Quel est le point commun entre le Palais de l'Elysée, les Jeux olympiques de Tokyo, les Ramblas de Barcelone et la famille royale britannique? Tous bénéficient d'un ange gardien belge. Ou plus exactement de barrières de sécurité fabriquées à Bruxelles et dont le système mobile est unique au monde.
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Quel est le point commun entre le Palais de l'Elysée, les Jeux olympiques de Tokyo, les Ramblas de Barcelone et la famille royale britannique? Tous bénéficient d'un ange gardien belge. Ou plus exactement de barrières de sécurité fabriquées à Bruxelles et dont le système mobile est unique au monde. Née en 2016 en pleine vague d'attentats islamistes, la société belge Pitagone s'est en effet forgé une solide réputation dans la lutte contre le terrorisme avec un concept innovant qui a rapidement séduit les forces de police de différents pays. "Nous avons créé des barrières modulables qui sont capables d'arrêter, sur une distance de 30 mètres, un camion-bélier de 7,5 tonnes lancé à près de 50km/h, explique Marc Weissberg, CEO de Pitagone. Le principe s'inspire un peu du judo, c'est-à-dire que l'on utilise la force et l'énergie de l'adversaire, en l'occurrence le camion, pour l'arrêter grâce à un système de balancier. Dès qu'il y a un choc, la barrière va pivoter et trouver un ancrage dans le sol pour stopper le camion-bélier." Inédit, le concept développé par Pitagone a été breveté, puis certifié en 2017 par un organisme allemand de référence qui a donné à l'entreprise bruxelloise une certaine crédibilité sur le marché de la sécurité, tests à l'appui. A l'époque, le climat était plutôt anxiogène après les attentats au camion-bélier de Nice et de Berlin en 2016, puis de Barcelone l'année suivante. Les forces de police étaient alors sur les dents, d'autant plus que les systèmes de sécurité habituels consistaient surtout en des bollards - de lourds cylindres fixés dans le sol - pas toujours adaptés à une lutte efficace contre cette nouvelle forme de terrorisme sur roues. La dimension mobile des barrières conçues par Pitagone et la flexibilité des solutions apportées par l'entreprise belge vont rapidement susciter la curiosité, puis l'intérêt des autorités policières et des organisateurs d'événements. "En 2018, nous avons participé à notre tout premier salon professionnel à Londres et décroché un contrat auprès de la Metropolitan Police, raconte le CEO Marc Weissberg. C'était la première fois que cette institution achetait du matériel à l'étranger pour équiper ses propres systèmes de sécurité. Aujourd'hui, nos barrières sont utilisées lorsque la Metropolitan Police doit protéger la famille royale britannique lors de ses déplacements en dehors de Buckingham Palace." Inespérée, cette référence couronnée va réellement lancer Pitagone sur le marché. En quelques mois, l'entreprise belge multiplie les contrats et gagne la confiance d'autres institutions de prestige. Le cimetière d'Arlington, haut lieu du tourisme américain (où sont enterrés deux anciens présidents de Etats-Unis dont John Fitzgerald Kennedy), s'est ainsi équipé de barrières de sécurité belges. Ces remparts mobiles ont notamment servi à sécuriser ce lieu de mémoire il y a tout juste un an, lorsque le président Joe Biden est venu se recueillir, le jour de son investiture, sur la tombe du Soldat inconnu. A Paris, ce sont les services de police de l'Elysée qui ont choisi les remparts de Pitagone pour assurer la sécurité du président français. Histoire de fondre ces éléments a priori disgracieux dans l'élégant décor du palais parisien, les barrières belges ont été teintées d'un vert plus discret, ce qui souligne un autre atout de l'entreprise bruxelloise: ses systèmes mobiles peuvent être "customisés", en affichant ici une couleur souhaitée par le commanditaire ; là, le logo d'un organisateur d'événements qui souhaiterait plus de visibilité sur des lieux sécurisés. A côté des institutions "sensibles", la mission de Pitagone consiste en effet à distiller aussi son expertise dans des endroits dévolus aux grands rassemblements festifs, sportifs ou culturels. Marchés de Noël, concerts, matchs de football, spectacles, tournois de tennis, etc. Ces événements peuvent être également la cible de terroristes potentiels et des barrières de sécurité doivent donc être idéalement déployées pour prévenir tout risque d'attentat au camion-bélier. Dans leur liste de clients, les Belges de Pitagone comptent ainsi les organisateurs de plusieurs grands-messes sportives comme les Internationaux de Roland Garros, les demi-finales et finale de l'Euro de football à Londres en 2021, ainsi que plusieurs tournois de rugby. Au Japon, l'entreprise bruxelloise a aussi décroché un important contrat pour assurer la sécurité des spectateurs aux entrées des stades pour les derniers Jeux olympiques de Tokyo. "En raison de la pandémie et de l'absence de public dans les stades, les organisateurs n'ont finalement pas acheté tout ce qui avait été prévu, mais cela reste malgré tout une belle référence pour nous", précise le CEO Marc Weissberg. Promise à un bel avenir dès son lancement, Pitagone a quelque peu souffert des mesures sanitaires ces deux dernières années puisque de nombreux spectacles, marchés de Noël et manifestations sportives ont été soumis à de sérieuses restrictions ou tout simplement été annulés. "Nous avons été freinés dans notre développement avec le Covid-19, mais nous restons malgré tout optimistes, car les contrats et les options se multiplient, se réjouit Marc Weissberg. Aujourd'hui, nos barrières de sécurité sont présentes dans plus de 40 pays et nous venons d'ailleurs de signer un très gros contrat en Allemagne avec le groupe Volkmann qui est un des leaders européens du secteur des équipements de la route. Il va distribuer notre produit dans tout le pays avec des objectifs ambitieux." A Dubaï, l'entreprise belge est également présente sur le site de l'Exposition universelle et sera bientôt active sur les terres d'un autre émirat puisque Pitagone vient d'être retenue parmi les rares sociétés qui assureront la sécurité à l'entrée des stades et des fans zones au Qatar lors de la prochaine Coupe du monde de football à l'automne 2022. Actuellement en négociations pour sécuriser aussi les Jeux olympiques de Paris en 2024, la société bruxelloise poursuit donc sa belle success story. Le chiffre d'affaires de Pitagone s'apprête d'ailleurs à exploser avec la signature des derniers contrats et, sans doute, la concrétisation de plusieurs commandes à venir. De 2,5 millions en 2021, il pourrait être multiplié par trois, quatre, voire cinq à la fin de cette année. "Nous touchons à peine 1 à 2% du marché, conclut le CEO Marc Weissberg. Il y a un énorme potentiel et nous savons que nous pouvons y jouer un rôle plus important encore." Chez Pitagone, la barre des 5.000 barrières produites par an sera donc bientôt franchie et c'est tout bénéfice pour l'économie locale puisque ces remparts mobiles sont produits par Travie, la plus grande entreprise de travail adapté à Bruxelles, avec de l'acier 100% belge.