Le Financial Times est le meilleur quotidien économique au monde - c'est une évidence - les hommes d'affaires le lisent partout à Bruxelles, Paris, Londres, New York, Singapour ou Dubaï.

Si je vous en parle, c'est pour vous dire que ce journal lu par l'élite mondiale vient de nommer une femme à la tête de sa rédaction, c'est une première pour un quotidien qui existe depuis 130 ans.

En plus, cette femme appartient à la diversité, car elle s'appelle Roula Khalaf, elle est libanaise d'origine. Cette femme va donc diriger un bataillon d'hommes pour un journal lu jusqu'ici surtout par des hommes grisonnants et en costume trois-pièces.

Et justement, la nomination de Roula Khalaf n'est pas un hasard, au-delà du fait qu'elle a fait ses preuves sur le terrain du journalisme, cette femme défend aussi une politique de féminisation du lectorat du Financial Times qui est composé à 80% d'hommes.

Son rôle n'est pas seulement motivé par la parité hommes-femmes, c'est aussi un combat économique. Le Financial Times a beau être la bible du monde des affaires, il y a un potentiel inexploité du côté des lectrices.

En s'adressant plus aux femmes et en les représentant mieux, le FT pourra augmenter le nombre de ses abonnés. Le problème, c'est que même si les lectrices trouvent le FT utile, elles ne s'y reconnaissent pas.

D'ailleurs, quand une enquête pose la question aux lectrices du FT pour savoir à quelle personne elles identifient le quotidien, elles répondent toutes qu'elles l'identifient ....à un homme ! Le constater, c'est bien, résoudre le problème, c'est mieux. Depuis un an, le FT impose donc qu'un quart des éditoriaux ou tribunes doivent être rédigés par des expertes. Mieux encore, un logiciel spécifique a été inséré dans la rédaction pour avertir les journalistes quand ils ne citent que des hommes dans leurs articles ou quand la UNE du site web ne montre que des hommes.

Bien entendu, l'article pourra toujours être publié, mais c'est une manière fine et intelligente de rappeler aux journalistes que les femmes existent aussi et qu'il faut davantage leur donner la parole.

Encore mieux, les journalistes du Financial Times sont souvent sollicités pour participer à des débats ou tables rondes en raison de leur expertise. Dorénavant, ces journalistes ne peuvent pas participer à des débats où seuls des hommes sont invités.

En nommant une femme à la tête de son immense rédaction, le journal économique de l'élite mondiale rappelle que miser sur les femmes, c'est non seulement une question d'éthique, mais aussi une manière de doubler son nombre d'abonnés. En Belgique, on a aussi des femmes à la tête de rédactions, et c'est superbe. Ici, c'est la Rolls Royce du secteur qui montre l'exemple, et ça c'est très fort.

Je vous expliquais hier que c'était une femme russe qui était à l'origine de la chute du mur de Berlin. Aujourd'hui, c'est une femme libanaise qui représente la féminisation de la presse économique internationale, elle est pas belle la vie ?