Esthète raffiné, il avoue avoir un faible pour le mobilier français des années 1960, le style du couturier Yves Saint Laurent, les maisons aériennes de l'architecte John Lautner et les souliers vernis du chausseur Pierre Corthay. Mais sa vision de la mode et du design n'est pas élitiste pour autant. La preuve : Stephan Salberter dit aussi apprécier la notion de " masstige " - contraction des termes anglais mass market et prestige - qui se définit par l'accessibilité de certains produits de luxe au plus grand nombre.
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Esthète raffiné, il avoue avoir un faible pour le mobilier français des années 1960, le style du couturier Yves Saint Laurent, les maisons aériennes de l'architecte John Lautner et les souliers vernis du chausseur Pierre Corthay. Mais sa vision de la mode et du design n'est pas élitiste pour autant. La preuve : Stephan Salberter dit aussi apprécier la notion de " masstige " - contraction des termes anglais mass market et prestige - qui se définit par l'accessibilité de certains produits de luxe au plus grand nombre. Parfaitement illustré avec la collection exclusive de Karl Lagerfeld pour la chaîne de mode H&M au milieu des années 2000, le " masstige " est beaucoup plus qu'un simple gadget marketing. C'est un vrai concept que Stephan Salberter veut aussi défendre au quotidien dans sa double fonction de directeur général de la chaîne d'information LN24 et de managing director de l'école 19 à Bruxelles. En clair : la diffusion d'un savoir de qualité au plus grand nombre ; une espèce de " masstige " intellectuel en quelque sorte. Le goût prononcé de Stephan Salberter pour le beau accessible à tous est probablement inscrit dans les gènes de l'intéressé. Ce " kiekefretter " comme il se définit lui-même - le surnom des vrais Bruxellois (littéralement " mangeur de poulet ") - possède en effet des branches stylistiques dans son arbre généalogique. Son père et son grand-père paternel étaient importateurs et distributeurs de chaussures à Uccle, tandis que sa grand-mère maternelle était une modiste reconnue dont la boutique Kersel sur l'avenue Louise comptait jadis parmi les fournisseurs brevetés de la Cour. Un nom que l'élégant barbu exhumera d'ailleurs des cartons familiaux lorsqu'il fondera, bien des années plus tard, sa propre société de management après un long parcours passé dans l'univers bancaire... Mais ne brûlons pas les étapes ! Elève moyen dans les années 1980, l'adolescent Stephan Salberter se passionne peu à peu pour l'économie, la communication et les médias. Il vise dans un premier temps l'Institut des hautes études des communications sociales (Ihecs) et réussit d'ailleurs l'examen d'entrée, mais sa mère refuse qu'il se perde dans " des études de saltimbanque " ( sic) et le dirige plutôt vers la faculté de droit à l'Université Saint-Louis de Bruxelles. Toutefois, durant deux années académiques, le jeune homme s'occupe davantage du fanzine étudiant et de l'organisation de Miss Saint-Louis, délaissant ses cours de droit romain et de droit constitutionnel. Bref, l'échec est inévitable et Stephan Salberter, contraint d'effectuer à terme son service militaire, choisit alors d'arrêter momentanément ses études pour remplir ses obligations nationales. Prématuré, ce passage sous les drapeaux sera cependant salutaire. Au terme d'une année vécue en immersion néerlandophone, le milicien est non seulement devenu bilingue, mais il a surtout reçu la révélation : il fera bel et bien des études de communication, n'en déplaise à maman. En 1992, il s'inscrit à l'Institut supérieur de formation sociale et de communication (ISFSC) pour un cycle de trois ans qu'il réussit " les doigts dans le nez " ( sic). Ses différents stages lui font découvrir le département de communication interne de la Générale de Banque, mais aussi les rédactions de RTL-TVI et de la RTBF où il signe plusieurs reportages. Diplôme en poche, il décroche quelques piges comme journaliste au boulevard Reyers mais une opportunité de contrat se dessine rapidement dans le monde bancaire et, au printemps 1996, Stephan Salberter décide donc d'intégrer le service Corporate communications de la banque explorée durant ses stages et qui deviendra Fortis. Ce premier emploi salarié marque le début d'une longue période de 20 ans qui sera entièrement dédiée aux institutions financières. De Fortis à ING en passant par ABN Amro et la Deutsche Bank, l'homme construit doucement une carrière d'expert en communication bancaire qui épousera étonnamment l'axe historique du train à grande vitesse Thalys. Au cours de ce périple singulier où il ne cessera d'endosser toujours plus de responsabilités, il travaillera et vivra en effet à Bruxelles, Paris - sa ville préférée - et Amsterdam. Après une dernière expérience bancaire comme directeur de la communication d'ING où il dirige une équipe de 40 personnes de 2013 à 2017, Stephan Salberter décide brusquement de changer de vie à l'aube de la cinquantaine. " J'avais envie de créer ma propre histoire, reconnaît ce père de deux enfants. Je viens d'une famille d'entrepreneurs et je me suis dit que c'était le bon moment pour lancer ma boîte afin de partager mon expérience et accompagner les marques dans des projets qui font sens. " Le 1er novembre 2017, l'expert en communication fonde alors la société Kersel dont la baseline est " Brand revealer " (révélateur de marque). Un de ses premiers clients n'est autre que John-Alexander Bogaerts, fondateur du cercle d'affaires B19, avec qui il nourrit le désir d'ouvrir une nouvelle école à Bruxelles. A l'époque, les deux hommes sont fascinés par le projet du multi-entrepreneur français Xavier Niel qui a fondé l'école 42 à Paris, un centre d'autoformation en codage informatique, accessible à tous, sans professeur ni diplôme. Le concept séduit John- Alexander Bogaerts qui obtient le feu vert du fondateur pour créer une antenne à Bruxelles sous l'appellation école 19 (en référence au cercle d'affaires) et sous la direction de Stephan Salberter. Lancée en mai 2018, ce centre de formation atypique compte aujourd'hui 250 étudiants et autant d'ordinateurs Apple désormais rassemblés dans les locaux de BeCentral, le campus de transformation numérique situé au-dessus de la gare Centrale à Bruxelles. " L'école 19 ne serait pas devenue ce qu'elle est aujourd'hui sans Stephan aux commandes, témoigne son ami John-Alexander Bogaerts. Le résultat est à 200% positif et c'est dû aussi à sa personnalité : Stephan cultive l'art de ne froisser personne ! Cela me fait rire car je ne l'ai jamais vu se fâcher. Il fait toujours preuve d'une grande diplomatie et, franchement, il aurait pu faire une belle carrière d'ambassadeur ! " Ce trait de caractère singulier n'est sans doute pas étranger à l'arrivée de Stephan Salberter comme manager de transition, il y a quelques mois, chez LN24. Lancée en septembre 2019, la première chaîne d'info en continu de Belgique s'était en effet perdue dans le brouillard de " la télé de papa ", délaissant bizarrement les canaux digitaux. Ce choix étonnant était d'ailleurs une source de tension réelle entre les trois fondateurs de LN24, à savoir les journalistes Joan Condijts et Martin Buxant, d'une part, et le producteur Boris Portnoy, d'autre part. Une situation qu'il fallait absolument déminer et qui a finalement conduit à l'éviction du dernier cité, pourtant CEO de la chaîne. En mai dernier, Joan Condijts et Stephan Salberter ont été respectivement promus CEO et directeur général de la chaîne d'info, donnant à LN24 une nouvelle dimension. " J'ai toujours été fortement inspiré par les duos à la tête des grandes entreprises, confie celui qui est aussi managing director de l'école 19 : Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, Tom Ford et Domenico De Sole chez Gucci, etc. Les marques de luxe m'inspirent beaucoup et, dans mon travail chez LN24 comme à l'école 19, je me considère davantage comme un directeur artistique. " Si Joan Condijts aime souligner l'élégance de son comparse " dans le geste, sa façon d'être et sa façon de travailler ", il tient toutefois à le taquiner sur son " langage très corporate ". " Stephan n'arrête pas de parler en franglais et on en rigole volontiers, tacle gentiment le CEO de LN24. Mais il est clair que nous formons un vrai duo. Il est dans l'opérationnel pur avec les mains dans le cambouis, tandis que je suis davantage le visage et le stratège de la chaîne. Nous sommes extrêmement complémentaires. " Arrivé récemment à la tête du conseil d'administration de la chaîne d'information, le multi-entrepreneur Philippe Lhomme confirme également cet état de fait : " Je ne sais pas pourquoi mais j'avais un a priori défavorable concernant Stephan Salberter quand on m'a proposé la présidence du CA de LN24, raconte-t-il. Or, je ne le connaissais pas du tout ! En fait, je m'attendais à voir un homme très 'théorique' avec un ego surdimensionné, mais j'avais tout faux ! J'ai découvert quelqu'un de très pratique et de très opérationnel qui apporte beaucoup dans la structuration du projet LN24. C'est le vrai COO de l'entreprise. " S'il avoue travailler " entre 60 et 70 heures par semaine ", Stephan Salberter reste malgré tout attentif aux rites familiaux. Certes, cet indéfectible lève-tôt débarque chaque matin à LN24 pour accueillir l'invité de Martin Buxant à 7h30, mais il se fait un point d'honneur à être physiquement présent à la table familiale pour le repas du soir à quatre, programmé à 19h30. Imperméable au concept de la retraite, cet amateur de jazz, de boeuf et de chemises blanches semble parti pour durer, " à l'instar de l'acteur cinéaste Clint Eastwood qui travaille encore à 90 ans " ( sic). L'envie est d'autant plus palpable que Stephan Salberter nourrit encore quelques projets professionnels, comme celui de lancer sa propre marque de mode ! " Je collabore actuellement avec une couturière qui a déjà réalisé deux patrons pour moi, révèle l'esthète qui adore les vestes très workwear de la marque espagnole Man 1924. Je devais aller cette année à Florence pour le salon Pitti Filati consacré aux tissus, mais le coronavirus a tout suspendu. A vrai dire, c'est un projet que je mène avec Christian Loos qui dirige l'agence de branding Kitchen à New York et pour lequel nous réfléchissons déjà à la stratégie de distribution. On vit une époque où tout est possible et c'est très excitant de savoir que l'on peut aujourd'hui créer une marque mondiale depuis chez soi. " Même une marque de mode. Et pourquoi pas " masstige " ? C'est dans les gènes, paraît-il...