Roman, essai, recueil de poésie, de nouvelles, etc. Celui qui termine l'écriture de son manuscrit a plusieurs options. Soit il envoie son bébé à une maison d'édition qui le passera dans une moulinette dont le rôle consiste à filtrer, chaque année, jusqu'à 5.000 manuscrits afin d'en garder deux ou trois (du moins pour les grandes maisons). Soit il choisit l'édition à compte d'auteur ou l'auto-édition, qui lui garantissent une parution mais souvent à fonds perdus, et service promo non compris. Soit, enfin (et comme la majorité des auteurs), il laisse son manuscrit dormir gentiment dans son tiroir ou, plus romanesque, il espère qu'il terminera dans la bibliothèque Brautigan des manuscrits refusés -les amateurs de littérature comprendront. Mais ça, ...

Roman, essai, recueil de poésie, de nouvelles, etc. Celui qui termine l'écriture de son manuscrit a plusieurs options. Soit il envoie son bébé à une maison d'édition qui le passera dans une moulinette dont le rôle consiste à filtrer, chaque année, jusqu'à 5.000 manuscrits afin d'en garder deux ou trois (du moins pour les grandes maisons). Soit il choisit l'édition à compte d'auteur ou l'auto-édition, qui lui garantissent une parution mais souvent à fonds perdus, et service promo non compris. Soit, enfin (et comme la majorité des auteurs), il laisse son manuscrit dormir gentiment dans son tiroir ou, plus romanesque, il espère qu'il terminera dans la bibliothèque Brautigan des manuscrits refusés -les amateurs de littérature comprendront. Mais ça, c'était avant. Désormais, il y a Bukku (à prononcer " boukou ", mot japonais qui signifie livre). Bukku, c'est une communauté. D'une part, il y a les auteurs. Leurs besoins : se faire connaître, être challengés par un public. De l'autre, il y a les lecteurs, ceux qui ont toujours rêvé de dire " Trop de duchesses et de comtesses, ce n'est pas pour nous " - selon la célèbre formule par laquelle Gide refusa Proust chez Gallimard en 1913 - ou de "buzzer" comme des coachs de The Voice. Bref, des lecteurs qui se sentent l'âme d'éditeurs. " Dans l'édition traditionnelle, les lecteurs, ceux qui achètent les livres, ont rarement voix au chapitre. Chez Bukku, le comité de lecture, c'est la communauté de lecteurs ", résument Nathalie Duelz et Laurent D'Alvise. Passionnés de littérature, ils façonnent leur projet depuis février 2018. Comment fonctionne Bukku ? D'abord, l'auteur télécharge un extrait de son texte. C'est alors à la communauté de jouer. Après avoir lu l'extrait sur la plateforme, les lecteurs peuvent décider de lui attribuer un bukku - un like - et/ou de faire une promesse de dons qui financera le package de publication en tout ou en partie. Ce dernier (850 euros) permettra à l'auteur d'accéder à certains services avant la publication de son ouvrage. A tout moment, auteur et lecteurs peuvent communiquer via la plateforme. Après 60 jours, vient l'heure du verdict. Si l'auteur a récolté 100 bukkus, c'est banco : le livre sera publié et vendu sur la plateforme. Les éventuelles promesses de dons sont soustraites du package de publication et l'auteur paiera le solde, voire rien. " C'est alors que le travail commence, explique Nathalie Duelz. Le livre reçoit une relecture orthographique, il est mis en page et on lui rédige une quatrième de couverture. Ensuite, la promotion sur les réseaux sociaux et la vente dans notre e-librairie peut démarrer. Certains auteurs seront peut-être amenés à signer un contrat d'édition chez l'un de nos partenaires éditeurs. " De son côté, le lecteur qui a mis la main au portefeuille reçoit un exemplaire dans lequel son nom apparaît en tant que mécène. Côté business model, c'est la communauté qui est vitale pour Bukku. " Notre défi est de créer cette communauté, la faire vivre, la chouchouter, faire en sorte que les membres reviennent sur notre plateforme et l'animent ", confirme Nathalie Duelz.Et côté revenus ? " Pour soumettre son extrait, l'auteur s'acquitte d'un fee de 75 euros, qui couvre l'exploitation de base de la plateforme ( template de mise en page, couverture, promotion de l'extrait sur les réseaux sociaux, etc.), explique la cofondatrice. Le package de publication est une autre source de revenus, même si ces services ont un coût. Enfin, il y a le produit de la vente des livres, dont l'auteur perçoit évidemment un pourcentage. " Gageons que l'énergie de la communauté Bukku réveillera quelques manuscrits endormis...