A l'heure des efforts environnementaux et sociétaux, l'industrie technologique belge, derrière sa fédération Agoria, tient à se mettre dans le rang et à afficher une position forte en matière de durabilité. Voilà pourquoi la fédération, qui compte 2.000 entreprises technologiques belges, vient de publier son tout premier rapport de durabilité.
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A l'heure des efforts environnementaux et sociétaux, l'industrie technologique belge, derrière sa fédération Agoria, tient à se mettre dans le rang et à afficher une position forte en matière de durabilité. Voilà pourquoi la fédération, qui compte 2.000 entreprises technologiques belges, vient de publier son tout premier rapport de durabilité. Lourd de 125 pages et baptisé Technology for a better world, ce document regroupe tout à la fois un état des lieux de l'impact technologique sur le monde et l'environnement, et une vision des mesures à prendre pour y apporter des réponses. Une analyse que d'aucuns auraient volontiers vu sortir il y a quelques années et non pas en 2022, à l'heure où les experts du Giec se montrent toujours plus alarmants. "Nous aurions pu réaliser ce rapport plus tôt, admet Bart Steukers. Mais nous avons déjà commencé à prendre des mesures qui portent leurs fruits et pouvons dès lors montrer que nous ne nous lançons pas dans une démarche vide..." Ce rapport d'Agoria est construit autour de quatre grands objectifs sociétaux: L'une des mesures phares d'Agoria s'articule autour de la création d'emplois "durables". "Nous nous sommes engagés à créer 16 emplois nets par jour dans le secteur technologique, affirme fièrement Bart Steukers. Cela représente, d'ici 2030, pas moins de 40.000 nouveaux emplois." Soit 12,5% d'augmentation par rapport aux 320.000 personnes actuellement employées dans la tech. Pour cela, Agoria veut travailler sur différents tableaux: les postes vacants non pourvus dans l'industrie technologique, les personnes de plus de 60 ans "que l'on oublie trop souvent mais qui ont un rôle à jouer dans notre industrie", la diversité et les femmes. Ces dernières restent très faiblement représentées dans ce secteur. Surtout aux postes à responsabilité. "Seulement 10% des CEO et fondateurs d'entreprises technologiques sont des femmes", précise le CEO d'Agoria. Autre indicateur particulièrement inquiétant: "50% des femmes quittent le secteur avant 35 ans", enchaîne Bart Steukers. De quoi parler d'échec de toutes les mesures prises pour attirer les femmes vers la tech? "C'est un work in progress, mais cela peut sans doute s'expliquer par la culture qui règne dans pas mal d'entreprises techs où les managers sont des hommes qui ne font pas assez attention à cette problématique. Mais ce n'est pas illogique puisque plus de la moitié des entreprises techs sont des entreprises manufacturières, avec des ouvriers... où l'on compte forcément moins de femmes." Et de promettre qu'il s'agit d'un chantier qu'Agoria prend particulièrement à coeur, avec en ligne de mire, non pas l'idée de quotas, mais plutôt celle de la présence de femmes à des positions de leadership, comme exemples et moyen de régler ensuite l'équilibre hommes/femmes. Protéger l'environnement et la planète. Voilà un autre gros chapitre du rapport de durabilité. Au moment où les alertes se multiplient en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique, il est normal qu'Agoria s'y attèle. Il faut dire que l'industrie technologique serait à l'origine de 3,1% des émissions à effet de serre en Belgique et de 4% des émissions totales des entreprises belges. Quant à la technologie numérique européenne, elle représenterait, selon les chiffres de la Commission européenne, entre 8 et 10% de la production d'énergie et de 2 à 4% des émissions de gaz à effet de serre en Europe. Certes, la Fédération belge des entreprises techs affiche un bilan en baisse: les émissions dans son secteur auraient diminué de 1,8% par an en moyenne. Pas mal... Sauf que les objectifs européens visent une diminution de 3% en moyenne par an. La baisse devrait donc encore s'intensifier! Néanmoins fier de son bulletin, le secteur tech représenté par Agoria pense avoir un rôle à jouer en la matière, à tous les niveaux de l'industrie. "Je crois sincèrement que notre secteur fait partie des solutions, s'enthousiasme le CEO d'Agoria. Nous pouvons contribuer à des solutions qui peuvent aider à réduire les émissions de CO2." Et d'évoquer les technologies telles que le cloud et l'intelligence artificielle pour y parvenir dans les domaines de la manufacture, de la mobilité, des bâtiments et de l'énergie... Sans oublier les solutions numériques pour améliorer la mobilité, le télétravail ou l'amélioration des processus de production des entreprises. Ou encore l'usage des données et de la tech pour surveiller l'environnement et tenter d'atténuer les inondations ou les sècheresses. Le rapport d'Agoria étale d'ailleurs une série de projets d'entreprises qui jouent un rôle en la matière. De là à dire que le rapport de durabilité de la fédération est un outil marketing pour le secteur d'Agoria? Ce serait aller un peu loin mais Bart Steukers admet que "si le marketing est crédible et basé sur des solutions réelles et sur des talents, je ne vois pas de problème ; c'est aussi une manière de montrer des solutions et d'apporter de l'espoir, basé sur des résultats". Et au niveau environnemental, les objectifs du secteur sont clairs: avoir 50% des entreprises membres engagées dans un projet circulaire axé sur la gestion poussée des déchets, la réduction de pertes des matières première ou le recyclage, par exemple. Mais toutes ces bonnes intentions peuvent-elles réellement être maintenues alors que le contexte géopolitique et économique a totalement basculé depuis la sortie de la période covid avec les développements de la guerre en Ukraine, l'inflation et les pénuries de matières premières? Les entreprises, et tout particulièrement les PME, vont-elles pouvoir s'engager dans toutes les belles résolutions contenues dans le rapport de durabilité d'Agoria? Ne vont-elles pas devoir faire le gros dos et privilégier leurs marges, voire leur survie économique? Bart Steukers se veut naturellement optimiste. "Ce genre de contexte peut aussi avoir pour effet d'accélérer les transitions justement, détaille-t-il. Les entreprises vont tenter de trouver d'autres solutions énergétiques, rechercher des alternatives au niveau des matériaux et pour trouver des talents. Des entreprises belges apportent déjà des solutions en matière de transition, par exemple à base d'intelligence artificielle pour améliorer l'efficacité énergétique. Les crises peuvent accélérer les solutions, j'en suis convaincu. D'autant qu'aujourd'hui les solutions existent bel et bien." Mais le boss d'Agoria joue quand même la carte du conditionnel: "Pour maintenir la croissance et pour qu'on puisse assurer nos ambitions, le gouvernement doit maintenir la compétitivité, plaide-t-il. Actuellement, je trouve que le débat est particulièrement focalisé sur le pouvoir d'achat. C'est bien sûr normal, mais je pense qu'il faut segmenter ce débat et aider ceux qui en ont vraiment besoin. La compétitivité, on n'en parle pas trop". Ainsi, l'homme se montre dubitatif sur l'indexation automatique des salaires: "A long terme, nous devons rechercher un modèle qui traite plus intelligemment l'indexation automatique des salaires". Une remarque pas totalement étonnante pour une fédération d'entreprises. Mais n'est-ce pas en contradiction avec le précepte du rapport qui vise un "emploi durable"? "Dans une période comme celle que nous vivons actuellement, on sent que la situation fait mal, analyse Bart Steukers. Or, je pense que si cela fait mal, il faut partager la souffrance et ne pas la laisser aux seules entreprises. Gouvernement, entreprises, citoyens doivent être solidaires. Je ne veux pas arriver à une situation où les entreprises ont perdu leur compétitivité. Et ce n'est bon pour personne car cela impacterait aussi le développement économique et sociétal."