Il vient d'être inauguré sur le parking du Heysel, juste à côté du Palais 12 où se donnent habituellement des concerts : agencé sur sept lignes bien distinctes, le premier centre de dépistage du Covid-19 en mode drive-in de Bruxelles a ouvert ses portes ce jeudi, pour répondre à la demande croissante de tests sur fond de recrudescence de l'épidémie.
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Il vient d'être inauguré sur le parking du Heysel, juste à côté du Palais 12 où se donnent habituellement des concerts : agencé sur sept lignes bien distinctes, le premier centre de dépistage du Covid-19 en mode drive-in de Bruxelles a ouvert ses portes ce jeudi, pour répondre à la demande croissante de tests sur fond de recrudescence de l'épidémie. Si l'opérateur médical de cette structure inédite en Région bruxelloise n'est autre que le CHU Saint-Pierre, le grand organisateur de ce singulier drive-in est un spécialiste du secteur de l'événementiel : c'est en effet à Brussels Major Events (BME), l'ASBL qui gère les grands rendez-vous festifs de la capitale, comme Plaisirs d'Hiver ou Hello Summer, qu'a été confiée la responsabilité d'orchestrer ce nouveau centre de dépistage qui ambitionne de réaliser 1.800 tests par jour. "C'est une façon d'apprendre un nouveau métier, relativise Olivier Mees, directeur du Brussels Major Events, fortement touché par la crise. Avec le coronavirus, nous avons dû nous adapter et revoir notre façon de travailler, non seulement pour continuer à animer la ville, mais aussi pour inciter le public à respecter les mesures d'hygiène et l'accompagner dans ces moments compliqués. Notre implication dans le nouveau drive-in médical du Heysel est un exemple de réorientation parmi d'autres." Le BME s'adapte depuis le tout début du confinement. Contraint de suspendre les festivités programmées, l'opérateur événementiel de la Ville de Bruxelles avait apporté son soutien logistique aux autorités en organisant la fabrication de masques, avant de prendre en charge la signalétique et l'encadrement des règles de sécurité lors de la réouverture des marchés et des rues commerçantes au mois de mai (flux de circulation organisé, respect de la distanciation physique, mise à disposition de gel hydroalcoolique, etc.). Depuis, l'ASBL tente de reprendre le cours normal de ses activités, en tenant compte des nouvelles contraintes imposées par le Conseil national de sécurité. Toujours interdits, les rassemblements de masse ont ainsi fait place à de plus petits événements ciblés cet été, ce qui a permis à l'organisateur public de respecter les plafonds successifs de 400 puis de 200 personnes pour les manifestations extérieures. "Avec la pandémie, les gens pensent que nous avons moins travaillé ces derniers mois, mais c'est tout le contraire, confie Delphine Romanus, directrice adjointe du BME. Nous avons organisé beaucoup plus d'événements à petite échelle, dans des lieux éclatés, avec des interlocuteurs différents, en démultipliant les réunions et le nombre d'artistes sur place. Tout cela dans le respect des normes, ce qui allonge la liste des contraintes. " Contrairement à d'autres acteurs du secteur qui ont dû stopper toute activité, comme les organisateurs de salons professionnels, de foires commerciales ou de séminaires, le BME, qui n'a donc pas chômé cet été, a à son actif plus de 200 journées d'opérations événementielles malgré ces temps chahutés. Affairé, son directeur n'est pas rassuré pour autant, au vu des toutes dernières mesures prises par le gouvernement, telle l'interdiction des marchés de Noël pendant un mois. Or dans cinq semaines, Plaisirs d'Hiver, l'événement-phare de la Ville de Bruxelles, devrait planter ses chalets au coeur de la capitale ; à l'heure où nous rédigeons ces lignes, Olivier Mees ne sait toujours pas s'il pourra avoir lieu. Ces festivités de Noël, prévues du 27 novembre au 3 janvier prochain, ont accueilli l'année dernière près de 3,4 millions de visiteurs et généré plus de 130 millions d'euros de retombées économiques. Leur annulation serait un nouveau désastre pour le secteur horeca, déjà étranglé par la crise et qui compte quelque 30.000 travailleurs en Région bruxelloise. " Nous avons imaginé une version beaucoup plus aérée cette année, avec sans doute deux fois moins d'exposants ( l'édition 2019 de Plaisirs d'Hiver avait accueilli 240 emplacements, Ndlr) ; nous devrons présenter un dossier acceptable du point de vue sanitaire, mais ce sera de toute façon le bourgmestre qui décidera ", rappelle Olivier Mees. En attendant, les équipes du BME travaillent d'arrache-pied sur ce projet de fin d'année, comme elles l'avaient fait du reste pour la Foire du Midi, annulée cinq jours avant son ouverture. "Faire et défaire, ce n'est pas gai, bien évidemment, mais cette frustration fait partie du métier, enchaîne Olivier Mees. Dans l'événementiel, il faut savoir jongler avec l'incertitude. Là n'est toutefois pas le plus important : ce qui m'inquiète plutôt aujourd'hui, c'est le manque de reconnaissance de nos activités. Notre secteur est un vrai levier économique, ce dont témoigne notre rapport d'activité pour l'exercice 2019 ( une année qui a vu Bruxelles accueillir le départ du Tour de France, Ndlr), mais ce travail n'est pas reconnu à sa juste valeur. Pour cela, il faudrait structurer davantage le secteur. Il faut qu'il se renforce et il ne peut se développer que si les acteurs privés s'investissent plus intensément. Nous manquons de cadres dans l'événementiel et nous sommes encore loin de l'exemple de Montréal, qui reste mon modèle pour Bruxelles." Olivier Mees ne s'en est jamais caché : la ville canadienne est sa source d'inspiration, lui qui voudrait transformer Bruxelles en une véritable métropole événementielle, avec toutes les retombées en termes de développement économique et de changement social que cela induirait. Depuis de nombreuses années déjà, Montréal a fait des industries créatives le fer de lance de sa croissance. La naissance du mythique Cirque du Soleil, en 1984, suivie de l'implantation progressive du Quartier des spectacles dans les années 2000, a donné à la ville un rayonnement considérable et montré que l'événementiel pouvait devenir, au fil du temps, un modèle de réussite nationale et internationale. Pour passer à la vitesse supérieure et tendre vers le modèle montréalais, Bruxelles a donc besoin d'accélérer la professionnalisation du secteur et c'est précisément pour ça que le directeur du BME a initié un programme de formation spécifique, concrétisé avec le lancement, en septembre 2017, d'un master inédit en management d'événements à l'Ihecs. Créativité, financement, gestion du risque, ressources humaines, logistique, sécurité, etc. : tous les paramètres inhérents à l'organisation d'événements y sont enseignés en deux ans. Les premiers diplômés ont été célébrés il y a tout juste un an. Aujourd'hui, trois d'entre eux ont rejoint le BME, qui compte une trentaine d'employés, mais le coeur n'est pas vraiment à la fête. Le coronavirus a non seulement figé la profession, mais aussi refroidi les étudiants qui auraient été tentés d'embrasser une carrière dans l'événementiel. Certes, les conséquences de la crise sanitaire sur les inscriptions pour le master en management d'événements sont difficilement quantifiables, mais nul doute que l'épidémie et le "quasi-reconfinement" auront eu cette année une influence sur le choix des tout jeunes bacheliers en communication appliquée. "La fin de l'année va être très compliquée, reconnaît Olivier Mees. Nous devons naviguer à vue et convaincre sans relâche que l'événementiel est un vrai moteur économique. Si la Ville de Bruxelles veut garder cette vision, elle doit continuer à faire la promotion du BME et veiller à maintenir notre expertise, en formant davantage de personnes pour porter cette réflexion. Il nous faut devenir un nouveau laboratoire de l'espace public, chargé de travailler davantage sur des thématiques aussi diverses que le développement durable, la mobilité ou la propreté autour de nos événements. Nous devons aussi réfléchir, pourquoi pas, à un projet de Quartier de spectacles comme celui de Montréal, dont l'infrastructure permanente supprime l'inconvénient du montage et du démontage des scènes extérieures. Aujourd'hui, je suis un peu frustré de ne pas disposer d'une vraie cellule Recherche & Développement, qui me permettrait d'avancer sur ces dossiers." En attendant la concrétisation de ce projet censé booster Bruxelles, le directeur du BME espère que son "équipe Covid" - cinq équivalents temps plein chargés de faire respecter les mesures sanitaires sur les événements - sera non seulement maintenue jusqu'à la fin de l'année, mais surtout prolongée en 2021, une précaution sanitaire qui nécessiterait une rallonge budgétaire de 250.000 euros. Au-delà de ces revendications qui touchent au fonctionnement même de la structure qu'il dirige, Olivier Mees veut tirer la sonnette d'alarme sur les "oubliés" du Covid-19 : ces prestataires spécialisés dans le support technique aux arts de la scène et dans l'événementiel qui oeuvrent en coulisse. " Des centaines de PME qui apportent leur savoir-faire logistique ou technologique n'ont malheureusement pas droit à une aide appropriée, déplore le patron du BME. Personnellement, j'ai pris mon bâton de pèlerin pour alerter le monde politique, mais il faut surtout que le secteur privé leur donne du travail, dans la mesure de ses possibilités. De notre côté, nous avons par exemple mobilisé ces prestataires pour la Fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en dégageant une enveloppe de 150.000 euros pour nous attacher leurs compétences. " Une fête marquée par le concert surréaliste du 25 septembre sur la Grand-Place de Bruxelles, où moins de 400 invités ont applaudi sous une pluie battante, masqués, assis et distanciés, à l'image d'un secteur événementiel méchamment refroidi par la crise sanitaire.