Pour tenter de lever jusqu'à 5 millions d'euros en financement participatif afin d'assurer sa croissance et acheter une entreprise cotée en Bourse, Bit4You, la première plateforme de cryptomonnaie belge, a choisiBeeBonds, une entreprise de prêt participatif née en 2017.
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Pour tenter de lever jusqu'à 5 millions d'euros en financement participatif afin d'assurer sa croissance et acheter une entreprise cotée en Bourse, Bit4You, la première plateforme de cryptomonnaie belge, a choisiBeeBonds, une entreprise de prêt participatif née en 2017. Moins connue que sa concurrente Look & Fin, la firme bruxelloise s'est jusqu'ici fait une spécialité de présenter des dossiers de prêt participatif pour des projets dans l'univers immobilier. Mais cela fait désormais trois fois que BeeBonds sort de ce créneau bien spécifique: avant Bit4You (via le holding Chainius), sa plateforme avait accueilli les dossiers de Pitaya, une chaîne de restaurants thaïs, et Yoga Room, un réseau de salles pour aficionados de yoga. "C'est le covid qui nous a fait sortir de l'immobilier, explique Joël Duysan, CEO de BeeBonds. Nous avons fait le constat incroyable qu'en pleine période de crise covid, les banques coupaient les budgets à destination d'entreprises dans certains secteurs touchés, comme le bien-être, l'horeca ou la culture. Il nous paraissait logique, dès lors, d'aider une entreprise comme Pitaya dont l'activité était fort tournée sur la livraison et les commandes à emporter et qui n'avait perdu que 5% de son chiffre d'affaires en période de covid." Cette chaîne, qui compte aujourd'hui neuf établissements belges, fut le premier dossier hors immobilier proposé à la communauté de 9.000 utilisateurs de BeeBonds. Les premiers projets (et encore la majorité des dossiers aujourd'hui) ont été des projets immobiliers car "les promoteurs avaient besoin d'argent alors que les banques commençaient à resserrer les conditions de crédit, notamment au niveau de la quantité de fonds propres à apporter", se remémore le patron de BeeBonds qui, à l'époque (2017), n'avait pas encore d'agrément FSMA autorisant un appel public à l'épargne, ce que la start-up de crowdlending a obtenu en 2019. Le modèle de Beebonds consiste à proposer des prêts participatifs toujours de façon subordonnée à un crédit bancaire. "Nous aidons à financer l'apport de fonds propres, continue Joël Duysan. Nous couvrons 75% des fonds propres avec un minimum de 500.000 euros." De la sorte, la plateforme veut rassurer les investisseurs par la présence d'une banque qui a, de son côté, étudié le projet immobilier et le considère assez solide pour prêter de l'argent à ses promoteurs. C'est que la confiance constitue évidemment l'un des points centraux du modèle de prêt participatif: même s'ils savent que le montant prêté n'est nullement garanti en cas de défaut de l'entreprise aidée, les prêteurs veulent s'assurer de prendre le moins de risques possible. Le concurrent Look & Fin, de son côté, a choisi de "structurer des prêts assortis de sûretés hypothécaires à des taux qui se situent entre 5% et 6,5% l'an", selon Frédéric Levy Morelle, CEO et fondateur de Look & Fin. Par ailleurs, Beebonds fait également appel à des cabinets de consultance, les big four, pour la réalisation de la note descriptive du projet, celle qui détaille l'objet de l'investissement ainsi que tous les risques éventuels. "Cela nous offre un double avantage, précise Joël Duysan: d'un côté, le porteur de projet voit ses chiffres validés ; de l'autre, l'investisseur est rassuré de voir qu'il prête de l'argent à une structure qui a vu ses chiffres confirmés." A l'inverse de son concurrent Look & Fin, BeeBonds ne réalise donc pas elle-même l'analyse des dossiers. Cela pour plusieurs raisons. D'abord, cela fait l'économie d'analystes en interne pour les périodes creuses sans dossiers. Ensuite, cela lui permet de ne tenir que le rôle d'intermédiaire sans véritablement prendre parti. Mais l'intervention des big four impose de facto à BeeBonds de ne proposer que des projets d'une certaine taille: le coût d'intervention des consultants ne peut être couvert que si les dossiers lèvent entre 500.000 et 5 millions d'euros, le maximum autorisé. Car BeeBonds, qui emploie actuellement sept personnes, se rémunère exclusivement via une commission (4 à 6%) sur le montant de la transaction. En dessous de 500.000 euros levés, elle ne serait pas en mesure de faire appel aux big four. C'est aussi la raison pour laquelle la start-up bruxelloise ne surfe pas sur les prêts du type "proxi" (à Bruxelles) qui mobilisent l'épargne des petits investisseurs tout en leur octroyant des déductions fiscales sous la forme de crédit d'impôt. Ces prêts sont en effet limités à 250.000 euros. La commission sur ce type de dossiers ne serait pas suffisante. Jusqu'ici, BeeBonds a proposé 48 projets à sa communauté... et levé autour de 48 millions d'euros. Ce qui fait donc une moyenne de 1 million d'euros par dossier. Loin du maximum de 5 millions d'euros. "On n'a pas encore la clientèle qui permettrait d'aller à 5 millions d'euros, admet le patron de BeeBonds. Nous nous adressons aux personnes physiques, aux entreprises et même aux organismes publics, mais nous devons encore montrer que le crowdlending peut être vu comme un outil de placement qui n'est pas soumis à la volatilité." La plateforme compte 9.000 utilisateurs et chaque projet attire entre 300 et 500 d'entre eux. A titre de comparaison, Look & Fin revendique 45.000 membres et affiche 171 millions à son compteur de fonds levés, pour environ 450 entreprises aidées. A l'heure actuelle, BeeBonds n'afficherait aucun taux de défaut. Seul un souci est survenu dans le cadre du financement de la création d'un hôtel développé par le groupe Cayman à Gand, qui avait permis de lever 2,6 millions d'euros. Mais le groupe est ensuite entré en procédure de réorganisation judiciaire (PRJ) et a suspendu tous les paiements aux créanciers, faisant craindre le pire aux obligataires qui se sont d'ailleurs organisés pour se défendre juridiquement. "Mais aujourd'hui, on sait qu'ils font tout pour pouvoir rembourser et le dossier n'est pas par terre, précise Joël Duysan. On peut comprendre leur situation après de longs mois de fermeture pendant le covid. A présent, les choses devraient se normaliser." A l'avenir, BeeBonds compte continuer à proposer des dossiers en dehors de l'immobilier pour soutenir des entreprises. Joël Duysan ne se fixe pas de secteur particulier ni de stade particulier pour les entreprises porteuses de projet. Est-ce à dire qu'il y aura une forte concurrence avec Look & Fin? "L'harmonisation des marchés européens et l'extension des services qui peuvent offrir les plateformes à de nouvelles activités (gestion de mandats discrétionnaires, possibilité d'organiser une liquidité via un tableau d'affichage, etc.) va très certainement créer une augmentation de la concurrence sur un marché unique", prédit le boss de Look & Fin. Suivie, selon lui, d'un phénomène de consolidation des acteurs au niveau international.