UGC a fait son entrée sur le marché belge dès 1972, en ouvrant un cinéma au coeur de City2 à Bruxelles. Mais ce n'est qu'en 2016 que le groupe a fait un grand pas en avant, avec la reprise de quatre complexes flamands du luxembourgeois Utopolis. Le leader du marché, Kinepolis, devait vendre ces cinémas pour pouvoir reprendre Utopolis. À l'époque, cette opération a permis à UGC de conforter sa deuxième place chez nous, qu'il a récemment cédée à son compatriote Pathé.
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UGC a fait son entrée sur le marché belge dès 1972, en ouvrant un cinéma au coeur de City2 à Bruxelles. Mais ce n'est qu'en 2016 que le groupe a fait un grand pas en avant, avec la reprise de quatre complexes flamands du luxembourgeois Utopolis. Le leader du marché, Kinepolis, devait vendre ces cinémas pour pouvoir reprendre Utopolis. À l'époque, cette opération a permis à UGC de conforter sa deuxième place chez nous, qu'il a récemment cédée à son compatriote Pathé. Bien que UGC s'étende principalement en France, le groupe ne fait pas du sur-place en Belgique. Vendredi dernier, il a inauguré un nouvel établissement au centre de Turnhout. Montant de l'investissement : 3 millions d'euros pour la rénovation et l'agrandissement, avec notamment une neuvième salle, des salles destinées à accueillir des événements, un bowling, ainsi qu'une offre supplémentaire de restaurants et cafés. Le complexe doit devenir le principal centre de loisirs en Campine, affirme Bruno Plantin-Carrenard. Le Français de 57 ans dirige UGC Belgique depuis 2001. "Je ne devais rester en Belgique qu'un ou deux ans. Les choses se sont passées autrement (rires)". Comment le secteur a-t-il évolué depuis votre arrivée en Belgique ? BRUNO PLANTIN-CARRENARD. "Il a beaucoup changé, tant d'un point de vue technologique qu'économique. C'est un secteur incroyablement dynamique. Kinepolis domine le marché belge. C'est une situation exceptionnelle en Europe. Kinepolis est le premier à avoir ouvert dès la fin des années 80 un multiplexe (un cinéma avec seize salles maximum, ndlr) à Bruxelles. Cela a fortement perturbé le marché du cinéma bruxellois. Pas mal de salles ont dû fermer au centre-ville, mais ça nous a permis de redynamiser le cinéma, comme nous l'avons fait par exemple à l'UGC De Brouckère."Êtes-vous jaloux de Kinepolis ? "Absolument pas. Nous ne prêtons pas attention à ce que fait Kinepolis. C'est une entreprise formidable, qui a connu un développement exceptionnel. Nous sommes particulièrement forts en France, où nous avons repris deux chaînes cette année. Nous y avons mis sur pied un plan intensif de développement, car le potentiel du marché français est encore très grand. Bien entendu, nous essayons encore de grandir en Belgique, même si les opportunités sont plus restreintes."Quel est le potentiel en Belgique ? "Les gens rechignent à parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour aller voir un film. Cela nous ouvre des possibilités. Il va de soi que les reprises constituent la manière la plus rapide de grandir. Dans ce domaine, les opportunités existent, car partout en Europe une génération d'exploitants est en train de vendre. Nous sommes également en mesure de construire des complexes, comme nous le faisons en France de manière intensive. La troisième piste pour se développer est celle de la rénovation ou de l'agrandissement de nos sites, comme à Turnhout. Nous avons encore des projets dans les starting-blocks, mais il serait prématuré d'en parler. Vous n'êtes pas sans savoir que l'obtention des permis représente une procédure longue et onéreuse."Pathé, le numéro un européen, a racheté le mois dernier Euroscoop (six salles en Belgique et trois aux Pays-Bas). Vous retombez alors à la troisième place sur le marché belge. "C'est vrai. Kinepolis détient 43%, Pathé quelque 18% avec ses 3,7 millions de spectateurs en Belgique et il nous en reste 15 à 16%. Ça ne nous gêne pas d'avoir dû céder cette deuxième place. C'est le jeu. Tantôt on gagne, tantôt on perd. Mais il ne nous manque pas grand-chose pour repasser devant Pathé. Nous étions également intéressés par Euroscoop, mais uniquement par les salles belges. Nous n'avons pas d'ambitions aux Pays-Bas. C'est peut-être la raison pour laquelle Pathé l'a fait. Ce groupe est déjà actif aux Pays-Bas." Ces 22 dernières années, Kinepolis n'avait pas le droit de s'étendre en Belgique, mais a récemment reçu le feu vert de la cour d'appel de Bruxelles pour ouvrir de nouveaux complexes en Belgique. D'après les rumeurs, Euroscoop et Imagix dans la province de Hainaut ont voulu s'y opposer. Quel rôle a joué UGC ? "Nous observons ce genre d'affaire de loin. Il y a longtemps, nous nous en sommes mêlés. À l'époque, Kinepolis détenait en effet une position dominante, ce qui n'est pas bon pour le marché et les spectateurs. L'Autorité belge de la Concurrence a rendu sa liberté à Kinepolis, ce qui signifierait que le groupe ne pèse plus sur le marché d'une manière néfaste. On verra..." Cette interdiction était une bénédiction déguisée pour Kinepolis, qui a obligé le groupe à booster sa croissance à l'étranger. "Il y est parfaitement arrivé. C'est la preuve que les contraintes peuvent aussi entraîner des conséquences très positives." Pourquoi UGC ne va pas voir en dehors de la France et de la Belgique ? "Nous avons été présents en Angleterre, Irlande et Italie. Début des années 2000, nous étions un acteur important au niveau européen, mais nous avons vite réalisé que ce développement était un peu fou. Nous nous sommes alors rapidement reconcentrés sur le marché français, parce que celui-ci était encore sous-développé et que nous le connaissions bien. La France est également l'un des pays où le cinéma s'épanouit le plus, et Kinepolis a d'ailleurs manqué de faire faillite en misant sur l'Allemagne." Pourquoi un groupe français comme UGC n'est-il pas actif en Wallonie ? "Les opportunités manquent. Si l'occasion se présentait, nous ne la laisserions pas passer. Nous avons saisi notre chance du premier coup à Bruxelles, lorsque nous avons pu nous implanter à City 2. Nous voulions d'abord grandir dans la capitale. En 2000, nous avons racheté le Cinema Gaumont à Anvers. Et grâce à la reprise des cinémas Utopolis à Malines, Turnhout, Aarschot et Lommel, nous sommes également très présents en Flandre." Entretenez-nous un rapport d'amour-haine avec Kinepolis ? D'une part, vous vous êtes disputés il y a quelques années à propos du loyer de votre complexe de la Toison d'Or à Bruxelles. D'autre part, Kinepolis vous a cédé quatre cinémas belges d'Utopolis pour que l'Autorité belge de la Concurrence approuve sa reprise du groupe luxembourgeois. "Nous nous considérons comme des concurrents. Certaines périodes sont plus difficiles. Le problème de loyer auquel vous faites allusion n'a pas duré très longtemps (Kinepolis a vendu le bâtiment à UGC, ndlr). Nous avons d'ailleurs aussi vendu précédemment des cinémas à Kinepolis en France. Notre relation est purement commerciale et n'est absolument pas tendue." Kinepolis sait mieux que quiconque gagner de l'argent grâce à la fréquentation de ses cinémas, notamment avec ses magasins Mega Candy. "Nous ne voulons pas forcer notre public à changer ses habitudes. Dans les salles de cinéma de Bruxelles et même d'Anvers, les bonbons ne sont plus appréciés depuis longtemps, nous n'insistons donc pas. Dans d'autres lieux, comme à Malines et à Turnhout, il existe une réelle demande. Le public est aussi plus jeune. D'ailleurs, près de 55% de nos spectateurs ont moins de 28 ans, ce que nous devons principalement à la Flandre. Mon plus grand défi consiste d'ailleurs à rajeunir notre public bruxellois." Aux États-Unis, il est possible manger un plat chaud au cinéma. "Je ne crois pas que notre public ait envie de manger dans les salles de cinéma bruxelloises. C'est culturel. En Chine, il existe des salles de quatorze ou quinze places dans lesquelles un cuisinier prépare un repas sur place. Aux États-Unis, il y a des distributeurs de Coca-Cola dans la salle. Les cinéphiles belges ne toléreraient pas ça." Kinepolis est à la pointe de la technologie. Vous parvenez à suivre ? "Nous refusons de prendre part à la course technologique. Nous veillons à la qualité de la projection des films, mais nous ne souhaitons pas que la technologie prenne le pas sur la programmation. Il s'agit de montrer des films. L'essentiel n'est pas ce qu'il y a sous le capot."Beaucoup pensent que Netflix et d'autres services de streaming vont tuer le cinéma. "Netflix a signé l'arrêt de mort des supports physiques. Le marché du DVD s'est totalement effondré. Mais le géant américain n'a aucune influence, ou très peu, sur l'exploitation des cinémas et le taux de fréquentation. Vous savez, quand les frères Lumière ont inventé le cinéma, on disait déjà qu'il n'avait pas d'avenir. Ensuite, on a prétendu que la télévision allait tuer le cinéma, puis on a incriminé Canal+, les DVD... Aujourd'hui, un complexe sort de terre chaque jour en Chine et toutes les semaines en Russie. Cela prouve qu'il s'agit d'un secteur important de l'économie, qui offre de nombreuses opportunités. La Belgique n'est sans doute pas le meilleur exemple, car c'est un marché très mature. L'an dernier, le taux de fréquentation a chuté de plus de 6%, bien que le marché soit resté relativement stable depuis des années à un niveau d'environ 20 millions de visiteurs par an. Dans le même temps, aux Pays-Bas, 20 millions de spectateurs fréquentaient les salles obscures il y a vingt ans, contre près de 30 millions aujourd'hui. La France est passée de 115 millions dans les années 80 à plus de 200 millions aujourd'hui. Malgré Netflix, le secteur se porte très bien." Qui est le plus grand concurrent du cinéma ? "Tout simplement l'énorme offre de loisirs. Mais comme les salles de concert, nous avons le grand avantage de procurer une sorte de sentiment de communauté, qui est absent devant la télévision ou un jeu vidéo. La société devient de plus en plus individualiste, ce qui augmente le besoin de vivre des choses ensemble. C'est pourquoi le cinéma est éternel." Traduction : virginie·dupont·sprl