C'était dur ", avance Frédéric Van Malleghem. Le patron de Cambio Bruxelles parle de l'arrivée, voici deux ans, des voitures partagées type Zipcar et DriveNow dans la Région de Bruxelles-Capitale, avec la bénédiction des autorités. " Cela nous a donné un coup de pied au c... pour encore améliorer le service. Et on a très bien résisté. "
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C'était dur ", avance Frédéric Van Malleghem. Le patron de Cambio Bruxelles parle de l'arrivée, voici deux ans, des voitures partagées type Zipcar et DriveNow dans la Région de Bruxelles-Capitale, avec la bénédiction des autorités. " Cela nous a donné un coup de pied au c... pour encore améliorer le service. Et on a très bien résisté. " Cambio, qui compte en Belgique 33.170 clients et 1.210 autos disponibles dans 502 stations, est pionnier de l'auto partagée dans le pays, et a démarré en 2002. Il s'agit d'une initiative de Taxistop, une organisation associative, alliée avec les sociétés de transport en commun dans chaque Région ( lire notre tableau) pour proposer une alternative à la possession d'un véhicule. Mais Cambio a fait mieux que résister. L'organisation continue à croître, ses entités juridiques sont en bénéfice, alors que ses nouveaux concurrents affichent toujours des pertes. Ce service est en tout cas le symbole de la sourde concurrence opposant depuis quelques années organisations associatives et start-up de services de mobilité partagée, un domaine auparavant peu investi par le privé. Taxistop est né à Gand en 1975, sous l'impulsion de Jan Klüssendorf. Ce fils d'un mineur allemand venu travailler dans le Limbourg avait créé l'association dans les murs de l'université de Gand, afin d'organiser les services d'autostop. Un concept développé dans l'esprit post mai 68, autour de l'idée de vivre mieux en partageant. Conducteurs et autostoppeurs s'inscrivaient chez Taxistop, qui organisait des arrêts visibles grâce à des panneaux dressés sur des lieux stratégiques - on peut d'ailleurs encore voir celui près de la station de métro Delta, à Bruxelles. Le dispositif était payant : un franc par kilomètre (2,5 cents d'euro). Depuis, ce premier service s'est développé, informatisé, " internetisé ". Il s'est organisé au niveau national, en fonctionnant avec deux ASBL, le Taxistop historique à Gand, et un autre installé à Gembloux. Le tout formant un petit groupe qui occupe actuellement 80 personnes. L'organisation a surtout lancé de nouveaux services, dont le covoiturage avec Carpool.be, notamment utilisé par les entreprises. Environ 500 sociétés y font appel aujourd'hui. Puis est venu le temps du véhicule partagé avec Cambio, inspiré d'un concept allemand, à qui Taxistop a même emprunté le nom. Cambio GmbH, actif dans 21 villes allemandes, est d'ailleurs actionnaire à 25 % de l'entreprise et fournit logiciels et méthodes. Un partenaire qui relève de la même approche d'économie sociale que Taxistop, puisque son actionnariat est composé de membres de son personnel et de clients. Taxistop est aussi actionnaire d'Olympus Mobility, un des premiers acteurs proposant un service de multimodalité pour les entreprises. Grâce à son application (et une carte), tout employé peut avoir indifféremment accès à la fois à des vélos et des autos partagés, ou des transports en commun, contre facturation mensuelle. L'ASBL va même jusqu'à l'échange de maisons via la plateforme HomeLink. " La mission initiale, qui n'a pas changé, est de faire plus avec moins, de rentabiliser ce qui est sous-utilisé, souvent les moyens de transport, explique Sandrine Vokaer, project manager en mobilité partagée chez Taxistop. Nous sommes des experts en mobilité. " L'arrivée ces dernières années d'une myriade de start-up autour de la mobilité met pourtant la pression sur Taxistop. Son modèle associatif est attaqué par de jeunes entreprises qui utilisent Internet et les smartphones pour transformer ce type d'économie partagée en business. Il s'agit de BlaBlaCar pour le covoiturage, DriveNow, Zipcar, Poppy, Caramigo, Drivy pour la voiture partagée à la minute ou par jour, sans parler d'Uber. Beaucoup sont internationales. Et les moyens mis en oeuvre sont souvent plus considérables que ceux d'une association, même lorsque celle-ci a le soutien de pouvoirs publics. DriveNow appartient en effet à BMW, Zipcar à Avis, et la start-up française BlaBlaCar, fort active en Belgique, a attiré plus de 200 millions d'euros de fonds d'investissement. De quoi financer une communication commerciale considérable. Taxistop s'en tient, lui, au modèle associatif. " Nous avons une finalité sociale, avance Frédéric Van Malleghem, également administrateur délégué de Taxistop ASBL. Nous réinvestissons les bénéfices dans l'activité, notre métier de base étant de réduire l'automobile en ville. " Les ressources proviennent des utilisateurs ou de subsides. La Région wallonne a ainsi financé une autre de ses applis conçues pour le covoiturage, ComOn. L'organisation s'aventure aussi sur des chemins plus étroits, comme les Centrales pour les moins mobiles (CMM), financées par les communes, pour encourager des bénévoles à véhiculer des personnes âgées ou handicapées. Elle propose logiciels et assurances pour organiser ce service localement." Nous nous attaquons à des services qui n'ont guère de chance de se transformer en business rentable pour start-up, explique Sandrine Vokaert. Carpool.be, dont la principale activité reste le covoiturage domicile-travail, fonctionne en ce sens. Il est en effet difficile de développer une plateforme qui permette de percevoir une commission à chaque trajet. Une fois qu'un automobiliste et un covoitureur sont entrés en contact, ils n'ont plus besoin d'un service payant pour continuer à covoiturer. " Certaines jeunes pousses tentent quand même l'aventure, comme Kowo, qui entame une phase test de covoiturage à Bruxelles, avec la collaboration de Carrefour, des hôpitaux du Chirec et de la commune d'Auderghem, moyennant un abonnement. Mais pour le spécialiste des ressources humaines SD Worx, il s'agit d'un marché encore très ténu. " Le covoiturage domicile-travail a peu de succès en Belgique, il a un statut fiscal compliqué à gérer pour l'employeur, affirme Jean-Luc Vannieuwenhuyse, un de ses experts juridiques. Cela ira sans doute mieux avec l'arrivée du budget mobilité ." Le secret de Taxistop réside peut-être, en tout cas, dans son approche parcimonieuse. Cambio s'est lancé sans faire de publicité pendant quatre ou cinq ans. Et il n'a pas changé son modèle quand des nouveaux concurrents comme Zipcar ou Drive Now ont débarqué. Ceux-ci ont pourtant adopté la stratégie très attractive du free floating, celle où les utilisateurs empruntent un véhicule dans la rue, trouvé et réservé grâce à une appli, et le garent simplement sur la voie publique quand ils arrivent à destination. Les autos Cambio restent, elles, regroupées dans des stations, et les utilisateurs doivent donc les y ramener en fin de parcours. Un service plus contraignant mais moins cher à gérer. Et donc aussi un usage différent de la voiture. Alors que celui en free floating est court (moins de 30 minutes en moyenne), il est de 1 h à 1h30 pour Cambio. De ce fait, Cambio, qui ne reçoit pas de subsides récurrents, est arrivé rapidement à l'équilibre. Il a certes bénéficié d'un coup de pouce de la Région bruxelloise au démarrage (275.000 euros), mais continue à dégager des bénéfices partout en Belgique (131.000 euros à Bruxelles, en 2017). Et hormis Olympus Mobility, qui est une participation minoritaire sur un service en développement, les entités de Taxistop affichent toutes des comptes en positif. Mais la boussole reste nettement sociale. Ainsi, quand une activité de Taxistop devient trop " commerciale ", l'organisation préfère s'en séparer. Elle l'a fait avec Airstop, créée en 1985 pour vendre les places de dernière minute sur les avions, et qui a été revendue en 2007 à l'agence Connections. " Nous étions pionniers pour cette activité mais, à la longue, Airstop était devenue une agence de voyage. Nous avons préféré maximiser nos ressources pour nos activités de base ", précise Sandrine Vokaer. Désormais, l'organisation réfléchit aussi à simplifier sa communication et ses services. Jusqu'ici, elle comptait par exemple quatre types de covoiturage, déclinés selon les circonstances : Carpool.be, pour les trajets travail-domicile, Eventpool pour aller à des festivals ou des concerts, Schoolpool pour les trajets vers l'école, Europool pour le covoiturage international. " Nous avons tout regroupé sous le nom Carpool.be. Cela facilite la vie aux utilisateurs qui ne doivent plus s'inscrire sur chaque plateforme. Une fois suffit, argumente Sandrine Vokaer. A l'avenir, nous mettrons aussi plus en avant le nom Taxistop qu'on avait quelque peu laissé dans l'ombre. "