un autre espace, nous allons installer des laveuses qui vont pouvoir traiter tous les contenants et de grands volumes, histoire de pouvoir gérer de très gros clients. Le nettoyage et la manutention seront réalisés par des travailleurs en insertion, une des raisons d'être du groupe Terre. Bring back va alors ajouter une dimension sociale à sa vocation économique. Avec l'internalisation du nettoyage, l'idée est aussi de rajouter un autre service, plus réduit celui-là: le nettoyage à façon et la logistique de la consigne." Les discussions avec le groupe Terre sont toujours en cours et de leur issue dépendra la structure de l'actionnariat de la société Bring back qui sera créée dans la foulée. Pas certain donc que Laurent Halmes y soit majoritaire, vu le niveau des investissements à consentir.