C'est toujours intéressant d'écouter un patron de la grande distribution parler de l'avenir de son secteur et notamment de l'avenir face à un ogre aussi puissant qu'Amazon. Et c'est ce qu'a fait récemment Régis Schultz, le patron de Monoprix auprès de mes confrères français du journal économique Les Echos.

D'abord, ce PDG ne se pose plus la question de savoir si le commerce digital va prendre 15 ou 20% de part de marché. Sa réflexion n'en est plus là, pour lui, ce qui compte, c'est que dans notre parcours d'achat, nous passons de plus en plus par le digital, et c'est ça la grosse différence. Que ce soit pour acheter ou simplement se renseigner, nous passons par le digital.

C'est une évidence direz-vous. Oui, sauf que cela a un impact sur la vie quotidienne des commerçants qu'ils s'appellent Monoprix ou pas.

En effet, le digital change notre rapport au temps et aux choix. Pourquoi ? Parce sur Internet, on ne fait jamais la queue et le produit que l'on cherche est presque toujours disponible. Donc, le résultat, c'est que cela pousse le consommateur à ne plus accepter de faire la queue en caisse, à ne plus accepter de ne pas trouver un produit ou d'avoir du mal à le faire livrer.

Pour survivre face au e-commerce, le commerçant physique doit être beaucoup plus réactif.

Autrement dit, comme le fait remarquer le patron de Monoprix, le digital ne remplace pas tout le commerce mais il fait fortement évoluer nos attentes.

C'est pareil avec notre attention, elle a aussi évolué. Faire ses courses dans un supermarché prend trop de temps pour beaucoup de personnes parce qu'elles se sont désormais habituées à l'instantanéité d'Internet.

Donc, oui, ce sont ces comportements d'achats qui ont évolué et qui expliquent une partie de la désaffection des consommateurs pour les hyper ou supermarchés.

Et puis, pour les commerçants, le monde change plus vite aujourd'hui qu'hier, le patron de Monoprix le reconnait lui-même. Avant, dans son secteur, tout ou presque était prévisible.

Mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. Un seul exemple que tout le monde connait bien aujourd'hui : le phénomène Black Friday. Voilà un concept de soldes importé des Etats-Unis, il y a 5 ans à peine et qui cartonne aussi chez nous en Europe.

Le résultat, c'est que grâce ou à cause du Black Friday, le mois de novembre a dépassé le mois de décembre pour devenir le premier mois de vente de l'année.

Ce qui est valable pour Monoprix est sans doute aussi valable pour d'autres commerces. Donc, oui, c'est l'une des leçons du e-commerce. Pour survivre, le commerçant physique doit être beaucoup plus réactif. Et ça, c'est plus vite dit que fait !