La 75e édition de la Mostra de Venise marque une date charnière pour le secteur du cinéma. Le film Roma, réalisé par le Mexicain Alfonso Cuaron ( Gravity, Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban, Les fils de l'homme), remporte le Lion d'or du meilleur long métrage en compétition. Cette récompense inédite sacre non seulement un film d'auteur, mais aussi un nouveau mode de production et de distribution des oeuvres cinématographiques. Roma est la première production Netflix à recevoir un prix aussi prestigieux. Cette consécration est vue comme un véritable s...

La 75e édition de la Mostra de Venise marque une date charnière pour le secteur du cinéma. Le film Roma, réalisé par le Mexicain Alfonso Cuaron ( Gravity, Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban, Les fils de l'homme), remporte le Lion d'or du meilleur long métrage en compétition. Cette récompense inédite sacre non seulement un film d'auteur, mais aussi un nouveau mode de production et de distribution des oeuvres cinématographiques. Roma est la première production Netflix à recevoir un prix aussi prestigieux. Cette consécration est vue comme un véritable sacrilège pour certains acteurs historiques du cinéma, particulièrement en France. Quelques mois plus tôt, le film d'Alfonso Cuaron faisait déjà parler de lui sur la Croisette. Pressenti pour figurer dans la sélection officielle à Cannes, il était finalement retiré par Netflix, qui décidait de boycotter l'événement pour cause de divergences de vue avec les organisateurs du festival. Pressés par les exploitants de salles de cinéma, ces derniers avaient banni du festival tout long métrage qui ne respecterait pas la sacro-sainte chronologie des médias. Suivant cette règle, un film doit sortir en salle avant toute exploitation ultérieure (télévision, vidéo à la demande, streaming). Inacceptable pour Netflix, qui considère que ses films doivent être mis en ligne dès leur sortie, et pas trois ans plus tard. Le président du jury de la Mostra de Venise, le réalisateur Guillermo del Toro ( Hellboy, Le Labyrinthe de Pan), qui collabore avec Netflix dans le domaine des séries ( Chasseurs de Trolls, 10 after midnight), s'est rangé aux arguments de la plateforme de streaming. " Netflix n'est pas la fin du cinéma, c'est la poursuite d'un processus qui a commencé il y a un siècle ", a-t-il déclaré à la clôture du festival italien. La force de frappe de Netflix en fait aujourd'hui un acteur incontournable du marché de la vidéo, et par conséquent du septième art. Le leader du streaming compte plus de 130 millions d'abonnés dans 190 pays. En 2017, son chiffre d'affaires dépassait les 11 milliards de dollars (+ 36 % en un an), pour 560 millions de bénéfice net. Pour contenter sa base d'abonnés et pour convaincre de nouveaux adeptes, Netflix a opté pour une stratégie d'investissements massifs dans les contenus. En 2018, la plateforme a prévu d'injecter 8 milliards de dollars dans la production de films, séries et documentaires originaux. La société créée par Reed Hastings, qui a récemment annoncé l'ouverture en Espagne de son premier studio européen, est en passe de devenir l'acteur le plus puissant de son industrie. Universal, l'un des plus gros studios hollywoodiens, sortira 40 films originaux en 2018. Netflix devrait en produire plus du double. Les festivals de cinéma n'ont pas fini d'entendre parler de l'ogre américain.