Art-chitecture

Au premier coup d'oeil, le bâtiment, situé près du lac Taihu à Wuxi, dans la province du Jiangsu, fascine et en impose. Il s'élève au coeur d'une forêt de 365 colonnes en acier creux, stylisées façon bambous. Chacune fait 33 mètres de haut et seulement 30 cm de diamètre (un exploit ! ). " D'abord envisagés comme structure de soutien pour l'imposant dais du bâtiment, les bambous en ont été exemptés, indique Steven Chilton du bureau SCA. Nous avons opté pour un système central autoportant. Ce choix a permis d'obtenir deux effets principaux. D'abord énergétique : tout le périmètre de façade est largement ombragé par la bambouseraie. Ce qui permet un refroidissement 'passif' du bâti et la réduction de l'usage de la climatisation. Ensuite esthétique : le Wuxi jouit d'un design moderne, minimaliste et génératif obtenu par un algorithme qui maximise l'efficacité des matériaux, la distribution de la lumière réfléchie et des ombres toute l'année. " P...

Au premier coup d'oeil, le bâtiment, situé près du lac Taihu à Wuxi, dans la province du Jiangsu, fascine et en impose. Il s'élève au coeur d'une forêt de 365 colonnes en acier creux, stylisées façon bambous. Chacune fait 33 mètres de haut et seulement 30 cm de diamètre (un exploit ! ). " D'abord envisagés comme structure de soutien pour l'imposant dais du bâtiment, les bambous en ont été exemptés, indique Steven Chilton du bureau SCA. Nous avons opté pour un système central autoportant. Ce choix a permis d'obtenir deux effets principaux. D'abord énergétique : tout le périmètre de façade est largement ombragé par la bambouseraie. Ce qui permet un refroidissement 'passif' du bâti et la réduction de l'usage de la climatisation. Ensuite esthétique : le Wuxi jouit d'un design moderne, minimaliste et génératif obtenu par un algorithme qui maximise l'efficacité des matériaux, la distribution de la lumière réfléchie et des ombres toute l'année. " Principalement au niveau du dais de l'édifice, une verrière d'ombrage figurant la canopée de feuilles au sommet d'une forêt de bambous. Sa structure est une mosaïque de baies triangulaires de panneaux en aluminium anodisé or et perforés façon treillis. Cela agit comme des persiennes, orientées au hasard, pour générer en permanence des motifs de lumière et d'ombre au coeur du bâtiment. Le bambou, l'emblème évident. Implanté dans la province de Jiangsu où s'étale " La Mer de bambous " - la plus grande forêt de cette espèce en Chine -, le théâtre se drape naturellement de ce matériau chinois traditionnel et moderne. Le bureau SCA s'est cependant écarté d'une reproduction fidèle. " Nous avons choisi de livrer l'essence d'une référence culturelle locale sans l'imiter, explique Steven Chilton. C'est pourquoi nos troncs sont blancs plutôt que verts. " L'érection du nouveau Wuxi Theatre s'inscrit dans une politique de multiplication de lieux d'accueil culturels dans des villes chinoises " secondaires ". A l'échelle de la Chine, c'est à chaque fois à plusieurs millions d'habitants que sont offerts un lieu ambitieux et une offre culturelle fusionnant modernité (technologique et conceptuelle) et tradition (esthétique et référentielle). Le Wuxi Theatre est, après le Han Theatre de Wuhan et le Dai Theatre de Xishuangbanna, un troisième temps fort de cette démarche. Autre point commun entre ces trois " opéras chinois " : Franco Dragone. Le metteur en scène et entrepreneur belge file depuis des années le parfait amour avec l'Empire (culturel) du milieu. Sur chaque théâtre, il a joué un rôle-clé dans la définition du design et de la configuration des salles de spectacle où se joue en permanence une de ses créations. " Le Wuxi Theatre est une utopie végétale bardée des équipements technologiques les plus avancés en matière scénique. Imaginez un cercle d'écrans Led géants flottant au-dessus de l'auditorium de 2.000 places, des centaines de nano-treuils pour créer des effets de mouvements, une scène tournante géante inclinable à l'envi, des effets spéciaux pour l'eau, le brouillard et la fumée, s'extasie Dragone. Sur le plan technologique, notre utilisation de la vidéo amène une réelle valeur ajoutée. Elle donne un contexte à la succession des images pour créer un support scénique extrêmement efficace. On doit ce travail à une jeune société belge Drop the Spoon, fondée par des ex-Dragone. Les théâtres où nous présentons nos spectacles sont toujours de vrais organismes vivants. Mais à Wuxi, l'ensemble est réellement unique. " Dans l'écrin de Wuxi, se joue depuis fin décembre le spectacle permanent Splendor. Aquatique ? " Moins aquatique que ceux conçus pour Wuhan et Xishangbana, créés en 2014 et 2016, précise Franco Dragone. Pour ce troisième opus, nous avons renouvelé l'approche et poussé l'ultratechnologie, dimension dont les Chinois sont friands. Nous jouons à fond du plateau tournant et tiltant, de la vidéo à 360 degrés sur écrans géants, d'une technologie aérienne pointue et de chorégraphies spectaculaires réglées par des créateurs chinois hypertalentueux. " Tout cela au service de... Xi Shi, figure chinoise légendaire du 5e siècle avant J-C, dont l'histoire est liée au lac Taihu, à un jet de bambou de Wuxi. " Pour la première fois, musique et chansons servent de principal moteur à la narration, celle-ci est soutenue par les arts martiaux et des performances circassiennes classiques, décrit Franco Dragone. Le personnage central est une sorte de féministe avant l'heure. La metteuse en scène Amy Tinkham a magnifiquement compris comment en tirer un récit contemporain mais enraciné dans la tradition et les anciennes valeurs chinoises. " Par Fernand Letist.