Le smartphone qui joue les cartes d'identité, c'est une réalité en Belgique. Plus de 1,5 million de personnes se sont inscrites sur itsme (" it is me ", " c'est moi "), une application lancée en mai 2017 proposant une carte d'identité virtuelle, qui peut aussi générer des signatures électroniques. " Cela représente un cinquième de la population active du pays ", estime Kris De Ryck, l'administrateur délégué de Mobile ID, la société qui développe itsme, propriété de banques et d'opérateurs télécoms.
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Le smartphone qui joue les cartes d'identité, c'est une réalité en Belgique. Plus de 1,5 million de personnes se sont inscrites sur itsme (" it is me ", " c'est moi "), une application lancée en mai 2017 proposant une carte d'identité virtuelle, qui peut aussi générer des signatures électroniques. " Cela représente un cinquième de la population active du pays ", estime Kris De Ryck, l'administrateur délégué de Mobile ID, la société qui développe itsme, propriété de banques et d'opérateurs télécoms. L'appli est devenue un élément clé pour nombre de contribuables. Elle leur permet de se connecter à Tax-on-web et signer leur déclaration d'impôt, d'accéder aux services de leur mutuelle, à des opérations bancaires, à leur dossier médical (sur MaSanté), consulter le service des pensions, signer un bail. Les notaires l'utilisent également. Fin 2019, le service itsme a généré près de 4,6 millions d'opérations par mois (accès à des services, signatures électroniques). Actuellement, 17,5% des transactions en ligne avec les pouvoirs publics se font via itsme. Dernière nouvelle en date, itsme a été agréée comme " service de confiance ", dans le cadre de la législation européenne eIDAS sur l'identification et la signature électronique. Elle permet désormais d'accéder à des services d'autres Etats de l'Union européenne, par exemple pour s'inscrire dans des universités françaises ou déposer une offre en ligne répondant à un marché public d'un autre Etat. Itsme dispose des agréations lui permettant de remplacer la signature manuscrite, et ce même pour un achat immobilier. " Itsme peut même servir à ouvrir un compte en banque sans se rendre dans une agence ", indique Kris De Ryck, tant le niveau de certification de l'identité électronique est élevé. Cet heureux développement n'était pas gagné d'avance. Le décollage d'itsme avait été laborieux. " L'identité numérique ne convainc pas encore les Belges ", titrait Geeko, une publication en ligne du journal Le Soir, trois mois après son lancement. L'application était massacrée dans les avis des utilisateurs, avec une cote de 2 sur 5 sur le Google Play Store, à cause d'une mise en route laborieuse et d'un nombre limité d'utilisations. A présent, itsme est populaire et atteint une note de 4,6 sur 5, un niveau très satisfaisant (4,8/5 dans le store d'Apple). L'appli a déjà séduit 75 partenaires. La force du système est qu'il n'est pas seulement utilisé par des geeks. " C'est le sentiment que nous avons, les utilisateurs appartiennent à l'ensemble de la population, avec un équilibre hommes/femmes. Mais nous n'avons pas une connaissance détaillée de la répartition des utilisateurs d'itsme ", indique Kris De Ryck. La base même du système est que les données y sont encryptées et la vie privée protégée. " Nous ne pouvons rien faire avec les données, pas de profiling, de big data, c'est la grande différence entre nous et Google ou Facebook, qui ont un autre business model. " Le principe même de Google est de générer des revenus en exploitant les données des utilisateurs. Les utilisateurs obtiennent une identité mobile en téléchargeant l'application. Ils s'inscrivent soit en recourant à un lecteur de carte d'identité (eID), soit via l'appli du compte en banque, où une identification de haut niveau a déjà été réalisée. Une fois l'opération réalisée, l'accès à des services publics et privés peut commencer. Elle permet de se passer de lecteur de carte d'identité, et colle donc bien à l'évolution vers les transactions sur smartphones ou tablettes. Le pivot du système est la carte Sim du téléphone. " La sécurité repose sur du software plus du hardware ", souligne Kris De Rycke. L'utilisation conjointe de l'application et de la carte Sim accroît la sécurité. " Nous ajoutons aussi des facteurs de sécurité supplémentaires en utilisant, par exemple, la biométrie, via le lecteur d'empreintes digitales sur le téléphone. " Les usages touchent un large éventail d'activités en ligne, privées et publiques. Itsme simplifie l'inscription à un service, en remplissant automatiquement un formulaire, avec la certitude de l'identité de la personne, chose exceptionnelle sur le Net. Il facilite ensuite l'accès au service, et permet de confirmer des transactions. Et il permet aussi, depuis l'été 2019, d'envoyer une signature qualifiée, légalement équivalente à une signature manuscrite, nécessaire pour certains contrats. Ces services sont proposés séparément par la concurrence, " mais il est rare de les voir tous réunis ", avance Kris De Rycke. Itsme est un avatar d'un projet de paiement mobile, Sixdot, lancé en Belgique en 2014 par Belgacom et quatre banques belges (BNP Paribas Fortis, KBC, ING et Belfius). Le projet devait succéder à la carte Proton de micro-paiement, stoppée fin 2014. " On songeait à développer le paiement mobile, un support pour des cartes de fidélité, et l'identité numérique, explique Kris De Rycke. Ce projet, où je n'étais pas impliqué, a été arrêté car il ne semblait pas offrir un avantage concurrentiel suffisant. L'initiative sur l'identité numérique a survécu car il semblait clair qu'avec la numérisation des processus (administratifs, commerciaux, etc.), un instrument certifié d'identité allait devenir nécessaire pour le grand public, associé à une protection des données privées. " Les mêmes partenaires ont lancé la société Mobile ID, deux opérateurs de télécoms se sont ajoutés, Orange et Telenet. Les banques étaient particulièrement intéressées par le système, pour sécuriser et faciliter l'accès à leurs services. Chacune utilise itsme comme elle l'entend. Actuellement, 22 banques implémentent l'application dans leurs services. L'usage du système devrait s'étendre assez rapidement, à la fois pour le grand public et en B to B. " Nous pensons qu'il y aura aussi un potentiel important avec les objets connectés, les drones, les caméras, partout où il peut être important d'identifier les personnes qui accèdent à ces systèmes ", continue Kris De Rycke. En termes de marché, Mobile ID cherche à s'internationaliser. L'agréation par la Commission européenne comme système conforme au règlement européen eIDAS lui ouvre la voie vers une interopérabilité au sein de l'Union européenne. " Le Grand-Duché de Luxembourg sera un peu notre pilote pour l'exportation " indique Kris De Rycke. Mobile ID a conclu un partenariat avec LuxTrust, un homologue grand ducal. " Si ce déploiement se passe bien, nous irons ailleurs. "