Lancée en septembre 2010, la Brussels School of Competition est née de l'idée de deux amis juristes, Charles Gheur et Nicolas Petit. "Partant du constat que le droit de la concurrence représentait une matière à la fois très importante pour les entreprises et peu enseignée dans les universités, nous avons répondu à une demande par une offre. De nombreuses conférences étaient organisées sur le sujet, mais aucune formation n'épousait toutes les thématiques du droit de la concurrence, telles que les cartels, les abus de position dominante, les accords de distribution verticaux ou horizontaux, le contrôle des aides d'État, etc.", se souvient Charles Gheur, directeur de la BSC.
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Lancée en septembre 2010, la Brussels School of Competition est née de l'idée de deux amis juristes, Charles Gheur et Nicolas Petit. "Partant du constat que le droit de la concurrence représentait une matière à la fois très importante pour les entreprises et peu enseignée dans les universités, nous avons répondu à une demande par une offre. De nombreuses conférences étaient organisées sur le sujet, mais aucune formation n'épousait toutes les thématiques du droit de la concurrence, telles que les cartels, les abus de position dominante, les accords de distribution verticaux ou horizontaux, le contrôle des aides d'État, etc.", se souvient Charles Gheur, directeur de la BSC.Pourquoi le droit de la concurrence est-il une matière importante ?Charles Gheur : "Tout d'abord au regard des amendes sanctionnant les infractions aux dispositions du droit de la concurrence qui se chiffrent en milliards d'euros. On se souvient de l'amende record - 4,3 milliards d'euros - infligée en juillet 2018 à Google. Ensuite, quand une autorité de concurrence a une entreprise dans le collimateur, cette dernière doit mobiliser énormément de temps et d'énergie pour répondre de ses actes. Sans compter qu'elle voit son image écornée. Il arrive aussi qu'elle soit contrainte de renoncer à une partie de son business model. Enfin, les consommateurs ont la possibilité d'introduire des recours collectifs, ce qui peut encore alourdir la sanction."Pouvez-vous retracer l'aventure BSC ?CG : "Créée en 2010 au sein de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) dans le but de proposer un LL.M. en droit de la concurrence, la BSC s'est dotée en 2015 d'une personnalité juridique propre en devenant une fondation privée de droit belge, toujours dans le giron de la FEB. En 2016, cette indépendance a ouvert la voie à la reconnaissance officielle de notre diplôme par l'université de Liège et l'université Saint-Louis de Bruxelles. Une codiplomation qui apporte une valeur ajoutée à notre formation et s'assortit de crédits européens qui peuvent être valorisés par nos étudiants. En 2017, nous sommes de nouveau partis d'une matière peu - voire pas du tout - enseignée dans les universités et avons créé un cycle de cours en intelligence artificielle piloté par des juristes et des techniciens. Ces derniers utilisent un langage concret et compréhensible pour expliquer des thématiques fascinantes telles que le fonctionnement d'un algorithme, et répondre aux questions juridiques en termes d'assurance, de responsabilité ou de vie privée liées à l'avènement des nouvelles technologies."Quel est le profil des professeurs et des étudiants ?CG : "Au moment de la création de la BSC, nous avons recruté des big names, comme Johan Ysewyn et Ewoud Sakkers, les coauteurs de European Cartel Digest, une véritable bible en la matière. Ce coup d'envoi a produit un effet boule de neige, qui nous a permis de susciter l'intérêt des étudiants, mais aussi d'étoffer la line-up des professeurs au nombre desquels Jean-François Bellis. Fort de son vécu, cet avocat belge de Microsoft émaille son cours d'anecdotes pratiques. Parmi les étudiants, les juristes de grandes entreprises belges d'il y a dix ans constituent aujourd'hui une infime minorité. Ils ont cédé la place à des ressortissants de l'Union européenne, mais aussi des quatre coins du monde (Brésil, Corée, etc.). Résultat : des échanges cosmopolites qui agrémentent les pauses-café !"Quels sont les objectifs du programme 2019-2020 du LL.M. en droit de la concurrence ? CG : "Nicolas Petit et moi-même souhaitons avant tout préserver la qualité de notre formation. Nous sommes très attentifs aux évaluations en vue de maintenir un haut degré de satisfaction chez les participants, mais aussi chez les intervenants. J'assiste personnellement à la plupart des cours, qui sont donnés par un duo - parfois même un trio - de professeurs : un juriste, un économiste et, dans la mesure du possible, un haut fonctionnaire de la Commission européenne qui détient l'information à la source. Nous répondons ainsi à une exigence de multidisciplinarité qui nous est chère et participe au succès de la BSC."Selon Deloitte, près de 100.000 missions juridiques seront automatisées d'ici 2036. Et l'Estonie a développé des robots-juges. Dans un tel contexte, l'AI suscite beaucoup de fantasmes. Où en est-on aujourd'hui selon vous ?CG : "La prudence reste de mise face à ce genre de prophéties. Je ne pense pas que l'on soit en mesure de prédire l'avenir du marché de l'emploi dans 30 ou 40 ans. Cependant, il semble évident que les métiers les plus menacés sont ceux qui comportent des tâches répétitives. Et à l'inverse, les professions créatives et artistiques sont sans doute les plus difficilement automatisables, même si certains robots sont capables de réaliser une peinture ou composer une symphonie.Dans tous les cas, il faut éviter les plans futuristes. Nous souhaitons enseigner du concret avant toute chose. Parce que l'intelligence artificielle n'est pas un scénario de science-fiction, mais une réalité présente partout : sur les réseaux sociaux, dans les secteurs de la finance, de la mobilité, des soins de santé et aujourd'hui du droit. L'une des motivations de nos participants est de monter dans le train de l'intelligence artificielle tant qu'il avance encore à une vitesse raisonnable."Cofondateur de Siri et auteur de l'ouvrage L'intelligence artificielle n'existe pas, Luc Julia préfère au terme d'intelligence artificielle celui d'intelligence augmentée qui reflète mieux l'apport complémentaire de cette innovation. Qu'en pensez-vous ?CG : "J'avoue être séduit par cette idée, mais je souhaiterais la nuancer : à partir de quel moment doit-on considérer que cette intelligence augmentée prend la place de l'humain et risque de s'y substituer ? Il faut considérer l'AI comme un outil. Avec un marteau, on peut construire un meuble, mais aussi fracasser un crâne. La technologie n'est pas déterministe. La révolution industrielle a donné naissance à l'électricité et aux chemins de fer. Dans le sillage de ces innovations sont apparus autant des démocraties libérales que des dictatures communistes ou des régimes fascistes. Aujourd'hui, il est important de s'interroger sur la direction à prendre. La Chine par exemple emprunte une voie préoccupante. À la pointe de la reconnaissance faciale et la cybersurveillance, elle possède une caméra pour sept habitants et expérimente un crédit social qui repose sur un système de notation des citoyens. Une bonne note leur permet d'éviter de faire la queue dans les administrations, tandis que les mauvais élèves - qui ont traversé au feu rouge par exemple - voient leur photo affichée dans la rue."Et l'Europe dans tout ça ?CG : "Je suis conscient qu'il faut s'intéresser à l'AI, mais je ne suis pas technophile. En revanche, en tant qu'europhile convaincu, je place beaucoup d'espoir dans ce que veut et peut faire l'Europe. En termes géopolitiques, l'Europe est à la traîne, derrière les États-Unis et la Chine. Mais elle a une carte à jouer. Dernière preuve en date : le RGPD, qui a rappelé à tout un chacun qu'il était propriétaire de ses données. La Commission européenne a fait du digital l'une de ses priorités. Mon collègue Nicolas Petit est membre de la European commission High Level Expert Group on AI qui a élaboré une série de principes et de balises à ne pas franchir pour éviter de tomber dans des travers comparables à ceux de la Chine. Car peu importe qui va gagner la course à l'AI, l'essentiel est que ce développement s'opère conformément à certaines valeurs clés comme la transparence et le respect de la vie privée."