Où va-t-on les mettre ? C'est la question que doit se poser Boeing au sujet des Boeing 737 MAX qui sortent des ses chaînes au rythme d'au moins 52 avions par mois, presque deux par jour. L'avion est cloué au sol partout dans le monde, en attendant que le constructeur corrige son système de navigation après le crash d'un avion d'Ethiopian Airlines.
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Où va-t-on les mettre ? C'est la question que doit se poser Boeing au sujet des Boeing 737 MAX qui sortent des ses chaînes au rythme d'au moins 52 avions par mois, presque deux par jour. L'avion est cloué au sol partout dans le monde, en attendant que le constructeur corrige son système de navigation après le crash d'un avion d'Ethiopian Airlines. Le Boeing 737 MAX, mis en service en 2017, est connu en Belgique. La compagnie TUI Fly en possède quatre. C'est le dernier-né de la famille des Boeing 737 (lancée en 1968). Il est présent partout en Europe dans le secteur des moyen-courriers. Remotorisée et retouchée, cette dernière version du 737 consomme moins que la précédente (-14%). Ryanair a fondé son développement sur le 737 et a commandé 135 Boeing 737 MAX pour agrandir sa flotte. Le premier vol commercial devait avoir lieu début avril. Commandé jusqu'ici à plus de 5.000 exemplaires, le 737 MAX représente un tiers des ventes de Boeing et quelque 40% de ses bénéfices (Agency Partners). Plus de 370 avions ont été livrés. Son grand concurrent est la famille des Airbus A320, particulièrement la dernière version A320Neo, commandée à plus de 6.000 exemplaires. Le modèle 737 MAX avait précisément été lancé pour répondre à la concurrence de ce dernier modèle dont le succès inquiétait Boeing. L'hypothèse qui se renforce chaque jour est que Boeing a sans doute sous-estimé le pas à faire pour passer du modèle 737 précédent (le NG, pour Next Generation) au 737 MAX. Il a installé un système automatique anti-décrochage qui intervient lorsque l'avion prend son envol de manière trop verticale, ce qui peut le ralentir au point de perdre de la portance et de chuter. Ce système de sécurité fait alors redescendre le nez de l'avion, lui permettant de gagner de la vitesse. Les pilotes des avions accidentés auraient été surpris par ce nouveau dispositif (qui ne figure pas dans le manuel de l'appareil) car il peut intervenir à mauvais escient en cas de capteur défectueux et orienter l'avion vers le sol. C'est ce dispositif défaillant qui aurait été à l'origine du crash du Boeing 737 MAX 8 de la compagnie Lion Air en Indonésie, voici cinq mois. L'accident de l'avion éthiopien présente de grandes similitudes, d'où le gel préventif général des vols de ce modèle partout dans le monde, en attendant les résultats de l'enquête sur le dernier crash. Boeing prépare à présent une nouvelle version du logiciel et un système à capteurs multiples, qui pourra au mieux être installé d'ici quelques semaines sur les 737 MAX en service. La justice américaine s'intéresse à présent au dossier. Le Wall Street Journal a révélé qu'une enquête, plutôt inhabituelle, a été lancée pour analyser le processus de certification de l'avion. On sait aussi que la formation des pilotes au 737 de la génération précédente avait été limitée à quelques heures, sans passage par le simulateur. La facture des remèdes, selon Bloomberg, devrait représenter 500 millions de dollars pour la mise à jour en elle-même, si tout est réglé en six à huit semaines, auxquels s'ajoutent 2 milliards de dollars par mois en cash-flow pour les avions que Boeing ne peut livrer. Ces montants sont reportés, mais il y a aussi les indemnités que réclament des compagnies comme Norwegian, gros client de Boeing. " Un tiers des profits de 2019 sont menacés ", estime un rapport de Bloomberg Intelligence. Airbus ne devrait pas trop tirer parti des déboires de son concurrent, car son carnet de commande est déjà rempli pour au moins cinq ans. Il est rare qu'un avion de conception ancienne, fortement modernisé, présente une défectuosité aussi importante. Le Boeing 737 avait jusqu'ici une excellente réputation de sécurité. L'impact de ces accidents est d'autant plus grave que les crash aériens sont devenus rares. Sur les 47 millions de vols et les 4,7 milliards de passagers transportés dans le monde l'an passé, les accidents ont entraîné la mort de 515 personnes.