Même Uber est visé par les "papers", les enquêtes basées sur des fuites de documents. Nos collègues du Soir, de Libération et de Knack (notamment) ont publié une série d'informations parfois croustillantes sur les coulisses de l'offensive d'Uber, entre autres, à Bruxelles, issues d'une masse de fichiers recueillis par le journal The Guardian et analysés par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ). Ces informations ont été fournies par un ancien lobbyiste d'Uber, Mark MacGann, bien placé pour connaître les méthodes agressives de la maison.
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Même Uber est visé par les "papers", les enquêtes basées sur des fuites de documents. Nos collègues du Soir, de Libération et de Knack (notamment) ont publié une série d'informations parfois croustillantes sur les coulisses de l'offensive d'Uber, entre autres, à Bruxelles, issues d'une masse de fichiers recueillis par le journal The Guardian et analysés par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ). Ces informations ont été fournies par un ancien lobbyiste d'Uber, Mark MacGann, bien placé pour connaître les méthodes agressives de la maison.Ces informations illustrent ce que l'on suspectait déjà du géant américain, qui n'a jamais caché son business model : miser sur l'image ringarde et conservatrice des taxis afin d'obtenir des changements réglementaires ouvrant la voie à un service de voiture avec chauffeur réservé et payé par appli, qui fonctionne partout, à Amsterdam, Berlin, Rome, Londres, Bruxelles... Une réinvention du taxi, en quelque sorte, une disruption. En n'hésitant pas, comme le confirment les "papers", à lancer le service même s'il n'est pas conforme aux réglementations existantes.Manifestations et "kill switch"Les "papers" montrent que tout est bon pour imposer Uber. Le CEO et fondateur du groupe, Trevis Kalanick, a même encouragé des manifestations de chauffeurs. Les documents montrent aussi les mesures de protection prises par l'entreprise. Elle intègre, dans sa gestion, le risque de perquisition.Ainsi Uber utilise un "kill switch" qui permet, en cas de perquisition, de bloquer l'accès aux données des ordinateurs et autres systèmes mobiles de l'entreprise, pour éviter que les autorités (judiciaires notamment) y mettent le nez. Il a pu être activé dans certains cas en France. Pas en Belgique, où les enquêteurs ont été plus rapides, le personnel d'Uber n'a pu activer ce "kill switch". "Ils sont arrivés sans prévenir et nous ont ordonné de nous écarter sans rien toucher" relate Libé, qui cite un document d'un salarié d'Uber. "Ils étaient bien préparés : huit agents pour nous surveiller et une équipe entière d'experts techniques pour accéder aux ordinateurs. Ils ont réussi à entrer dans le mien et ils en ont fait une copie. Je n'ai aucune idée de ce qu'ils ont pu récupérer !"Macron a aidé UberUber a aussi mis le paquet dans le lobbying, séduisant, en France, Emmanuel Macron, quand il était ministre de l'Economie. Il avait lancé l'idée de faire de l'Hexagone une start-up nation et voulait débloquer les réglementations pour pousser la croissance. Les "papers" montrent qu'il a organisé des adoucissements pour faciliter les activités d'Uber en France, ce qui crée maintenant quelques remous politiques pour le président. Il avait notamment fortement réduit le nombre d'heures de formation nécessaires pour devenir chauffeur de VTC (voiture avec chauffeur).A Bruxelles, Uber avait introduit le service Uber Pop en 2014, conduit par des particuliers avec leur propre voiture, et n'avait demandé aucune autorisation d'aucune sorte. Il a été interdit en 2015 par jugement. Uber a continué avec un service professionnel, UberX, presté par des chauffeurs indépendants, utilisant le statut de VLC (voiture avec chauffeur, équivalent du système français de VTC). Il a été condamné en justice sur plainte de Taxis Verts, puis maintenu par la Région grâce à une "ordonnance sparadrap", sous la pression des chauffeurs qui craignaient de perdre leur business. Les politiques défendent officiellement les taxis, mais ont du mal à résister à Uber... En France comme à Bruxelles, des amendements fournis par la société américaine sont proposés par des élus. Certains, comme Pascal Smets à Bruxelles (ex-ministre de la Mobilité), sont sensibles au parfum de modernité d'Uber.Le plan Taxi à Bruxelles pour intégrer et encadrer UberBon gré, mal gré, les réglementations s'adaptent sous la pression du géant américain. Ainsi, à Bruxelles, la Région a lancé une réforme du statut de taxi, le plan Taxi, voté par le parlement de la Région en juin, pour une mise en application fin octobre (en principe). Il devrait régulariser le service d'Uber à travers un nouveau cadre qui va donner naissance à deux types de taxis : les taxis de station et les taxis de rue. Les premiers peuvent prendre des clients à des stations, être hélés en rue (comme les taxis d'avant), et suivront un tarif cadré fixe. Les seconds (les Uber et autres voitures avec chauffeur) ne seront utilisables qu'à travers une application, pourront appliquer une tarification variable, avec un plancher et un plafond fixés par les autorités de la capitale. Les ex-VLC deviennent ainsi des taxis.Un numérus clausus en discussion"Nous attendons les arrêtés d'exécution" dit Jean-Michel Courtoy, CEO de Taxi Verts (Taxi Radio Bruxellois s.a.), une plateforme de réservation représentant le plus grand nombre de taxis dans la capitale (600). Ces arrêtés devront fixer le nombre maximum de taxis, de station ou de rue, ce qui signifie qu'Uber sera plafonné. Notre confrère Le Soir parle d'un chiffre total de 3.250 licences, 1.425 pour les taxis de station, et 1.825 pour les taxis de rue. Les balises pour les tarifs doivent aussi être fixées. Ces derniers "détails" mettent en ébullition les acteurs du secteur. En fait, l'arrivée brutale d'Uber en 2014 a bouleversé le modèle d'affaires des taxis, qui est basé sur des plateformes de réservation locales, historiquement par téléphone. Uber est une nouvelle plateforme de réservation globale, pouvant rentabiliser ses services sur un plus grand nombre de villes et de chauffeurs partenaires que les plateformes locales, et développer des algorithmes pour optimiser la répartition des courses.A Bruxelles, la plateforme de réservation dominante est Taxis Verts, avec 50% du marché. Uber, comme Taxis Verts, ne possèdent pas de taxis.Les modèles diffèrent légèrement : Uber compte une commission par course (environ 25%), Taxis Verts compte un abonnement mensuel (environ 500 euros). L'arrivée d'Uber a poussé les plateformes locales à se numériser, à utiliser des applications. Taxis Verts collecte 20% des courses par ce moyen actuellement. Uber a gagné, mais il n'est pas le seulUber n'est pas le seul élément de "disruption" du marché du taxi. L'arrivée de la mobilité partagée (vélos, trottinettes, autos) joue aussi un rôle important. Les cartes sont rebattues. Ainsi, D'Ieteren a acquis la majorité de Taxis Verts, avec l'objectif de pousser plus loin la numérisation du service, encourager l'électrification des autos des taxis partenaires, et développer la plateforme ailleurs dans le pays. D'Ieteren contrôle aussi Poppy, un réseau de voitures partagées, et Husk, un service de voiture avec chauffeur, concurrent d'Uber.La crise du covid a aussi perturbé le secteur. Taxis Verts s'inquiète de la pénurie des chauffeurs. "Le métier connaît un problème, environ 30% des chauffeurs ne sont pas revenus depuis le début de la pandémie" commente Jean-Michel Courtoy, "alors que le business du taxi est revenu au niveau pré-covid."