La croissance de l'économie wallonne est indissociable de l'internationalisation de ses entreprises ainsi que de l'intérêt que la Région suscite auprès de potentiels investisseurs étrangers. Or, ces deux dernières années, la crise sanitaire a clairement impacté les entreprises sur leur marché domestique mais également sur les marchés étrangers, tant pour celles qui y sont déjà actives que pour celles qui ambitionnent de s'y projeter.
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La croissance de l'économie wallonne est indissociable de l'internationalisation de ses entreprises ainsi que de l'intérêt que la Région suscite auprès de potentiels investisseurs étrangers. Or, ces deux dernières années, la crise sanitaire a clairement impacté les entreprises sur leur marché domestique mais également sur les marchés étrangers, tant pour celles qui y sont déjà actives que pour celles qui ambitionnent de s'y projeter. L'année 2020, surtout, a été difficile. Mais à la lueur des premiers chiffres d'exportation, de financements et d'investissements étrangers dont on dispose, les perspectives se révèlent encourageantes pour les mois à venir. Afin de soutenir leur développement à l'international, les entreprises du sud du pays peuvent heureusement s'appuyer sur deux structures. L'Agence wallonne à l'exportation et aux investissements étrangers (Awex) et la Société de financement de l'exportation et de l'internationalisation des entreprises wallonnes (Sofinex). La première les soutient pour défricher de nouveaux marchés (environ 300 entreprises font chaque année appel à l'Awex pour la première fois), la seconde les aide à financer leur expansion internationale. Un duo gagnant comme nous le détaillent Pascale Delcomminette, administratrice générale de l'Awex, et Laurence Glautier, directrice générale de la Sofinex et membre du comité de direction de la Sowalfin, la structure régionale de soutien au financement des entreprises wallonnes. En charge du développement et de la gestion des relations économiques internationales de la Wallonie, l'Awex exerce une double compétence générale: promotion des exportations régionales et attraction des investissements étrangers en Wallonie. "En ce qui concerne les entreprises exportatrices, nous avons trois pôles d'activités: l'accompagnement, les missions et les incitants, explique Pascale Delcomminette. A côté de l'approche par pays, nous avons développé dernièrement une approche sectorielle qui repose sur les pôles de compétitivité ainsi que sur le digital. En pratique, un spécialiste technologique apportera son expertise auprès de son collègue qui soutient une approche plus commerciale. C'est une évolution naturelle dans un monde qui devient de plus en plus complexe et cela nous permet de proposer aux PME un accompagnement à l'export de plus en plus pointu." Cet accompagnement recouvre l'ensemble du processus d'internationalisation de la construction d'une stratégie jusqu'à une implantation sur un marché étranger. Tout au long de ce processus, l'Awex apporte son soutien auquel peut s'ajouter celui de la Sofinex. "Quand les PME accompagnées par l'Awex décident d'investir pour se lancer à l'export, elles viennent frapper à notre porte, intervient Laurence Glautier. Nous finançons aux côtés du secteur privé les projets d'internationalisation au sens large des sociétés wallonnes - PME et grandes entreprises - afin qu'elles développent soit leurs ventes à l'export, soit des projets d'implantation et/ou d'investissements à l'étranger, soit encore une stratégie d'internationalisation via une croissance organique. Nos interventions se réalisent via l'octroi de financements directs sous forme de prêts subordonnés ou de prises de participation dans les entreprises, d'une garantie accordée à nos banques partenaires, d'une garantie accordée directement aux TPE/PME wallonnes qui souhaitent s'implanter commercialement à l'étranger, et enfin de dons dans le cadre d'exportation de biens d'équipements ainsi que des produits dits innovants et/ou orientés 'énergie renouvelable'." Quelques chiffres illustrent le rôle important de la Sofinex, surtout en cette période de crise où certains investisseurs se sont révélés frileux. En 2021, elle a accordé un total de 66 financements (prêts) d'un montant total de 30,8 millions d'euros contre 30 en 2020 (16,4 millions) et 28 en 2019 (11,4 millions). Ces trois dernières années, plus de 58 millions d'euros de prêts ont ainsi été accordés pour un total des projets financés de 235 millions d'euros. En termes de pays d'investissements, on observe sans surprise une prépondérance de la France qui représente plus de la moitié des dossiers - l'Europe comptant globalement pour 80%. Parmi les destinations hors Union européenne, pointons les Etats-Unis, le Canada et la Suisse. Quant aux top 3 des secteurs, il se compose de l'ICT et nouvelles technologies, le commerce de gros et les sciences du vivant. En ce qui concerne les garanties en faveur des banques, 112 ont été accordées en 2021 pour un montant de 45,8 millions d'euros contre 131 en 2020 pour un montant de 44,9 millions. En 2019, on notait 88 garanties accordées pour un montant de 29 millions d'euros. Sur trois ans, ce sont donc 120 millions d'euros de garantie accordées pour 252 millions de crédits garantis. Des chiffres qui indiquent que l'économie wallonne, à l'instar de l'économie mondiale, retrouve des couleurs après ces deux années de pandémie. Que ce soit du côté de la Sofinex ou de l'Awex, on perçoit bien les signes de cette reprise. Certes, celle-ci est pour partie un rattrapage d'activités ralenties, voire stoppées durant cette crise. Mais sans verser dans un optimisme béat, force est de constater que les exportations wallonnes ont effectivement repris du poil de la bête. Ainsi, si l'on compare les huit premiers mois de 2021 aux huit premiers de 2020, on note une progression des exportations de l'ordre de 13,4% en Europe (15,1% pour l'UE). Avec des résultats semblables chez nos voisins: France (+14.4%), Allemagne (+15,1%), Pays-Bas (+21%) et Luxembourg (+12,9%). Seul le Royaume-Uni marque le pas avec une baisse de 13,7% dans le prolongement de celle enregistrée en 2020 par rapport à 2019 (-18,1%). "Les entreprises sont en ordre de marche pour profiter de cette reprise, reprend Pascale Delcomminette. Cette année, nous allons rattraper les niveaux de 2019. En ce qui concerne le Royaume-Uni, il est vrai que nous observons une baisse de nos exportations. Mais dans le même temps, nous avons la satisfaction de voir qu'en 2021, ce pays était le premier investisseur étranger en Wallonie avec un montant de 330 millions d'euros, devant les Etats-Unis (245 millions) et la France (110 millions)." Ces investissements britanniques représentent quelque 1.200 emplois nouveaux annoncés et se déploient sur fond de Brexit. Un Brexit qui a inquiété les entreprises wallonnes et mobilisé tant les équipes de l'Awex que celles de la Sofinex. "Nous avons pris des mesures afin de soutenir les entreprises impactées, souligne Laurence Glautier. Nous avons notamment mis en place début 2021 une garantie 'Brexit'. Mais globalement, nous avons constaté que les problèmes ont été surtout le fait d'une complexité administrative accrue, avec entre autres des modifications de normes et de droits douaniers." Des soucis administratifs auxquels est confrontée la société n-Side en Inde. "Mais pour lesquels nous bénéficions heureusement de l'aide de l'Awex, ajoute immédiatement Maud Larochette, CEO ad interim. Nous sommes actifs sur ce marché dans le domaine de l'énergie qui est l'un de nos deux pôles d'activité, l'autre étant le secteur pharmaceutique. Nous proposons des solutions basées sur des algorithmes et des techniques d'intelligence artificielle destinées à optimiser leurs processus de production ainsi que l'usage des ressources." Implantée à Louvain-la-Neuve, n-Side a été fondée en 2000 et connaît ces dernières années une forte croissance. Cette spin-off de l'UCLouvain et de l'ULiège emploie aujourd'hui 180 personnes représentant 29 nationalités différentes et est toujours en quête de nouveaux collaborateurs - développeurs et commerciaux - afin de poursuivre sa croissance à l'international où elle réalise plus de 90% de ses ventes. Depuis 2020, n-Side est installée à Boston, Mecque des biotechnologies avec Shanghai. Elle y emploie actuellement une quinzaine de personnes. Cette implantation a été réalisée avec le concours de l'Awex et de la Sofinex. "En 2020, nous avons fait preuve de résilience, poursuit Maud Larochette. Ensuite, nous avons abordé 2021 avec des objectifs de croissance. Et pour les financer, nous avons augmenté les fonds propres, fait appel aux banques ainsi qu'à la Sofinex. Pour limiter les risques, il est important de diversifier ses financements. Par ailleurs, nous entendons nous inscrire dans une vision à moyen et long termes. Notre secteur d'activité est attractif mais nous proposons de l'intangible. Nous avons notamment développé pour le secteur pharmaceutique un outil d'optimisation des essais cliniques qui permet de réduire le temps de mise sur le marché." Ces deux dernières années ont été également marquées par une accélération de la digitalisation et une augmentation de la virtualisation des événements. Pour autant, rien ne remplace les rencontres dans le monde réel. Nombre d'entreprises manifestent par ailleurs leur impatience de reprendre les chemins de l'export, notamment via les missions. La première mission princière de l'année en Grande-Bretagne (Londres), initialement prévue en mars, se déroulera en mai. Suivie dans la foulée d'une mission aux Etats-Unis qui passera notamment par Boston. "Il est primordial de voir les gens et de discuter avec eux. Il ne faut pas voyager tout le temps mais un minimum est nécessaire. Pour n-Side, c'est par exemple important de participer à des foires et des salons où les gens peuvent découvrir ce que nous faisons", conclut Maud Larochette.