L'idée paraît simple et efficace. Les entreprises les plus costaudes accordent des facilités de paiement à celles qui traversent des périodes plus délicates. En échange, elles recevraient un coup de pouce fiscal et conforteraient certainement la loyauté de leurs clients. " C'est inédit, facile activer et cela renforcerait la solidarité entre les entrepreneurs ", explique Eric Van den Broele, du bureau d'analyses Graydon, en présentant son idée dans L'Echo.
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L'idée paraît simple et efficace. Les entreprises les plus costaudes accordent des facilités de paiement à celles qui traversent des périodes plus délicates. En échange, elles recevraient un coup de pouce fiscal et conforteraient certainement la loyauté de leurs clients. " C'est inédit, facile activer et cela renforcerait la solidarité entre les entrepreneurs ", explique Eric Van den Broele, du bureau d'analyses Graydon, en présentant son idée dans L'Echo. Ce concept a priori sympathique pourrait toutefois se transformer en un dangereux boomerang pour nombre d'entreprises. C'est en tout cas le point de vue de Pascal Flisch, analyste chez Trends Business Information, qui invite à la plus grande prudence. " Alimenter le cycle commercial de leurs clients, les entreprises qui ont de la trésorerie faisaient cela bien avant la crise et l'utilisaient d'ailleurs comme argument commercial, explique-t-il. Mais généraliser ce principe aujourd'hui me paraît dangereux et susceptible d'affaiblir en cascade nos entreprises les plus saines. " Les entreprises en difficulté ont pu obtenir des reports de paiement de cotisations et un prêt bancaire garanti à 85% par l'Etat. Si vous y ajoutez du crédit entre entreprises, la facture risque en effet d'être lourde dans six ou 12 mois. Et même trop lourde si l'économie ne repart que très lentement. " Nous passerons d'un problème de liquidités à un problème de solvabilité, résume Pascal Flisch. Je crains une vague de faillites. Les entreprises saines qui en auront 'sur-aidé' d'autres pour gagner du temps risquent alors de se retrouver à leur tour très affaiblies. " L'analyste ne rejette pas le mécanisme mais recommande de choisir avec une extrême vigilance les clients qui pourraient en bénéficier. Il a en effet analysé les bilans 2018-2019 - avant la crise donc - de quelque 450.000 entreprises belges et il en ressort que 27% étaient financièrement trop faibles pour obtenir du crédit. " Avec la crise et l'inactivité forcée, cela devrait monter à 35-40%, dit-il. Ces entreprises ne pourront pas se redresser, elles ne pourront pas payer au dernier trimestre les montants reportés en début d'année. " D'où la grande circonspection de Pascal Flisch. Sa recommandation aux entreprises disposant d'un petit matelas sera donc assez cash : " Choisissez les partenaires fiables, avec lesquels vous estimez qu'une vraie chance de reprise existe, et laissez tomber les autres. Sinon, c'est votre argent qui va disparaître ".