Le conseil d'administration de Renault "se réunira au plus vite", a indiqué lundi le constructeur automobile après l'arrestation de son PDG au Japon pour des malversations présumées après une enquête interne de Nissan.

De son côté, l'Etat français, qui détient 15% du capital de Renault et 22% des droits de vote, est immédiatement monté au créneau pour rassurer, mais sans mentionner nommément M. Ghosn.

"Nous allons tout mettre en oeuvre comme actionnaire représenté au conseil d'administration de Renault pour assurer la continuité opérationnelle de Renault et la stabilité de la gouvernance de Renault", a déclaré lundi Bruno Le Maire, en marge d'une visite à Bruxelles.

"C'est un coup de tonnerre cette annonce. Personne n'avait vu le coup venir, apparemment c'est une enquête interne et pas les services fiscaux japonais ou français", a indiqué à l'AFP une source française, qui précise vouloir "agir vite pour que les décisions qui sont prises soient les bonnes".

Selon Ferdinand Dudenhöffer, directeur du Center Automotive Research (CAR) basé en Allemagne, la rapidité d'une éventuelle démission de Carlos Ghosn chez Renault dépendra toutefois des charges retenues contre lui au Japon.

"Si ce sont des accusations très lourdes passibles d'une peine de prison, il ne pourra pas rester PDG de Renault, si ce sont des accusations moins graves, il faudra voir comment on réagit en France", a-t-il expliqué à l'AFP.

Le syndicat CFE-CGC du groupe Renault a demandé à la direction générale de "s'assurer qu'il n'y ait pas de rupture de la chaîne du management" tandis que la CGT Renault s'est montrée plus ferme, s'interrogeant sur la possibilité de voir émerger des accusations similaires en France.

"La légitimité de Carlos Ghosn est largement entachée. L'organe de direction de Renault doit être profondément réformé", a plaidé le syndicat dans un communiqué.

Départ pas "insurmontable"

"Chez Renault, on va devoir préparer un passage de relais pour un nouveau PDG. Mais Ghosn avait déjà désigné son successeur. Le changement devra peut être simplement se faire plus rapidement", analyse M. Dudenhöffer.

"Il y a une équipe de management chez Renault qui tient la boutique", ajoute Gaëtan Toulemonde, analyste automobile pour la Deutsche Bank, confiant dans la capacité du groupe à assurer la succession.

En juin dernier, l'assemblée générale avait entériné la nomination de Thierry Bolloré au poste de directeur général adjoint, appelé à terme à succéder à Carlos Ghosn, pour rassurer les pouvoirs publics sur l'avenir et l'ancrage français de ce fleuron industriel.

Le groupe Renault comptait au 31 décembre 2017 plus de 180.000 collaborateurs dans le monde dont 26,3% en France (environ 47.000).

"Je pense qu'il n'y aura pas de problème insurmontable pour Renault et pour Nissan. Même si Ghosn était très important. Sans lui, Renault ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui", rappelle Ferdinand Dudenhöffer.

"Ces révélations ont un impact négatif direct sur l'entreprise, on le voit avec la chute de l'action en Bourse. En outre, le groupe n'a rien à voir avec les accusations et Carlos Ghosn est présumé innocent", rappelle Sophie Scemla, avocate associée au sein d'Eversheds, spécialisée en droit pénal des affaires.

A la clôture de la Bourse de Paris, Renault a perdu 8,43% à 59,06 euros, dans un marché en baisse de 0,79%. Les premières informations sur M. Ghosn avaient provoqué un effondrement encore plus fort du titre, jusqu'à plus de 12%, synonyme de l'évaporation de quelque deux milliards d'euros de capitalisation boursière.

"Un dirigeant aussi emblématique est associé à l'entreprise", précise Me Scemla. Elle souligne toutefois la spécificité du cas Carlos Ghosn, mis en cause directement par Nissan, qu'il préside, et le "risque de conflit d'intérêt".

Cette mise en cause après une enquête interne pourrait susciter des inquiétudes sur l'Alliance entre Renault et Nissan alors M. Le Maire a répété lundi l'importance de sa "consolidation".